« Yalla, Baba! », road trip père/ fille

Avec Yalla Baba!, son nouveau film documentaire, la cinéaste libanaise installée en Belgique Angie Obeid rejoue le road trip entre Bruxelles et Beyrouth entrepris par son père 40 ans plus tôt, en sa compagnie.

1980. Mansour, la trentaine, part de Bruxelles avec quatre amis pour rejoindre Beyrouth en voiture. Ils arpentent l’Europe et le Moyen-Orient, traversés à l’époque de régimes dictatoriaux, et de conflits. 40 ans plus tard, sa fille Angie, cinéaste, décide de rejouer cette aventure à ses côtés. Alors elle l’accueille à Bruxelles où elle vit depuis quelques années, ils préparent leur itinéraire, les cartes papier ayant laissé place aux GPS, s’apprêtant à revisiter les continents tout autant que la mémoire de Mansour, chambre de d’écho de l’histoire contemporaine.

C’est une véritable conversation entre un père et une fille qui s’initie, sur les traces des fantômes de l’Europe et du Moyen-Orient. L’occasion de re-solidifier un lien entre père et fille fragilisé par la distance, d’orchestrer un dialogue intergénérationnel facilité par l’habitacle clos de la voiture, et de se pencher sur l’histoire contemporaine des régions traversées.

Angie Obeid déploie tout à la fois une introspection familiale et une exploration géopolitique dans ce road movie qui prend le temps de visiter le passé aussi bien que les territoires. Au fil des kilomètres, on en apprend plus sur Mansour, ancien journaliste culturel à la carrière chahutée par la politique. Son passé, ce sont aussi  les guerres qui se succèdent, dont le spectre toujours plane sur son pays. Père et fille échangent des souvenirs, plus ou moins lointains, souvenirs exacerbés par la géographie de leur voyage, 4000 kilomètres qui leur font traverser des frontières crées ou effacées par les conflits. Les fantômes de la guerre des Balkans, les impacts des balles sur les murs en Bosnie, les traces du siège de Sarajevo, une certaine nostalgie du communisme aussi en Bulgarie, ou encore la Syrie qu’il n’est possible aujourd’hui de traverser par voie terrestre.

Inévitablement, leur route dévie… et les entraine dans une conversation plus intime, où leurs points de vue s’entrechoquent. « Tu nous aide à évoluer », confie Mansour à sa fille, qui tient tout au long du voyage une sorte de journal intime en vidéo qu’il partage avec sa femme. « Ca me coûte beaucoup », constate Angie. Face aux questionnements existentiels, ou plus personnels, leurs visions du monde diffèrent. La religion notamment est un point d’achoppement, la vie amoureuse ou conjugale aussi. Père et fille débattent, se disputent parfois, mais toujours se retrouvent dans cet habitacle qui fait aussi office de cocon. Ce que transmet Mansour, c’est aussi un héritage, des valeurs, et un patrimoine, une appartenance à la terre, qui prendra forme une fois arrivés à destination.

Refaire un voyage 40 ans après le voyage initial, c’est faire des deuils: le deuil des gens croisés une première fois sur la route, le deuil d’une certain vision du monde, de quelques illusions, d’une série de frontières et d’idéaux. Mais c’est aussi un retour en arrière pour aller de l’avant, défaire des noeuds, entendre les fantômes de l’histoire, et embrasser le passé.

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