« Une des mille collines », raviver la mémoire

Avec Une des mille collines, son nouveau documentaire, Bernard Bellefroid s’interroge s’interroge sur la façon dont un village peut encore faire communauté, quand victimes et agresseurs se côtoient au quotidien, à travers le destin de trois enfants assassinés lors du génocide rwandais.

Fiacre, Fidéline et Olivier avaient 4, 5 et 9 ans. Comme tant d’autres, ils ont été assassinés par leurs voisins durant le génocide. Comme beaucoup aussi, leur mémoire a été annihilée, les photos déchirées, les traces brûlées. Qui, pourquoi, comment, où? Autant de questions restées sans réponse pour le seul survivant de la famille, le grand-père des enfants, que le réalisateur avait rencontré lors du tournage de son premier film, Rwanda les collines parlent, sur cette petite colline rwandaise parmi tant d’autres. A l’époque, Bernard Bellefroid n’avait pas osé promettre au vieil homme aujourd’hui disparu de faire la lumière sur les évènements. Pourtant l’idée lui trotte dans la tête, jusqu’à devenir la colonne vertébrale de ce nouveau film, (en)quête impossible de vérité, entreprise folle pour garder vivante la mémoire des disparus, dont les crimes ont été niés.

Une-des-mille-collines

En 2005, une décennie après les faits, le Rwanda a entrepris une grande campagne à travers les tribunaux populaires Gacaca visant à rétablir la justice, à retrouver la vérité, et à initier la réconciliation. Justice a alors été rendue, mais dans des conditions complexes, où les juges, habitants des villages, étaient malgré eux partis, plus ou moins proches des accusés. Si des génocidaires ont bel et bien été condamnés, ils l’ont souvent été sans lever le voile sur toute la vérité, minimisant les faits, rejetant sur d’autres la culpabilité. Et frustrant les survivants de leur accès à la vérité.

En ravivant le souvenir de trois enfants, en remontant les traces de leur calvaire, au su et au vu de tout un village qui jusque là s’est tu, Bernard Bellefroid interroge la possibilité même du vivre ensemble, quand bourreaux et victimes se côtoient au quotidien. Pour faire revivre Fiacre, Fidéline et Olivier, dont le passage sur terre semble avoir été effacé, il convoque les souvenirs de la communauté, reconstitue leur parcours lors des derniers jours de leur vie, à la recherche de la trace manquante. Un portrait par le creux, qui cherche à combler les vides, qui interroge aussi sur la responsabilité de chacun dans les tragédies collectives. A travers des choix de mise en scène parfois confrontants, il ressuscite de façon éphémère ces trois enfants qui en figurent mille autres. Et questionne en passant les limites de la vérité. Que faire de sa violence, la réparation est-elle seulement possible? Oeuvre aussi pour rétablir l’incontestabilité des faits: entre deux cyprès, trois enfants ont été exterminés, comme près d’un million d’autres.

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