« Un divan sur la colline »: grandir en Cisjordanie

"Un divan sur la colline" de François Ducat et Salahaldeen Abunima

Dans Un divan sur la colline, François Ducat suit le difficile passage à l’âge adulte de trois jeunes Palestinien·nes originaires de Battir, petit village au pied du mur de Cisjordanie. 

Tout commence en 2015, au pied du mur. Littéralement, au pied du mur de séparation entre Israël et la Palestine. Métaphoriquement, au pied du mur pour Ala’, Ibrahim et Bara’a, jeunes habitant·es de Battir, auxquel·les François Ducat pose la question insoluble: comment voyez-vous votre avenir à Battir?

Il faut dire que Battir a une situation à part en Cisjordanie. Le village fait partie de la zone C, ce qui signifie que tout terrain non-cultivé peut-être être saisi par l’état d’Israël. Pourtant, Battir résiste depuis des années, de façon pacifiste, en exploitant sa singularité. En 2014, le village est entré au patrimoine mondial de l’humanité, pour ses cultures en terrasse, comme musée à ciel ouvert visant à sauvegarder des paysages culturels. Ce tournant touristique de la ville est un appel d’air, une réponse désespérée des anciens pour retenir la jeunesse qui ne rêve que d’un chose: partir. Mais partir, c’est aussi abandonner les terres…

Venu organiser un atelier vidéo, en collaboration avec les élèves du lycée local, François Ducat décide de revenir, année après année, suivre l’évolution de ces jeunes gens confronté·es à une situation inextricable. Les garçons rêvent d’étudier à l’étranger, d’y rester peut-être. Bara’a, jeune femme de 19 ans, rêve quant à elle de servir son pays – quitte à partir pour se former s’il le faut. Ils et elle observent, assis·es dans un divan face à la colline, la colonie israélienne qui s’étend inexorablement, d’année en année.

Quand Ala’ et Ibrahim tentent de faire bonne figure, partageant leurs rêves d’un monde meilleur, ailleurs, d’autres ont les pieds lestés sur terre, ces terres de Palestine où l’occupation grève les corps et les esprits, et où la drogue, partout présente, sert d’exutoire à une jeunesse désoeuvrée, minée par le chômage et l’absence de perspective. « On ne se sent pas humains. On n’est pas traités comme tels, » confie Mohamed dans un sourire désabusé. La bulle touristique qui s’est développée à Battir n’a pas suffit à combler les attentes. Si les anciens professent un espoir invétéré, les jeunes gens peinent à ne pas se laisser submerger par l’amertume, continuant à avancer vaille que vaille.

Un divan sur la colline, documentaire initié par François Ducat, et co-réalisé avec le cinéaste palestinien Salah Abunima, nous donne à voir et entendre par le biais de l’intime l’inquiétude d’une génération qui peine à adopter l’optimisme et la résilience des anciens. A voir aussi la liberté surveillée imposée à toute une population, qui s’accroche envers et contre tout à sa terre et son identité.

Le film est à voir ce week-end en avant-première au Cinemamed, et sortira fin janvier en Belgique.

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