Tot Altijd
Le film qui change la vie

Un tout petit film anodin peut attirer le grand public sur un malentendu, une bande-annonce alléchante qui ne reflète en rien son contenu, sa portée, son manque d’intérêt.  Ce n’est pas bien grave. L’inverse est beaucoup plus ennuyeux. Un film d’exception qui loupe sa cible, victime d’une mauvaise perception initiale, et c’est la catastrophe. Il refera peut-être surface des mois plus tard par le biais de sa sortie en DVD ou, plus probablement, d’un passage télévisé qui fera enfin prendre conscience au public de son intérêt, de sa force. Mais nous sommes les premiers à le penser et à l’affirmer haut et fort : le cinéma s’apprécie surtout dans les salles. Aujourd’hui hélas, un nouveau film est condamné à y faire ses preuves en quelques jours, sous peine d’être relégué aux oubliettes.

Étrange préambule ? Mais l’enjeu est là. Tot Altijd est un drame bouleversant et capital. Tot Altijd parle d’euthanasie, c’est vrai, et évoque même assez précisément le combat d’un homme, Mario Verstraete, qui a convaincu nos responsables politiques de la légaliser en 2002. Mais Tot Altijd n’est pas un film noir et désespérant sur le mort. C’est au contraire un formidable hymne à la lumière, à la gaité, à l’amitié aussi. Et s’il suinte l’émotion par tous les pores (amenez un container de kleenex), ce n’est en rien un film morbide ou sinistre. C’est même tout l’opposé. C’est un film qui donne envie de vivre !

 


 

 

Nic Balthazar, son réalisateur (photo), est un artiste hyper talentueux. Homme de télévision, activiste écolo, humaniste flamboyant, il est venu au cinéma par passion et persévérance. Il a d’abord écrit un roman, l’a adapté pour en faire une pièce de théâtre et puis enfin un film. Ce fut Ben X, qui épousait la trajectoire difficile d’un ado souffrant du syndrome d’Asperger. Une œuvre très personnelle qui définissait déjà l’univers du bonhomme : une histoire touchante, évitant les clichés, une mise en image esthétique au service total des personnages, un soin tout particulier apporté à la bande son, une envie d’atteindre le plus grand nombre et de ne surtout pas se cantonner à une élite. Ultime développement en date : alors qu’on attendait le remake américain du film, c’est une comédie musicale qui vient d’être composée autour du sujet.

Pour son deuxième long métrage, Nic envisageait d’écrire un scénario autour de la naissance. Avec Peter Bouckaert son formidable producteur qui l’accompagne, le conseille et le soutient, il a finalement décidé de traiter de l’autre bout de la vie : la mort. La mort acceptée, désirée, programmée, pour échapper à la déchéance ; la lutte pour l’euthanasie menée par Mario Verstraete donc, à la charnière des deux derniers millénaires.

 

Si Mario veut s’en aller, c’est paradoxalement parce qu’il adore la vie, parce qu’il ne conçoit pas de vivre à moitié, de souffrir chaque jour et  d’offrir un spectacle obscène à ceux qui l’aiment (qu’il aime) par-dessus tout : ses parents, son fils, ses amis. Ha qu’ils sont importants les amis. Tout débute d’ailleurs par un grand moment de fraternité. Fin des années septante, des jeunes gauchistes tentent d’empêcher l’armée américaine de s’installer dans la base militaire de Florenne. Mario et Thomas aiment Lynn, libre et aguicheuse. Speck, leur ami philosophe regarde amusé (et un peu envieux) ce carrousel enivrant. Les années passent, Mario se marie, devient père, se lance en politique, divorce … et contracte une sclérose en plaques. Commence la déchéance physique sous le regard de Thomas son meilleur ami, son frère, devenu médecin qui ne le lâche pas d’une semelle. Car même si le sujet le laisse supposer, Tot Altijd n’est pas un film axé sur un seul personnage. Mario et Thomas ont une importance équivalente et certains penseront même que, quelque part, c’est Thomas qui est le moteur du film. Car le regard du spectateur transite à travers lui. Contre son avis (un médecin est là pour soigner), Mario va essayer de programmer sa mort dans la dignité et surtout dans la légalité.

 

Tot Altijd est donc un biopic assez fidèle à la vérité historique (Nic et Peter Bouckaert connaissaient personnellement Mario Verstraete) et il se focalise sur un thème passionnant, mais c’est tout sauf un film à thèse. Sa force est de nous faire basculer en trois secondes du rire aux larmes de crocodile. Et naturellement, c’est parce qu’on souriait largement un instant plus tôt que l’émotion, soudain, nous submerge. Aussi parce que l’interprétation est, comme souvent dans le cinéma flamand, superlative : Koen De Graeve, Geert Van Rampelberg, Lotte Pinoy, Michel Van Dousselaere, Eva Van Der Gucht, Viviane de Muynck et Ann Miller nous emportent, nous chahutent, nous bouleversent. Quels talents !

 

[Tout le casting réuni à Gand pour la présentation de Tot Altijd]

 

 

Construit en quatre cycles et sur des ruptures de ton brusques, Tot Altijd n’est en rien un film d’auteur réservé à une élite. C’est un mélo, digne, destiné au très grand nombre. Un film qui devrait devenir un des blockbusters historiques du cinéma flamand… mais qui pourrait tout aussi bien disparaître dans l’oubli faute de trouver rapidement son public.

Ne faites pas cette erreur : on n’a pas la chance de voir chaque année ce genre de long métrage capital sur nos écrans. Alors, certes, vous allez pleurer, beaucoup même, mais qui n’aime pas verser des larmes de crocodiles dans l’obscurité d’une salle ? Il n’y a pas de honte à éprouver de l’empathie pour un homme hors norme.

Et surtout, lorsque vous sortirez, croyez-nous, vous allez l’aimer la vie. Oh, oui, vous allez l’adorer !

 

 

 

 

Check Also

« Sauve qui peut »: aux côtés des soignants

Avec Sauve qui peut, Alexe Poukine se penche sur les processus d’apprentissage auxquels participent les …