« The Wall », la banalité du mal

Philippe Van Leeuw se livre avec The Wall à une implacable dissection de la banalité du mal, le film résonnant comme un western ultra-contemporain en prise avec les démons universels du racisme et de la peur de l’autre.

Avec The Wall, dévoilé en première mondiale au BRIFF en juillet dernier, Philippe Van Leeuw explore de nouveaux territoires aussi bien géographiques que cinématographiques. Sa filmographie l’avait emmené du côté des victimes des guerres forcément absurdes de notre histoire contemporaine.  Le jour où Dieu est parti en voyage suivait l’échappée d’une jeune femme Tutsi qui, dévastée par la mort de ses enfants, fuyait les meurtriers dans la nuit de la forêt. Insyriated, abondamment primé aux Magritte du Cinéma en 2018 (dont le prix du Meilleur film), était un huis clos implacable auprès d’une famille syrienne qui tentait de survivre malgré les bombes, comme emmurée dans son appartement.

Avec ce nouveau film, The Wall, Philippe Van Leeuw tourne son regard vers les bourreaux. Pour ce faire, il choisit une figure surprenante, qui va incarner, le temps d’un film, toute la banalité du mal, dans toute sa complexité, qui ne relève pas du spectaculaire, mais du quotidien, d’un courant qui innerve chacun de ses gestes.

Jessica Comley est Border Patrol, elle garde la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. C’est une histoire de famille pour elle, déjà son père et sa mère gardaient la frontière. Ou plutôt, chassaient celles et ceux qui tentaient de la traverser. C’est une histoire de famille aussi pour José, membre de la communauté des Tohono O’odham, qui lui aussi parcourt la frontière, pour venir en aide aux migrants déshydratés et malmenés par la police et le désert. Le récit débute avec la jeune femme, pour bifurquer aux côtés du vieil homme, jusqu’à ce que leurs chemins se croisent, et que retentisse un coup de feu dans le désert.

La vie de Jessica semble aussi âpre et aride que les plaines désertiques de l’Arizona. Dans cette atmosphère étouffante, ses émotions sont comme éteintes. Seuls restent une haine tenace et un racisme viscéral, nourris par une foi aveugle.

Vicky Krieps incarne avec une force et une précision stupéfiantes la banalité du mal. On imagine comme l’actrice marche sur un fil, à interpréter cette femme irrémédiablement imprégnée par la haine, mais aussi maladivement seule et profondément malheureuse. Mike Wilson, activiste Tohono O’odham qui trouve là son premier rôle impose son aura et contribue à incarner un récit où règne la haine de l’autre.   

Le mur du titre, c’est bien sûr celui érigé par Trump, mausolée anthume à la gloire de son patriotisme frelaté. Mais c’est aussi tous les autres murs qui balafrent le monde, érigent des barrières. La supériorité raciale établie par Jessica quand elle voit moins qu’un humain dans le visage de l’homme qu’elle abat de sang froid, moins qu’un « vrai » Américain dans le sage Amérindien qui ose contredire sa parole fait écho à bien d’autres, manifestations d’un racisme endémique qui sévit partout dans le monde, sur cette frontière, comme sur d’autres.

Philippe Van Leeuw propose avec The Wall une vertigineuse réflexion sur le caractère aussi insondable qu’irrémédiable du racisme, incarnée avec une puissance saisissante par une Vicky Krieps qui semble avoir renoncer à toute zone de confort pour ce rôle, qui devrait faire date. Un film dérangeant, mais nécessaire.

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