The Broken Circle Breakdown
: La ballade d’Elise et Didier.

Chaque année, la Flandre nous réserve au moins une folle histoire d’amour… entre son cinéma et son public. Depuis, De Zaak Alzheimer, et sans discontinuer, la divine idylle ne connaît plus de ratés. En 2011, Rundskop attira près de 500.000 spectateurs et Hasta la Vista un quart de million. Des chiffres qui font rêver de ce côté de la frontière linguistique.

 

En 2012, les premiers mois ont été illuminés par le formidable Tot Altijd/A Tout Jamais de Nic Balthazar qui visait les 200.000 spectateurs et n’a pas déçu ses avisés producteurs.

Alors qu’on attend un raz de marée pour les fêtes avec la sortie de Brasserie Romantiek (nous l’avons vu, nous y reviendrons), c’est une des stars du festival de Gand qui fait aujourd’hui le buzz : The Broken Circle Breakdown a attiré 100.000 spectateurs pour ses 13 premiers jours d’exploitation et continue son petit bonhomme de chemin dans des salles, tous les soirs bondées. Un triomphe pour le nouveau film de Felix van Groeningen qui avait déjà réussi à attirer l’attention de tous avec La Merditude des Choses et son happening cannois. On se souviendra longtemps des acteurs à poils et à vélo sur la Croisette comme au bon vieux temps de Bicycle Race.

 

 

Felix van Groeningen ne vise pourtant pas la sécurité et le succès facile :  The Broken Circle Breakdown raconte l’histoire d’amour entre Élise et Didier. Elle possède son propre salon de tatouage, il joue du banjo dans un petit groupe de bluegrass. Il parle, elle écoute. Il est athée, mais aussi un incorrigible romantique. Elle porte une croix tatouée dans la nuque, mais reste toujours les pieds sur terre. Tout les oppose, mais la passion les emporte. Au premier regard, c’est le coup de foudre. Quand naît leur fille Maybelle, leur bonheur est complet. Mais à 6 ans, la petite tombe gravement malade. Commence alors une lente mais inexorable descente aux enfers.

 

Sur ce pitch qui ne cherche pas à masquer qu’il est un mélo pur et dur comme on n’en fait plus (ou si peu), Felix van Groeningen s’amuse avec délectation et un indéniable talent à dynamiter la structure cinématographique classique. Sa narration est un entrelacs tarabiscoté de séquences fortes, fait d’aller et retour dans le temps, qui lui permet de juxtaposer les scènes aux climats les plus antagonistes et de mesurer le gouffre qui petit à petit s’est ouvert sous les pas des personnages.

 

 

Ce n’est pas sa seule audace: ses antihéros magnifiques sont ce qu’on appellerait pudiquement des marginaux. En Wallonie ce serait des barakis, mais là c’est plus nuancé. Ces gens qui vivent à la lisière de la société sont plutôt lettrés et réfléchis, c’est juste qu’ils refusent obstinément le monde tel qu’on le leur a proposé. Elle est couverte de tatouages, il s’habille chez Emmaüs, ils s’installent dans caravane sur un terrain vague et roule dans un vieux pick-up. American way of life, mais façon White Trash, issus d’un de ces Etats au nom imprononçable, perdu dans le ventre mou du nouveau continent.

 

Dernière  provocation à la face du « petit guide utile du futur blockbuster belge » : tout le film tourne autour de l’univers de la musique country, omniprésente. Aux États-Unis, il y a bien sûr un public pour cela, mais en Belgique, franchement?

 

Tout cela mis bout à bout ferait légitimement peur à n’importe quel producteur avisé, mais est-ce la personnalité du réalisateur, son talent de conviction? Toujours est-il que le projet s’est monté en douceur autour de la nouvelle star du cinéma belge, versant flamand, Veerle Baetens (Code 327, Loft, Zot van A) et d’un Johan Heldenbergh méconnaissable (Aanrijding in Moscow, Hasta La Vista, La Merditude des choses). Dans un rôle secondaire, on trouve même l’acteur flamand de  l’année : Geert Van Rampelberg (Tot Altijd), voire dans deux scènes, Jan Hammenecker.

Avec le succès qu’on sait…

 

Le secret de ce triomphe ? Le talent bien sûr. Un concentré de talent qui fait d’une histoire singulière et férocement marginale un conte universel qui brasse tous les thèmes essentiels: l’amour, le couple, l’amitié, la religion, la maternité (et la paternité), la recherche du  bonheur et la mort. Entre autres…

 

À tel point que tout ce qui apparaissait comme des obstacles vers le succès s’est vite transformé en marche vers le paradis: la bande originale du long métrage est devenue n°1 sur les sites de téléchargement avant d’atteindre carrément la première marche de l’utratop flamand.  Un triomphe tellement retentissant que le groupe du film s’est reconstitué pour une courte et unique tournée belge qui promet d’être sold out en un souffle.

 

 

Visible partout en Flandre, mais aussi à Bruxelles (au Kinépolis, avec sous-titres français et depuis peu aussi à l’Actor’s Studio), TBCBD  est non seulement le gros succès belge de ce deuxième semestre, c’est également une oeuvre magnifique qui mérite vraiment que vous alliez passer quelques heures à la capitale ou dans un cinéma plus près de chez vous qui le programme à l’occasion, accompagné ou pas d’un débat.

Et si vous n’êtes pas encore 100% convaincus, rappelons que le film a décroché (à égalité avec Tot Altijd) le prix du public au récent festival international du film européen de Virton. Imparable, on vous dit…

 

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