Tango Libre
Tournage d’une scène clef… En prison

Jeudi 16 juin – 10.00. Un entrepôt d’allure lugubre à Anderlecht. Arrivée sous la drache. Pas une petite pluie poétique, non! L’averse historique qui noie la voirie. Au fond du parking, des déménageurs. Au fond du bâtiment, un vieux monte-charge brinquebalant. On l’emprunte pour rallier le premier étage.

C’est là que s’est installée pour sept jours, l’équipe de Tango Libre, le nouveau long métrage très attendu de Fréderic Fonteyne. Et encore… « Très attendu », c’est presque un euphémisme! Car Frédéric Fonteyne est rar(issim)e : quatre films en quinze ans. Et un statut de réalisateur culte depuis le mythique Une Liaison Pornographique dans lequel Nathalie Baye et Sergi Lopez pimentaient leur vie respective par des rencontres dans un hôtel de luxe. À la fois impersonnelles et torrides. Culte, on vous dit…

Pour Tango Libre, Frédéric retrouve d’ailleurs Sergi. Et Jan Hamenecker, formidable acteur bilingue qu’il a révélé au public francophone avec son premier long, Max et Bobo. Trois autres comédiens principaux sont sur le plateau. Le troisième personnage masculin du trio est François Damiens, avec qui Frédéric voulait tourner depuis très longtemps. C’est fait.

Ces trois hommes, chacun à leur façon, sont amoureux de la même femme: Anne Paulicevitch. Pour son premier grand rôle, celle qui est à la ville l’épouse de Frédéric Fonteyne se paie en outre le luxe d’avoir écrit le scénario du film. Avec l’aide de l’inévitable Philippe Blasband, car chez les Fonteyne tout est toujours une affaire de famille.

Si tout le monde est réuni, c’est parce que débute aujourd’hui le tournage de la scène clef du film, la scène 108 qui occupera l’équipe pendant trois longues journées. Celle de la révélation. Laquelle? Ne comptez pas sur nous pour vous la divulguer….

 

 

 

Un parloir collectif a été reconstitué dans le bâtiment, car oui, nous sommes en prison. Enfin, Domi et Fernand sont en prison. Dans la même cellule. Ils sont potes et sont respectivement l’amant et le mari d’Alice. JC, le troisième larron veille au grain. Normal, il est gardien. Pour la scène du jour, François Damiens est plutôt discret. Il arpente la pièce nue et triste, mais ne se manifeste qu’en cas de grabuge ou pour prier les visiteurs de regagner leurs pénates. Alice, il l’a connue par hasard. Lors d’un cours de tango. Car la danse joue un grand rôle dans le film. Évidemment, la belle ne l’a pas laissé indifférent. Jaloux, il ne l’est pas vraiment. Quoique

Aujourd’hui, Alice n’est pas venue seule dans l’établissement carcéral. Elle est accompagnée d’Antonio. Son fils. La quinzaine rebelle, le blondinet accepte mal ce qu’il perçoit de la vie dissolue de sa mère. On le sent au bord de la rupture. Ça n’est pas près de s’arranger.

Trois amants et un fils

Pour ce rôle, Artemis qui coproduit le film avec Samsa et Une Liaison cinématographique avait envisagé un casting national. Qui n’a pas ce lieu. Car entre-temps, Anne Paulicevitch a aperçu sur le plateau des Géants, un jeune garçon charismatique, fascinant: Zacharie Chasseriaud, le fils spirituel de Bouli, lui-même. Sa présence est une évidence. 2011 n’est pour lui que la première très grande année d’une carrière dont on serait surpris qu’elle ne soit pas exceptionnelle. La langue bien pendue, Zach profite des nombreuses mises en place techniques entre les plans pour aller de table en table, de poste en poste, discuter avec tout le monde, figurants, assistants, cameramen, ingénieurs du son… Hyper sociable, le lutin mutin s’intéresse à tout. Sans complexe, il capte l’attention, pose des tas de questions, fait des blagues, badine avec Sergi Lopez avec lequel il a développé une relation privilégiée.

Sergi, lui, est conforme à l’image qu’on se fait de lui. D’une extrême gentillesse, hyper professionnel, il entre et sort de son rôle en un battement de cils. Dites « moteur » et son regard s’assombrit, la tension se lit sur son visage. Il manie les phrases et les silences avec un savoir-faire fascinant.

Jan Hamenecker n’a pas grand-chose à faire aujourd’hui. L’objectif ne s’attarde pas sur lui. Pour les prises du jour, il est plutôt une silhouette à l’arriére-plan. Acteur fétiche et ami intime de Frédéric Fonteyne, il est lui aussi d’une magnifique disponibilité. C’est d’ailleurs une constante sur ce plateau où personne ne s’énerve. Pas un mot plus haut que l’autre. Pas le moindre signe d’agacement. L’atmosphère est familiale. Frédéric y veille. Y tient.

Ceux qui ne le connaissent que de ses caméras cachées et de ses principaux rôles au cinéma seraient surpris de voir François Damiens sur un tournage. D’une terrible discrétion, effacé, timide même, il passe inaperçu. Des figurants discutant dans le couloir s’en étonnent entre eux. Entre deux prises, François disparaît volontiers dans sa loge ou s’éclipse Gsm à l’oreille. Mais dès qu’il en a l’occasion, il laisse le naturel blagueur reprendre le dessus. S’étant aperçu qu’un coussin avait été placé sur la chaise de Zach pour le surélever, il profite d’une pause pour vider une bouteille d’eau minérale sur le tissu. Réaction garantie dès la prise suivante.

Une femme, un homme

Face à tous ces hommes, une femme: Anne Paulicevitch. Scénariste donc et pour la première fois, comédienne principale d’un long métrage. Par rapport à ses confrères, on la remarque plus concentrée, plus habitée par sa composition Il faut dire que la courte scène qui la confronte aujourd’hui à Sergi Lopez est particulièrement intense. Lorsqu’elle quitte le champ de la caméra, elle a encore les lèvres qui tremblent. Il est vrai que, plus que les autres acteurs, elle porte une grande partie du poids du projet sur ses frêles épaules. Ce défi est de taille, mais d’après ce que nous avons vu, elle n’a pas trop à s’en faire: il serait même sans doute temps qu’elle se trouve un agent. Car non, à l’heure actuelle, elle n’en a toujours pas.

Discret le matin durant une scène de déplacement massif orchestré par sa chef opératrice et dirigé d’une voix de stentor par Manu Kamanda, efficace assistant à la réalisation, Frédéric Fonteyne reprend les rênes l’après-midi pour un moment beaucoup plus intime et capital. Il conseille, recadre, suggère, discute avec chacun, aménage le dialogue, souligne une improvisation réussie. Car c’est une autre caractéristique de ce film pourtant très écrit: les acteurs ne s’en tiennent pas forcément à leur texte. Selon l’humeur de l’instant ou l’opportunité, ils peuvent lisser ou tendre une réplique. Impulsant soudain plus d’émotion ou de colère.

 

 

Virginie Saint-Martin, Carlo Thoss, Marc Bastien, Thomas Gauder, Garance Van Rossum, Catherine Marchand, Ewin Rijchaert,… : l’équipe technique réunie par Frédéric Fonteyne est une espèce de dream team belgo-luxembourgeoise. L’expression fait sourire Frédéric: « C’est simplement mon équipe. L’équipe qui m’entoure depuis mes débuts. Des fidèles. Des amis. Travailler avec eux, c’est juste naturel. »

La semaine prochaine, l’équipe pliera bagage. Et ralliera la Pologne où les repéreurs ont déniché la prison qui pourra servir de cadre à un bon tiers du film. Ensuite, après un break, une dernière série de scènes sera tournée en septembre. Entre-temps, dans notre Grand Ecran n°4, à découvrir début août sur ce site et dans les salles de cinéma, nous vous présenterons quelques images du film, un coup d’œil dans les coulisses et des interviews. Et d’ici là? Quartier Libre !

 

 

Addendum :

Le film dans sa version quasi définitive nous a été montré très récemment. Il sortira sans doute à la rentrée. On en reparlera très longuement sur Cinevox !

 

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