Sur le tournage de… « La vocation »

Visite éclair sur le tournage de La vocation de Sophie Muselle et Guérin Van de Vorst, avec Mara Taquin et Sasha Deprez.

Bruxelles, fin juin 2023, Centre Hospitalier Jean Titeca à Schaerbeek. L’équipe de La vocation, installée là depuis plusieurs semaines maintenant, s’apprête à quitter les lieux. Mais avant cela, il reste quelques scènes à tourner pour clôturer l’aventure…

Après son premier long métrage La Part sauvage, sorti en 2017, Guérin Van De Vorst revient donc avec La vocation, un projet développé, imaginé, écrit et réalisé avec Sophie Muselle, metteuse-en-scène de théâtre qui passe ainsi au cinéma, et qui a pour ambition de plonger le public au coeur d’une unité psychiatrique, à la suite d’Alexia, une jeune infirmière qui découvre le milieu.

« Le thème des marginaux traverse tous mes films, nous explique Guérin Van de Vorst. J’avais fait un documentaire sur un ami à moi devenu schizophrène quand il a eu 18 ans (Ulysse). Ça m’avait beaucoup interpellé de le voir changer, et de me demander quelle place on lui donnait dans la société. Puis j’ai vu la pièce de Sophie, Eux, où les personnes de sa troupe décrivaient ce qu’elles avaient vécu de l’intérieur en psychiatrie. Les questions que ça posait autour de la prise en charge, de leur violence propre, de la violence de l’institution ont trouvé un écho en moi. » 

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Sophie Muselle et Guérin Van de Vorst

La troupe fondée par Sophie Muselle, L’appétit des indigestes, « mélange des personnes passé·es en psychiatrie, des acteurices professionnelles, des proches, des soignant·es. Nos spectacles tournent autour de la frontière poreuse ou diffuse entre la folie et la normalité. Je crois que ce qui nous réunit avec Guérin, c’est que l’on s’interroge depuis des années sur la question de la marge. »

Forts de ces interrogations et ces visions partagées, Sophie Muselle et Guérin Van de Vorst imaginent une immersion dans une unité psychiatrique, nourrie de leurs expériences et des nombreux témoignages rencontrés au cours de leur carrière et de leurs recherches. Le récit est centré autour de la jeune Alexia, qui voit rapidement éclore une amitié avec une jeune patiente, Mila. Mais la naissance de cette relation perturbe Alexia, et va la pousser à s’interroger à la fois sur son engagement, mais aussi sur ce qu’on attend d’elle en tant que soignante. « Le film se demande ce que c’est que soigner, confie Guérin Van de Vorst. Quelle est la bonne distance entre une infirmière et une patiente?Jusqu’où peut-on aller dans l’intimité? Est-ce que la distance soigne? » « On ouvre un questionnement, sans imposer de réponses, continue Sophie Muselle. Qu’est-ce que la société fait de ses marginaux? »

Ce jour-là, après une longue scène de discussion entre Alexia et Mila, l’équipe tourne une scène de « récréation », une partie de basket improvisée entre les patients et les soignants. Les deux scènes se déploient dans la durée, tournée en plans séquences. C’est une caractéristique forte du film. « Venant du théâtre, j’avais envie de travailler les séquences dans la longueur, confie Sophie Muselle. Le plan séquence racontait bien le rapport particulier au temps et à l’espace que l’on trouve en psychiatrie, le temps qui semble se diluer ou s’accélérer, et puis cet espace clos où on est obligé de tourner en rond. Par ailleurs, même si cela a demandé une mise en place particulièrement minutieuse, nous avions envie de cette prise de risque collective, de déployer les mouvements de jeu jusqu’au bout, d’accueillir aussi tout ce qui peut se passer, les micro-accidents, traverser ça ensemble avec les comédiens. » Guérin Van de Vorst s’enthousiasme également: « le plan séquence fait la part belle aux acteurs, ils peuvent défendre une scène de A jusqu’à Z sans qu’elle soit interrompue. »

Les comédiennes justement parlons-en. Dans le rôle de Mila, on découvre une nouvelle venue. Un peu impressionnée par cette toute première interview, Sasha Deprez revient timidement sur son parcours, elle qui fait du théâtre depuis qu’elle a 9 ans, et qui s’est présentée, quelques temps avant le Covid chez ADK Casting en se disant qu’elle s’essaierait bien au cinéma. La vocation, c’est son premier casting, et son premier film dans la foulée. Guérin Van de Vorst vante « sa puissance de jeu incroyable ». Sasha elle voit dans ce projet qui a une résonance toute particulière pour elle l’opportunité de sublimer ses expériences passées: « J’ai moi-même été en hôpital psychiatrique, je sais en partie ce que c’est, je me suis inspirée des moments difficiles que j’y ai vécus pour construire les émotions traversées par Mila, en retrouvant celles que j’avais pu moi-même vivre. Il y a beaucoup de choses qui me rapprochent de ce personnage, j’ai eu la même énergie à un moment de ma vie, et je trouvais ça important de partager cette expérience, de parler réellement de psychiatrie au cinéma. »

Face à elle, on retrouve Mara Taquin, la jeune révélation du cinema belge vue notamment dans La Ruche, Ennemi Public et Rien à foutre, et qui sera bientôt à l’affiche de La Petite de Guillaume Nicloux avec Fabrice Lucchini, ainsi que des prochains films de Xavier Seron et Valéry Rosier. Pour la jeune femme, ce rôle, c’était déjà une longue histoire avant même d’arriver sur le plateau. Elle se souvient: « Il y a 4 ou 5 ans, j’avais répondu à une annonce pour faire un stage face caméra, avec Guérin Van de Vorst, qui préparait alors déjà le film avec Sophie Muselle. Ils nous avaient fait tester des scènes. Je me souviens avoir appelé ma mère à la fin du stage, presque en pleurs tellement l’expérience avait été intense pour moi, en lui disant que c’était vraiment un rôle que je voulais, que c’était pour ça que je voulais faire du cinéma. J’étais trop jeune à l’époque pour le rôle, et puis finalement, le projet a été retardé, et quand j’ai été appelée pour passer le casting, je me suis dit: « C’est pas possible que je passe à côté, il me faut ce rôle. » J’ai tout donné pour jouer le rôle d’Alexia, j’étais déjà tombée en amour du projet sur le stage. Le rôle m’était resté en tête depuis tout ce temps. Je suis tellement heureuse que cette intuition se soit réalisée. »

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Mara Taquin et Sasha Deprez

Cette intuition s’avère d’autant plus précieuse que la jeune comédienne s’épanouit complètement sur le plateau, notamment à travers le recours aux plans séquences: « La méthode, c’est que Sophie et Guérin nous recontextualisent la scène. Puis on joue comme on le ferait naturellement, sans entrave, ensuite on retravaille un peu pour réfléchir à la façon dont on va placer la caméra. Ce qui est génial, c’est que vu qu’on travaille vraiment la scène, on traverse aussi les émotions. Contrairement à ce que j’ai pu vivre sur certains autres films, l’émotion vient très facilement. Au final, on fait très peu semblant, c’est très organique. »

Ces émotions d’ailleurs circulent sur le plateau, « elles se transmettent », confirme Sasha, d’autant que la relation d’amitié qui unit les deux personnages est enrichie par celle qui s’est développée entre les deux comédiennes. On sent d’ailleurs l’équipe comme dans une bulle, assez joyeuse, bien que très concentrée. « Ce que je retiens de cette expérience, se livre Mara Taquin, c’est qu’on peut faire des films de façons douce, bienveillante et collective. À aucun moment je n’ai eu la sensation d’être manipulée. Tout est fait en équipe, et chaque intention est claire et respectueuse. Travailler dans ces conditions c’est incroyable. Le travail n’a jamais été douloureux, alors qu’on raconte des choses très douloureuses. » Sasha approuve, et complète: « Quand je sortais de scènes où j’avais dû atteindre des états dérangeants, tout le monde était présent pour s’assurer que tout allait bien pour moi. » Ce respect transparait aussi dans la volonté des auteurices d’offrir un autre point de vue sur la psychiatrie. « Ce que l’on voulait avant tout, insiste Guérin Van de Vorst, c’était déstigmatiser la figure du patient, en donnant un visage humain à la folie. »

La vocation du titre, c’est celle du personnage d’Alexia bien sûr, mais on ne peut s’empêcher de demander à Sasha si c’est un peu la sienne, aussi: « Oh oui! Cette expérience a vraiment renforcé mon envie de faire du cinéma, et a précisé mes intentions, je veux vraiment faire des films d’auteur. »

En attendant la suite, place au montage et à la post-production pour La vocation, que l’on espère découvrir sur nos écrans dès l’année prochaine.

 

La vocation de Guérin Van de Vorst et Sophie Muselle.

Avec Mara Taquin, Sasha Deprez, Nathalie Richard, Etienne Minoungou, Hamza Essalouh, Tijmen Govaerts

Produit par Benoît Roland pour Wrong Men.

 

 

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