Sarah Hirtt, en attendant la suite…

Sarah Hirtt est une personne qui vous charme dès les premières paroles qu’elle vous livre justement parce qu’elle se livre sans fard et avec pudeur. Elle a une spontanéité, une simplicité et un franc-parler qui ressemble à ses films. Et comme l’a rappelé en aparté Jane Campion, présidente du jury de la Cinéfondation à Cannes (qui lui a remis le deuxième prix de la compétition), elle est déjà pro et prête à jouer dans la cour des grands !

 

Entre ces deux réalisatrices, ce fut un vrai coup de foudre, un coup de cœur, comme peuvent le montrer les photos prises juste après la remise des prix. Un respect et une admiration mutuelle malgré leur grande différence d’expériences se dégageaient de leurs échanges. Un jury totalement conquis par le talent de Sarah, la réalisatrice Maji-da ABDI  se faisant actrice devant l’objectif de Sarah en compagnie de Jean Jacques Rausin le temps d’une pose photo pour Cinevox.

 

 Plan serré – Photo de Sarah Hirtt

Plan Large – Photo de Maryline Laurin/Cinevox 2013

 

Rappelons que la Cinéfondation  a pour but de soutenir la création cinématographique dans le monde et de préparer la relève d’une génération de cinéastes. Depuis 1998 et sous l’égide de Gilles Jacob, elle s’adresse à de jeunes cinéastes, qui n’ont réalisé qu’un ou deux films, dont des films d’école. Cette section de la compétition officielle est souvent la petite marche avant de monter les grandes marches.

 

Nous avons rencontré Sarah quelques minutes avant la présentation de son film dans la salle Bazin puis après avoir reçu son prix, et une fois rentrée en Belgique. Le temps de vous présenter cette interview elle avait déjà récolté d’autres prix dont le prix Cinécourts  au Festival Le court en dit long au Centre Wallonie Bruxelles à Paris.

 

Sarah Hirtt avec Jane Campion, présidente de la Cinéfondation 2013 – Photo de Maryline Laurin/Cinevox 2013

 

 

Sarah, une petite biographie pour vous présenter

 

Sarah Hirtt : Une biographie depuis où ? (sourire).

 

Cinématographique

 

Sarah Hirtt : Moi j’ai eu envie de faire du cinéma quand j’étais ado. Je suis passé par un cursus universitaire à Bruxelles pour me faire une formation théorique un peu solide. Et puis je suis rentrée à l’INSAS en 2007 et j ai terminé là en juin. J’ai remis mon mémoire en septembre. Je suis fraîchement diplômée de l’INSAS.

 

Comment s’est passée cette sélection à la Cinéfondation ?

 

Sarah Hirtt : C’était assez inespéré. J’avais envoyé le film parce que …tous mes amis envoyaient les leurs. On se dit bon allez… Cannes on va quand même tenter on ne sait jamais ! Sans trop y croire à vrai dire

J’ai reçu un mail qui me demandait « tiens on a besoin de quelques informations complémentaires sur le film ». Je me suis donc dit « tiens je suis encore en lice. Ils s’intéressent donc au film ! ». J’ai alors renvoyé quelques infos et puis le lendemain j’ai reçu un mail me disant que le film était sélectionné à la Cinéfondation.

 

Photo de Maryline Laurin/Cinevox 2013

 

Et alors comment réagit-on à ce moment-là ? On achète tout de suite la robe de soirée ?

 

Sarah Hirtt : Bien évidemment, j’étais super contente. Le seul truc c’est que l’on doit attendre l’annonce de la conférence de presse pour que ce soit officiel. C’est très dur parce que pendant un mois on a envie de le dire à tout le monde et qu’on est coincé parce qu’on ne peut pas trop le faire savoir. J’en ai parlé à l’équipe, aux comédiens…

J’étais super contente et puis à un moment donné quand même je me suis rendu compte qu’il y a quelque chose qui me chipotait… un peu mal au ventre comme ça … je me dis OK, en fait j’ai la frousse ! Il y avait une espèce de mélange des deux. Et beaucoup de joie parce que Cannes c’est un festival qui donne une visibilité extraordinaire…. C’est un super cadeau d’avoir son film qui est projeté ici. Et en même temps, du coup, cette visibilité fait peur parce qu’on se dit c’est un p’tit film que j’ai fait à l’INSAS avec des gens avec qui j’ai étudié et d’un coup on se retrouve projeté dans le Palais des Festivals.

 

Votre film avait déjà été remarqué puisqu’il faisait partie du DVD promotionnel du WBI section courts métrages.

 

Sarah Hirtt : Ça c’était aussi une super nouvelle parce que ça permettait justement de promouvoir le film. Il y a des bourses qui sont offertes pour la promotion des films quand on a des sélections dans des festivals prioritaires. Donc le DVD du WBI permettait déjà de commencer une promotion du film et j ai d’ailleurs été contacté par des festivals, notamment à Padoue en Italie qui avait reçu le DVD et qui du coup a retenu mon film en sélection sans que j ai eu besoin de m’inscrire.

 

Donc en plus de Cannes il y a déjà des festivals qui ont sélectionné le film ?

 

Sarah Hirtt : Padoue, Paris aussi pour Le court en dit long au Centre Wallonie Bruxelles. C’est une chouette sélection devant plein d’amis. Avec Cannes c’est un processus qui démarre puisque de nombreux festivals m’ont invité dans leur sélection. Et grâce à Cannes aussi puisque c’est un festival prioritaire le WBI offre une bourse à la promotion du film et donc avant la robe de soirée je me suis quand même d’abord occupée de faire faire des affiches des cartes postales, des DVD …pour essayer de promouvoir le film et de le faire voir à un maximum de personnes. Les films n’existent que quand ils sont vus… On va donc distribuer des DVD à des personnes qui pourraient être intéressées, soit pour ce projet-là pour le diffuser en festivals ou en télé, soit pour m’offrir la possibilité de faire d’autres projets par la suite…

 

 Photo de Maryline Laurin/Cinevox 2013

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre film et de vos acteurs, puisqu’il y en a un à côté de vous Jean Jacques Rausin

 

Sarah Hirtt : A la base, j’avais envie de travailler sur les relations fraternelles. D’essayer d’explorer un petit peu ces relations compliquées. Je me suis dit OK en tant que spectatrice qu’est ce que j aime voir au cinéma ? D’abord, j’aime les road movies, j’aime les films en extérieur, en lumière naturelle…Même pour le tournage j’avais envie de cette liberté d’être dans des petits endroits où je me sens un peu claustrophobe… J’avais envie d’être à la campagne …

Après on a eu la chance de tourner en pleine vague de froid …avec des moins 15 moins 20 des nuits sur une route déserte au milieu des Ardennes. Ce n’était pas facile au niveau logistique parce qu’on n’était pas équipé pour, mais en même temps c’est super parce que grâce à l’équipe et aux comédiens qui ont tenu le coup, le tournage s’est super bien passé alors que ça aurait pu être catastrophique. Bien évidemment on a eu quelques problèmes comme le camion qui a glissé sur une plaque de verglas et qui a atterri dans une voiture ! Bam je ne sais plus combien de centaines d’euros d’imprévus. Une voiture a été deux dans le fossé, aussi…

On a travaillé dans des conditions extrêmes, la caméra gelait, le maquillage aussi …

 

Comme disent Abel et Gordon la contrainte stimule la créativité et l’imagination…

 

Sarah Hirtt : C’est clair puisque la fin du film je l’ai imaginée parce qu’il gelait ! C’était l’impro du moment ! C’est sûr que l’on a eu un tournage difficile, mais a bout du compte d’avoir ces paysages ardennais enneigés, c’était une vraie chance !

A la base le film se déroulait par un climat temps caniculaire. Je voulais que la météo soit une contrainte, mais je l’avais pensé dans l’autre sens ! Et comme l’INSAS a programmé mon tournage en février et qu’on a eu la vague de froid … c’était très bien. J’avais une contrainte qui mettait mes personnages en difficulté, mais dans le froid, pas dans la chaleur. Je pense qu’ils auraient préféré la chaleur les comédiens ! (Rire)

 

 Photo de Maryline Laurin/Cinevox 2013

 

Et pourquoi avez-vous choisi Jean Jacques Rausin ?

 

Sarah Hirtt : Je l’ai rencontré sur le tournage de La tête la première d’Amélie (Van Emlbt) où il avait un petit rôle et moi j ‘étais là en tour runner. Je suis donc allé le chercher à Liège. On a papoté pendant des heures sur les routes et je lui ai un peu parlé du projet, puis impossible de le joindre pendant mes castings.  Je me désespère et là je trouve mes deux autres comédiens Claire Beugnies et François Neycken et je me dis « il faut que je trouve leur frère ! ». Soudain, je repense à Jean Jacques et mince je le rappelle une dernière fois, il me dit qu’il revient de Chine je crois …

Jean Jacques Rausin : (Rire). Non pas de Chine !

Sarah Hirtt : Il revenait de voyage ou alors c’était une excuse pour ne pas m’avoir répondu pendant un mois !

Jean Jacques Rausin : C’était une grosse excuse ! La Chine c’est énorme ! J’y vais très fort!

Sarah Hirtt : En tous cas tu avais une bonne excuse !

Jean Jacques Rausin : Soit c’est la Chine ou c’est la Thaïlande, je trouve un truc…mais ça marche ! (rire)

Sarah Hirtt : Du coup je leur ai fait passer le casting à trois. Ça a été un énorme bordel… j ai eu du mal à les faire bosser et d‘ailleurs quand ils sont sortis …

Jean Jacques Rausin : On s’est bien marré ouais …

Sarah Hirtt :… ils se sont dit qu’ils n’auraient pas le rôle parce qu’ils avaient trop déconné ! Je me suis dit c’est bon j’ai ma fratrie, quoi ! Et mon assistante se débrouillera avec eux pour les cadrer un peu. J’ai senti que l’énergie qu’ils avaient entre eux c’était vraiment ça que j avais envie de trouver !

Pendant le tournage, ils nous ont aidés à oublier les conditions difficiles. Heureusement qu’ils étaient comme ça soudés. Pour le même prix, j’aurais pu avoir un comédien qui au bout de trois jours me dise « bon ! J’en peux plus je rentre chez moi ! »… Eux, ils étaient à fond, ils ont mis une bonne ambiance sur le tournage, quoi …

 

Jean Jacques votre personnage qui a le bras en écharpe, est-ce un bras cassé ou pas ?

Jean Jacques Rausin : Est-ce un bras cassé ? En tout cas c’est quelqu’un qui fait fausse route dans la vie. Il se retrouve pour le déménagement de sa maison avec sa sœur et son frère… où les tensions sont quand même latentes et petit à petit je crois que ce trajet, cette aventure qu’ils vont vivre ensemble va le remettre un peu sur le droit chemin et lui faire réaliser que l’essentiel qu’il a dans la vie, c’est quand même cette fratrie. Son frère va avoir un enfant, il y a des choses qui se passent …Et comme dit Sarah il y a un truc qui était vraiment sympa pour nos personnages c’est qu’on se connaissait vraiment bien. Claire c’est une copine…François, j ai fait plein de fêtes avec lui avant…

 

Des fêtes ?

 

Jean Jacques Rausin : Oui des fêtes ! (Rire) ça nous a soudés sur le tournage !

Sarah a bien saisi …qu’en jouant avec la chaleur de notre complicité on pouvait vraiment composer une vraie fratrie et il y a des moments où ce qu’on voit, c’est nous, c’est vraiment nous ! Je ne vais pas dire trop ça (rire), car mon personnage est assez désagréable… (Rire). Sarah a bien capté le naturel de la relation que l’on avait tous les trois.

 

 Photo de Maryline Laurin/Cinevox 2013

C’est un film d’acteurs, il y a une très bonne direction d’acteurs, alors qu’est-ce qui est le plus facile ou difficile avec Sarah ?

 

Jean Jacques Rausin : Ce qui est bien c’est la liberté ! Elle observe et à un moment donné elle a vu qu’il ne fallait pas nous dire trop de trucs, car la mayonnaise prenait et …les personnages étaient déjà là quelque part au casting comme elle dit ! Alors que nous nous pensions avoir raté le casting, car on avait vraiment fait les cons !

Sarah Hirtt : Mauvais conseil pour les comédiens !

Jean Jacques Rausin : oui, ça ne marche pas à tous les coups !

 

Les acteurs ont une part très importante votre court métrage vous aimeriez tourner avec quels comédiens belges ?

 

J’ai une grande admiration pour les frères Dardenne parce qu’ils arrivent toujours à trouver la perle et à ne pas travailler qu’avec des acteurs connus. Ils ont une vraie capacité à trouver des acteurs et à leur donner une grande visibilité. Moi plutôt que de travailler avec des comédiens déjà connus j’aimerais beaucoup travailler avec de jeunes comédiens, les dénicher, trouver de nouveaux visages, de nouveaux talents. Après … c’est sûr qu’il y a énormément de comédiens belges super : Bouli Lanners …euh…François Damiens, Jérémie Renier…plein de gens, quoi !  Mais je préférerais aller gratter!  J’aime bien !

 

Et vos projets ?

 

Là je suis en train d’écrire. Je suis en train de développer des projets avec Artemis Production , on a un court métrage et un long métrage aussi, qui est dans la même atmosphère que En attendant le dégel, même si ce ne sont pas les mêmes personnages et ni la même histoire, on retrouve le même coté tragi-comique. J’écris aussi une série télé belge. La Fédération Wallonie-Bruxelles a ouvert un appel à projets et je vais tenter ma chance. J’y travaille avec deux autres auteurs.

 

 Maintenant que vous êtes rentrée à Bruxelles après avoir reçu ce prix de la Cinefondation , réalisez-vous mieux son importance ?

 

Sarah Hirtt : Ce prix c’est un magnifique cadeau. C’est une reconnaissance de mon travail et de celui de tous les membres de l’équipe du film, qu’ils aient été devant ou derrière la caméra. Il me permet également de remercier certains intervenants qui nous ont formés avec respect et bienveillance au sein de l’INSAS. Il me donne du crédit pour continuer dans la voie de la réalisation. Dans une société qui ne reconnaît pas le statut des artistes, c’était un encouragement nécessaire.

Je travaille avec deux producteurs, Patrick Quinet et Claude Waringo, qui sont très motivés par mes nouveaux projets, j’espère que les commissions de sélection le seront également… Suite des épisodes dans les mois qui viennent…

 

Interview Maryline Laurin pour Cinevox

 

 

 

 

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