Robinson Crusoé : la magie de l’enfance, l’art de la 3D…

nWave Pictures, le studio belge spécialisé dans l’animation et la 3D est une référence internationale. Bizarrement, on le connaît peu chez nous. Plusieurs de ses longs métrages ont pourtant été vus pas plus de 10.000.000 de spectateurs à travers le monde. 

 

Fly me the moon a été le tout premier long métrage 3D réalisé et projeté sur grand écran de l’histoire du 7e art. Le voyage extraordinaire de Samy fut le premier triomphe commercial de la structure. En Belgique, il figure dans le top 4 des succès commerciaux du cinéma belge francophone, juste derrière Le tout Nouveau Testament. Mais sur une échelle globale, c’est le champion incontesté de notre box office.

 

 

Depuis, les titres se sont succédé et ont été distribués partout sur la planète. Ben Stassen, le patron du studio et producteur exécutif des longs métrages, souvent réalisateur, est un entrepreneur profondément heureux, un pionnier auquel nous avons rendu hommage à travers un passionnant portrait en cinq volets diffusés sur notre site.

 

Son dernier projet bouclé est Robinson Crusoé (Big Foot est en voie d’achèvement). Sorti en salles en Allemagne mercredi, il a attiré 23.000 spectateurs … en un jour et devrait terminer sa course autour des 200.000 tickets vendus. Mais ce n’est évidemment pas là qu’il réalisera la plus grande partie de son box-office puisqu’il sera notamment diffusé aux USA et en Chine. En Belgique, il nous arrivera le 30 mars, pendant les vacances de Pâques.

 

 

Ça, c’est pour le côté business, parce que travaillant essentiellement avec des investisseurs privés, Ben Stassen est un homme d’affaires avisé. Aussi. Pas seulement. La preuve avec Robinson Crusoe, qu’il a encadré, mais qui a été réalisé par son acolyte, le très enthousiaste Vincent Kesteloot.

 

Présenté en Première belge en ouverture du festival Anima, devant un public de spécialistes et de fanatiques, le film jouait d’emblée sa crédibilité. Serait-il à la hauteur des standards actuels initiés par les Américains ? Le moins qu’on puisse dire est qu’il a tiré en plein dans le mille estomaquant une bonne partie des spectateurs. Pendant 1h30, nous avons été carrément embarqués dans un autre monde, dans un autre temps, lorsque nous étions enfants, insouciants, quand nous acceptions de nous plonger sans aucun calcul dans un univers délirant, coloré, drôle et trépidant.

Explications…

 

Son titre ne laisse planer aucun doute : Robinson Crusoe est une nouvelle version ciné du roman écrit par Daniel Defoe en… 1719. Mais une adaptation libre, essentiellement basée sur une poignée d’animaux attachants.

 

À la suite d’une tempête particulièrement violente, un fier navire fait naufrage à quelques brassées d’une île déserte. L’équipage a disparu. Reste un homme, hagard, enfermé dans la cale, son chien et deux félins très peu sympathiques qui vont jouer un rôle déterminant dans cette aventure.

Si l’île ne compte aucun humain, on ne peut pas pour autant dire qu’elle est déserte. Un perroquet, un martin-pêcheur, un phacochère, un hérisson, une espèce de tatou, un caméléon et un vieux bouc myope vivent paisiblement au cœur de la végétation foisonnante. Tous voient l’apparition de l’humain d’un mauvais œil ; tous sauf le perroquet, persuadé puis toujours qu’il existe un autre monde, ailleurs, avec d’autres êtres vivants. L’arrivée de Robinson donne enfin corps à sa théorie.

 

L’air de rien, conter le récit du point de vue des animaux renverse totalement les valeurs et apporte un vrai vent de fraîcheur à l’histoire qu’on pensait tous connaître sur le bout des doigts.

 

 

Le cinéphile méfiant qui sommeille dans le grand enfant affublé de ses énormes lunettes 3D se dira qu’il y a deux risques à ce préambule : qu’une certaine mièvrerie pointe son nez et que l’ennui s’installe. Rassurez-vous : il n’en sera rien. Absolument rien.

Comme il n’y a pas de bons films sans un minimum de suspense, les auteurs du scénario ont créé des méchants inhabituels : deux chats qui ne vont pas tarder à se reproduire, à se multiplier. Les dessinateurs et animateurs ont fait le reste : ils ont imaginé des félins décharnés à l’allure d’hyène démoniaque aussi fascinants qu’ignoblement repoussants.
Lorsqu’ils abordent l’île, le film qui était attachant devient carrément trépidant, bourré de scènes d’actions hyper spectaculaires, fluides et captivantes (on pense à la poursuite de Monstres et compagnie,… mais en mieux).

 

C’est là que le savoir-faire d’nWave fait vraiment la différence.

 

 

Avec un cinquième du budget d’un film Pixar ou Dreamworks (on parle quand même de plus de 25 millions de dollars contre environ 150 chez les Ricains), l’équipe entièrement basée à Forest fait jeu égal d’un point de vue technique. Allez… jeu égal à 95%. Tout au plus remarque-t-on, en se concentrant, des arrière-plans (très loin) un tout petit peu statiques. Sinon, tous les habituels écueils sont ici évités et les effets transcendés : les flots déchaînés, les matières, les poils, mouillés et agités par le vent, la végétation : tout est épatant.

 

Au-delà de la technique « de base », le gros gros PLUS de ce film est la 3D, absolument époustouflante.

 

Après des débuts en fanfare il y a quelques années, on a eu un peu l’impression que le procédé s’essoufflait et ne servait plus, de temps à autre, que de prétexte pour justifier les investissements consentis et, au mieux, gonfler l’effet de quelques scènes spectaculaires.

Ici, non seulement la 3D est légitime, mais surtout, elle est un des arguments essentiels pour vous pousser à aller voir le film (oubliez l’éventuelle version 2D si elle est proposée dans quelques cinémas). Si toutes les scènes y gagnent en intérêt en jouant sur la profondeur de champ de façon remarquable, les séquences d’action (et il y en a beaucoup) jonglent avec les effets les plus saisissants.

 

 

Une bonne raison à cela : nWave est le leader mondial des Raids, ces petites productions (12 minutes environ) diffusés dans les plus grands parcs d’attractions. Plutôt que de concevoir ces démos de manière indépendante, Ben Stassen inclut dans ses longs métrages des scènes fracassantes qu’il peut ensuite extraire et qui trouvent ainsi une existence autonome. Autant dire que dans Robinson, il y a pas mal de biscuits pour contenter les spectateurs avides d’émotions fortes. L’excellente nouvelle est qu’elles s’incorporent parfaitement au long métrage et le dynamise sublimement. Un régal !

 

Attendu comme une curiosité, Robinson Crusoé est bien mieux que cela : un des meilleurs films d’animation tous publics vus sur nos écrans depuis des lustres.

Bien plus qu’une fierté nationale, un très grand spectacle enthousiasmant dont on sort avec la banane.

On a dix ans, la vie est belle et on est fous de Robinson Crusoé !

 

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