Retour sur… « Dust » de Marion Hänsel

Ce mercredi 17 janvier, redécouvrez à Flagey dans le cadre de l’opération 50/50 le deuxième film de Marion Hänsel, Dust, Lion d’Argent au Festival de Venise, avec dans le rôle principal Jane Birkin, qui sera présente pour cette soirée exceptionnelle.

Afrique du Sud. Apartheid. Magda vit seule avec son père dans une ferme isolée, perdue au milieu d’un désert aride et étouffant, où seuls passent le bétail et les domestiques. Magda et son père ne se parlent pas, ou presque. Leur quotidien est fait de travaux agricoles et de gestes quotidiens de servitude. Un jour, Hendrick, l’un des serviteurs, arrive sur la propriété avec sa jeune épouse, Anna. L’irruption de ce jeune couple va faire exploser l’atmosphère confinée percluse de frustration qui règne dans la maison.

 

 

Dust (poussière en français) est un film âpre et tendu sur d’intenables rapports de force, un huis clos en plein air gangrené par des rapports de soumission multidimensionnels, entre hommes et femmes, blancs et noirs, maîtres et serviteurs. Adapté d’un roman de J.M. Coetzee, le Prix Nobel sud-africain, Dust est conté à la première personne, comme le journal intime de Magda. Un récit à la fois fort et irréel, où le fantasme se mêle à la réalité. Magda promène sa silhouette longiligne et désincarnée d’une fenêtre à l’autre. D’une pâleur spectrale, elle ne rêve que d’une chose: que son père la voit. Son père (Trevor Howard), tout en force brute et onomatopées, ne la regarde jamais. Tout est sec dans ce désert, la terre comme les coeurs. Quand la candeur d’Anna et l’intensité d’Hendrick s’immiscent dans cette routine sclérosée, l’équilibre fragile et terrifiant sur lequel reposait le couple formé par Magda et son père vole en éclats. Magda sombre peu à la peu dans la folie. Derrière la névrose de Magda, on devine la folie d’un pays déchiré par la haine raciale.

 

 

Cette histoire de haine plus que d’amour, traversée par une incroyable tension charnelle, est servie par une approche très sensorielle du récit. On ressent avec les personnages la chaleur, la poussière, la lumière éblouissante, avec les ombres des tonnelles, et le vert des boiseries comme seules couleurs ou presque, dans un paysage dont le ciel et l’espoir sont quasiment absents. Le travail sur le son est tout aussi interpellant, tant on entend l’isolement, la solitude de cet espace infini clos par la seule prison mentale de ses occupants. Jane Birkin est saisissante dans le rôle de Magda. Elle que l’on a connue jusqu’ici (1985) essentiellement ingénue se révèle dans un rôle à contre-emploi où son corps en lutte constante contre ses pulsions répond avec douleur au récit de sa folie rampante.

 

 

Dust, présenté au Festival de Venise en compétition officielle y a remporté le Lion d’Argent, l’année où Agnès Varda recevait le Lion d’Or pour Sans toit ni loi. Deux films forts de réalisatrices qui portent un regard acéré sur deux histoires de solitude au féminin.

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