Rencontre avec Paul Jadoul, co-fondateur des studios L’Enclume

Rencontre avec Paul Jadoul, réalisateur notamment du court métrage d’animation Totems (nommé aux Magritte en 2017), et co-fondateur avec Constantin Beine, Rémi Durin et Jérémy Mazurek du Studio l’Enclume, qui a assuré une bonne partie de l’animation de Petit Vampire, le tendre et hilarant nouveau film de Joann Sfar, qui sort ce mercredi 28 octobre en Belgique. 

Pouvez-vous revenir rapidement sur les origines du studio?

L’Enclume a été fondé en 2007 par quatre amis, étudiants à La Cambre. A la fin de nos études, nous nous sommes associés pour fonder le studio. Nous étions face à un dilemme. On se demandait s’il valait mieux d’abord partir chacun de notre côté, pour se faire notre expérience dans notre coin, quitte à se rassembler plus tard, ou se rassembler pour créer un studio, et on a choisi de monter le projet sans attendre. On travaillait beaucoup ensemble, on s’échangeait conseils et coups de main sur les films, et on avait fait un projet ensemble la dernière année à La Cambre, le générique du Festival Anima, ce qui a contribué à nous donner une visibilité dès notre sortie de l’école.

Quels projets aviez-vous envie de mener?

Nous sommes assez complémentaires dans nos compétences et nos talents, et c’est une vraie force. Nous sommes quatre auteurs, c’est notre formation, on a appris en réalisant des courts métrages, même si nos goûts peuvent être très différents.

On a testé de très nombreuses techniques, même si on a une formation très traditionnelle, plus dessin animé à la main, image par image. On a aussi beaucoup pratiqué le stop motion, où on anime des objets, du papier, de la pâte à modeler. On a aussi beaucoup expérimenté des choses plus au niveau de l’infographie… Que ce soit dans le domaine du court métrage, des séries ou même des longs.

Aujourd’hui, on s’est un peu recentré. On fait moins de stop motion, car c’est une technique qui demande beaucoup de moyens, notamment mettre à disposition un studio de tournage, et beaucoup de matériel. On fait plus de l’animation 2D traditionnelle aujourd’hui, ou de la 3D.

Sur quels types de productions travaillez-vous?

On a fait de tout! Notre tout premier projet était déjà atypique. Jérémy Mazurek à l’époque a eu l’idée d’envoyer un mail à tous les groupes belges pour leur proposer de réaliser leur clip. Comme une bouteille à la mer. Et à notre grande surprise, on a eu un retour hyper rapide d’Hooverphonic. Un projet super excitant, pour signer la sortie de leur nouvel album.

Ensuite on a fait des génériques de festivals, des films de commande, des courts métrages, on a participé à des longs comme Une vie de chat, Zarafa, ou Petit Vampire cette année. On a aussi fait le chat en pâte à modeler pour Philippe Geluck!

Et sur quel projet travaillez-vous en ce moment?

On est en pré-production d’un un long métrage jeune public qui devrait sortir en 2022, Yuku et la fleur de l’Himalaya. Je fais le développement graphique, Rémi Durin le réalise, on porte ce projet à trois avec Arnaud Demuynck qui l’a écrit. Actuellement, on prépare la matière pour accueillir des équipes au printemps 2021.

Yuku, c’est un conte pour enfants avec des animaux, l’histoire d’une petite souris qui vit avec sa famille dans un château fort, une ambiance un peu médiévale. Elle se lance dans une quête, et part à l’aventure dans la forêt, où elle rencontre différents animaux. Ce sera une ambiance très nature et… musicale! Elle part avec un ukulele, qui lui permet de faire plein de belles rencontres… Ce sera un film assez court (60mn), qui sera vraiment adapté aux jeunes enfants, ce sera très doux visuellement, alternant des moments plus nerveux lors des chansons et des chorégraphies, et des moments plus contemplatifs.

C’est le premier long métrage qu’on porte à titre majoritaire, et il faut savoir qu’il y a très très peu de longs métrages d’animation d’initiative belge francophone. Avant ça, nous étions prestataires, faisons une partie de l’animation sur des projets qui n’étaient pas les nôtres, comme Petit Vampire. Une bonne partie de Yuku va pouvoir se faire ici en Belgique.

Comment trouve-t-on sa place dans ce contexte?

La force de Yuku, c’est que le public est très ciblé, on travaille à partir de 4 ans, et il y a très peu de longs métrages pour si jeune public, il y a vraiment une place à prendre dans ce créneau-là. C’est aussi un film dont le budget est plutôt modeste, ce qui nous a permis de le financer. Je m’occupe du développement graphique mais aussi technique, et on est en train de trouver des astuces pour avoir une chouette image, en tenant compte du budget, et en parvenant à animer assez vite le projet, contrairement à des films comme Petit Vampire, qui sont des projets d’une plus grande envergure technique et financière, et qui sont très longs à mettre en place.

Quelle est votre intervention sur les longs métrages étrangers?

Le cinéma d’animation reste très cher à produire, et il est nécessaire de produire en rassemblant plusieurs régions et pays. Pour Petit Vampire, on a fait une bonne partie de l’animation, on nous a attribué un certain nombre de séquences, plus ou moins une demie heure de film, pour laquelle nous avons engagé 18 animateurs.

 

 

 

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