Quartier Lointain : Si loin, si proche

Par un curieux caprice du destin, Thomas, la cinquantaine, père de famille, échoue dans la ville de son enfance. Pris d’un malaise dans le petit cimetière local, il se réveille quarante ans plus tôt, dans son corps d’adolescent. Dans ce passé qu’il vit avec la conscience de sa vie écoulée, il va non seulement retrouver son premier amour, mais aussi chercher à comprendre les raisons du mystérieux départ de son père. Mais peut-on modifier son passé en le revivant ?

 

Le pitch de Quartier Lointain est superbe.
Vous l’avez loupé?  Pas de problème : le film repasse à la télé ce samedi soir sur la Trois.

 

 

L’idée d’adapter au cinéma, et (qui plus est) en Europe, ce manga totalement culte chez les amateurs de bande dessinée pouvait sembler risquée, mais, depuis le début, elle a été soutenue avec beaucoup d’enthousiasme par l’auteur de l’œuvre originale, Jiro Taniguchi, couronné pour son scénario à Angoulême en 2003 et qui a d’ailleurs assuré la tournée de promotion du film avec son nouveau copain, Sam Garbarski.

 

« Lorsque j’ai vu le film pour la première fois sur grand écran, j’ai été très ému, » déclara-t-il au site Evene « Et je crois que même les lecteurs du manga seront touchés par la version de Sam Garbarski. J’ai été frappé par certaines scènes ajoutées que je n’aurais jamais pu dessiner, mais qui fonctionnent très bien au cinéma. Par exemple, la scène où Thomas danse avec sa mère et sa petite sœur est très belle, grâce à la musique notamment. Aucun dessin ne pourrait rendre la même émotion. »

 

Pour l’anecdote, on notera que le mangaka apparaît à l’écran, à la manière d’un Alfred Hitchcock, dans une scène de train. Ouvrez d’ailleurs les yeux, car on fait ici et là dans ce film de curieuses rencontres inattendues : un contrôleur de la SNCF a les traits d’un acteur bien connu des fidèles de Cinevox. Et la dame derrière le bar ne devrait pas vous être étrangère non plus si vous fréquentez ce site…

 

 

Lors de sa sortie en salle, Quartier Lointain n’a pas rencontré le succès qu’il méritait. L’accueil critique fut pourtant favorable.  Alain Lorfèvre grand spécialiste du cinéma, mais aussi de la BD insistait dans La Libre Belgique sur le travail d’adaptation :

« Transposant l’action du Japon à la France, Garbarski et ses deux coscénaristes, Philippe Blasband et Jérôme Tonnerre, soulignent combien le thème du chef-d’œuvre de Taniguchi est universel. Qui n’a pas un jour rêvé de pouvoir exprimer ce qu’il n’a pas eu le temps de dire à ses proches, disparus ? Ce fantasme, au cœur de « Quartier Lointain », est traité avec simplicité et même une petite touche d’humour (Thomas ne peut parfois s’empêcher de parler comme l’adulte qu’il est ou d’évoquer le futur avec un aplomb confondant). » Il mettait également l’accent sur les performances de comédiens, sobres, mais terriblement convaincants: « … Il est l’occasion de belles scènes entre Léo Legrand et une Alexandra Maria Lara (La chute, Control) dont la palette du registre dramatique comme le multilinguisme ne cesse d’étonner. Jonathan Zaccaï se tire plutôt bien du rôle difficile d’un père qui n’est déjà plus là. … Mais on est surtout convaincu par l’interprétation des jeunes acteurs : Léo Legrand, plutôt touchant et crédible, et Laura Martin (l’amour de jeunesse de Thomas), d’une remarquable maturité d’actrice. »

 

 

Une impression confirmée aussi dans TeleramaCécile Mury, après avoir passé en revue les qualités des comédiens, ponctuait sur une comparaison originale : « Comme dans Peggy Sue s’est mariée, de Coppola, remonter le temps pour comprendre et accepter veut dire aussi savourer une dernière fois la sève de la jeunesse, de tous les commencements. Dans un rôle délicat – un adulte dans un corps de môme -, le jeune Léo Legrand trouve le parfait équilibre. Lors d’une brève apparition clin d’oeil, Jirô Taniguchi sourit. Il a raison : la greffe a réussi. »

 

Hélas, le soutien de la presse, en Belgique ou à l’étranger, ainsi qu’un reportage dans le JT de 20h de TF1, le dimanche précédent la sortie française, ne suffit pas à donner envie aux spectateurs de se ruer dans les salles; mêmes les nombreux fans de la bande dessinée ne firent pas à cette adaptation la fête escomptée.

 

 

Malgré (ou grâce) à cet échec commercial, Quartier Lointain a depuis lors accédé au statut de film culte : une petite perle que les initiés se refilent entre eux. Une vraie réussite méconnue, un long métrage très touchant, irradié par la superbe prestation d’un Jonathan Zaccaï déconcertant de naturel dans un rôle où il est tenaillé entre le besoin de tout recommencer et celui d’assurer, contre vents et marées, ses obligations de mari et de père.

 

Il serait très dommage de passer à côté de ce drame intimiste, troublant, subtil, plein d’atmosphère. Émouvant, surtout. D’autant que vous pouvez donc le (re)découvrir à la télé ce samedi (21h sur la Trois).

Ne vous privez pas !

 

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