« Profession du père »: mon père, ce héros mythomane

Jean-Pierre Améris adapte Profession du père, roman de Sorj Chalandon, et offre à Benoît Poelvoorde un rôle inquiétant de patriarche mythomane doublé d’un tyran domestique en puissance.

Emile, 12 ans, vit dans une ville de province dans les années 1960, aux côtés de sa mère et de son père. Ce dernier est un héros pour le garçon. Il a été à tour à tour était chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle.

Dans une autre, ou plutôt dans d’autres vies, son père a côtoyé les grands de ce monde, monde qu’il a assurément contribué à rendre meilleur.

D’ailleurs aujourd’hui encore, même s’il semble rangé des voitures et mener une existence bien paisible dans leur petit appartement lyonnais, que l’on ne s’y trompe pas: son père manoeuvre dans l’ombre pour remettre la France, handicapée par un De Gaulle qui a décidément perdu de sa superbe, sur le droit chemin. Et si Emile l’écoute bien, il pourrait peut-être l’assister dans cette noble mission.

Il veut mieux bien l’écouter d’ailleurs son père, car harassé par tant de responsabilités, il est parfois soumis à des accès de colère qui peuvent laisser des traces…

Benoît Poelvoorde incarne donc André Choulans, complexe et inquiétant, personnage aux deux visages, héros haut en couleur pour son fils, tyran domestique pour le spectateur. Car derrière les récits flamboyants, le storytelling d’une vie fantasmée, c’est bien de maltraitance psychologique et physique qu’il s’agit. La mère, comme anesthésiée par les délires mortifères de son époux, échoue à protéger son fils, en totale admiration devant ce père flamboyant, qui donne du relief à leur petite vie bien rangée.

Emile va donc devoir faire le douloureux apprentissage de la folie et de la cruauté de son père, et de l’aveuglement de sa mère. Ce qui commence comme une chronique familiale douce-amère sur fond nostalgique de la France des années 60 tourne donc au récit de l’emprise dramatique d’un patriarche toxique sur son fils, qui va devoir se construire envers et contre son père.

Si Benoît Poelvoorde s’empare aisément de la complexité du personnage du père, on retiendra également avec attention la prestation dans le rôle d’Emile du jeune acteur belge Jules Lefebvre, découvert dans Duelles d’Olivier Masset-Depasse, et qui porte ici sur ses déjà solides épaules de comédien le poids du récit, mené à hauteur d’enfant.

Profession du père sort ce mercredi 28 juillet dans les salles belges.

 

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