Pour une meilleure diffusion des films belges

Il y a peu le Centre du cinéma a présenté le bilan 2014 du cinéma belge francophone (lire ICI).

Tout le monde est d’accord : les performances des films belges francophones à l’international et la notoriété de nos talents démontrent que la politique d’investissement dans la production est adéquate et dit absolument être poursuivie.

 

Cependant, chacun le sait, il reste pourtant un problème et il est de taille : le cinéma belge n’a pas encore gagné le pari de sa rencontre avec le public belge.

Certes, il est essentiel d’avoir une production riche et fort agréable d’être primé dans les festivals étrangers ou de recevoir un Magritte. Mais être aussi largement attendu, diffusé, vu en Wallonie et à Bruxelles ainsi qu’à l’étranger est tout aussi important. Sinon plus.

 

Prix du jury Cinevox au dernier FIFF, Melody a bénéficié de la diffusion gratuite de sa bande-annonce pendant une semaine dans les cinémas. 

 

Depuis pratiquement 5 ans, le Centre du cinéma s’est intéressé de très près à la promotion et la diffusion de nos films. Des modifications des aides à la promotion sont entrées en vigueur en novembre 2013, avec un double objectif : faciliter la sortie des films via une aide financière importante afin de faire en sorte qu’ils puissent être distribués et vus et accroître le nombre de spectateurs des films belges en salles.

Des moyens ont été consacrés à ces objectifs, puisque le budget des aides à la promotion est passé de 700.000 € en 2009 à plus d’un million d’euros en 2014.

 

La Fédération Wallonie-Bruxelles est aussi un partenaire particulièrement enthousiaste de Cinevox ce qui marque de toute évidence l’envie de l’institution d’aller à la rencontre du grand public.

 

 

 

L’évaluation

 

Dans les grandes lignes, le Centre du cinéma estime aujourd’hui que le système mis en place représente une amélioration par rapport à ce qui était fait précédemment… mais demande de nouveaux progrès vu le constat relatif aux faibles entrées de la majorité des films belges francophones en salle.
Cela dit, il ne faut pas être non plus exagérément pessimistes : leurs scores sont au moins équivalents et parfois supérieurs aux scores des films d’art et essai internationaux sur notre territoire.

 

Avec plus de 15.000 entrées en Belgique, Morrocan Gigolos a réussi un beau score fin 2013

 

 

Par ailleurs, le Centre du cinéma reconnaît que des efforts doivent encore être faits en ce qui concerne les longs métrages documentaires, et l’aide en conseils de spécialistes qui n’atteint pas les objectifs fixés.

 

La logique qui avait présidé à la conception du système était de donner aux producteurs et aux distributeurs d’une part, des moyens financiers directs pour assurer la promotion et la diffusion des films et d’autre part, de proposer la prise en charge d’un accompagnement professionnel, le tout, sous la supervision du  Centre du Cinéma.

 

D’une première évaluation par l’administration de ce système, le Centre du cinéma a épinglé une série d’observation qui nous semble à la fois lucides et très intéressantes pour la suite :

 

  • le nombre de films qui sortent en salles a fortement augmenté (31 films majoritaires belges francophones ont été projetés sur les écrans belges en 2014, contre 24 en 2013) ;
  • la moyenne de spectateurs par film en salles en Belgique reste très faible (en 2014 : 828 spectateurs par long métrage documentaire, 10.574 spectateurs par long métrage de fiction) ;
[NDLR. cette moyenne est évidemment tirée vers le haut par Les Rayures du Zèbres, Deux jours une nuit et dans une moindre mesure par Pas son genre. Beaucoup –trop – de films stagnent sous les 2000 entrées. Il serait plus intéressant d’avoir ici une médiane qu’une moyenne]

Bien lancé par Bardafeu, les Rayures du Zèbre a été un des gros succès belges de 2014

 

  • le système d’aide mis en place étant uniquement axé sur la sortie salle, il a engendré des effets pervers (certains films sont sortis en salle, au prix d’un travail démesuré du producteur/distributeur, alors qu’ils auraient eu une meilleure audience en TV, les salles sont souvent harcelées par les professionnels désireux d’atteindre le nombre de séances requises pour obtenir l’aide, sans que cela s’inscrive dans une stratégie réfléchie et réaliste de sortie du film…) ;

 

Prix du jury Cinevox au FIFF en 2013,  le très touchant Yam Dam est sorti à l’arraché un an plus tard grâce à la seule ténacité de son réalisateur Vivian Goffette

 

  • les aides octroyées servent parfois à combler des manquements au niveau de la production, en perdant ainsi leur objectif premier ;

 

  • contrairement à ce que le centre du cinéma avait espéré, le rôle de conseiller marketing en sortie cinéma ne s’est pas professionnalisé et les interventions en ce sens n’ont pas donné les résultats escomptés.

 

Encensé à travers le monde, couvert de prix, Alelluia est passé inaperçu lors de sa sortie belge

 

 

Et donc?

 

Si l’objectif que les films soient plus accessibles a en partie été atteint, celui que les films soient vus ne l’a pas été autant que souhaité.

 

Dès lors, un changement de stratégie et une nouvelle politique plus forte et efficace s’imposer pour soutenir la promotion de nos films avec un système d’aide revu et corrigé et un rôle repensé du Centre du Cinéma à cet égard.

 

Les capsules de Cinevox diffusées en salles sont sans doute aujourd’hui le moyen le plus efficace pour un film belge de rencontrer le grand public. 

 

 

Objectif hyper ambitieux : le cinéma belge francophone doit être présent partout et tout le temps. Il doit faire partie de l’environnement quotidien dans lequel vivent nos concitoyens et ne plus être réservé à un public d’initiés composé de ceux qui sont au courant de l’existence des films.

Il faut faire venir nos films vers les gens plutôt que d’attendre que ceux-ci, confrontés à un choix très vaste en matière cinématographique, se tournent vers nos films.

 

Les fidèles lecteurs de Cinevox qui voient nos capsules en salles savent que c’est exactement notre credo depuis le lancement du projet

 

 

 

Quelques pistes d’actions

 

 

La première étape serait de mener une enquête comme en 2009 sur la perception qu’ont les Belges de leur cinéma. L’objectif serait d’une part, de mesurer l’évolution de cette perception et d’évaluer les actions mises en place à ce jour et d’autre part, de tester certaines pistes de nouvelles actions (comme celles qui sont conduites dans d’autres pays/régions qui doivent faire face aux mêmes difficultés).

 

À l’instar de ce qui s’est fait à l’étranger notamment en Israël, le principe de base serait tout d’abord de déplacer l’aide directe saupoudrée aux producteurs vers une politique renforcée de promotion par le centre du Cinéma en assurant une visibilité et attractivité plus large et permanente du cinéma belge francophone (campagnes visibles constantes, achat d’espaces sur le territoire, application web, information, travail de sensibilisation forte auprès des salles, centres culturels, écoles, secteur associatif, éducation permanente; avant-premières dans les villes sans cinéma ; mise en valeur des films primés aux Magritte, etc.).

 

Les Magritte du cinéma: une belle vitrine pour nos meilleurs films et artistes

 

Ce projet sera présenté en septembre et une première campagne professionnelle de promotion commencera en septembre 2015. Un label du cinéma belge francophone sera également envisagé.

 

À l’image de de ce qui se fait déjà au FIFF, le centre du cinéma a décidé de multiplier les moments officiels de visionnement de films à l’attention des professionnels et des centres culturels et de leur permettre l’accès à la plateforme en ligne de WBimages qui n’est accessible qu’aux opérateurs étrangers.

Renforcer les partenariats avec les opérateurs soutenus pour contribuer à l’objectif commun (Cinevox – c’est nous ! -, RTBF, Écran Large sur Tableau Noir, associations d’éducation à l’image, salles Art et Essai, et réseau de La Quadrature du Cercle, villes, communes, …) ;

Assurer une présence plus active du cinéma belge francophone dans les médias et les réseaux sociaux.

Des moyens complémentaires seront accordés à cette nouvelle politique.

 

Ce changement devra être envisagé dans le contexte global de la réforme de la Commission de sélection dont certains aspects visent à obliger les producteurs qui déposent des projets de films à mieux identifier le public auquel ils sont destinés, qu’il s’agisse du grand public, de publics de niche ou de festivals.

 

 

 

 

Une nouvelle stratégie de diffusion, 13 nouvelles salles !

 

 

Cette législature devrait permettre à la fédération Wallonie-Bruxelles de mutualiser les efforts entre opérateurs (créateurs, exploitants, producteurs, distributeurs, opérateurs culturels, monde associatif, écoles,…) et de provoquer ainsi une meilleure rencontre entre notre cinéma et son premier public.

 

 

– Le premier élément essentiel est l’ouverture de nouvelles salles. L’année 2015 sera une année importante dans ce domaine. Trois cinémas dédiés aux films d’art et essai devraient ouvrir leurs portes : Le Caméo (5 écrans) à Namur, Le Quai 10 (4 écrans) à Charleroi et Le Palace (4 écrans) à Bruxelles ; ces 13 nouveaux écrans seront cruciaux pour la diffusion de nos longs métrages puisqu’ils leur donneront des opportunités inédites d’être vus par un large public.

Par ailleurs, il n’existe aucune obligation concernant la diffusion de films belges pour les salles art et essai subventionnées. Dès lors, comme cela se pratique déjà dans le secteur des arts de la scène, des dispositions contraignantes seront mises en place en ce qui concerne la projection de films belges.

 

– Suivant les constats faits du nombre d’entrées relativement faible pour les films belges dans le réseau commercial, la création d’un vrai réseau alternatif devra être imaginée.

Le Centre du cinéma voudrait mieux soutenir La Quadrature du Cercle, réseau de programmateurs, pour une meilleure coordination de la diffusion des films dans le réseau des centres culturels et des ciné-clubs. Ce réseau compte aujourd’hui une cinquantaine de membres et a fait ses preuves. Le Centre envisage d’aller plus loin et d’envisager également pour les centres culturels des dispositions contraignantes en matière de diffusion du cinéma belge.

 

– Sans nier l’importance et le rôle joué par les salles de cinéma qui restent les lieux emblématiques de diffusion de cinéma, le Centre va prendre toute la mesure des nouvelles possibilités de « consommer » des films apparus au cours de ces dernières années.
Qui peut dire quel sera le profil du secteur de la diffusion en 2020 ? L’arrivée de nouveaux outils et supports de diffusion numériques modifie déjà considérablement les comportements de consommation de la nouvelle génération. Ne pas en être conscient ou attentif serait une grave erreur.

 

 

Dans ce domaine, il est nécessaire de renforcer l’articulation entre les différents opérateurs existants (câblo-opérateurs, PointCulture, Universcine.be,…) pour rendre les films belges plus visibles. Il est également essentiel de sensibiliser le public au visionnement en ligne légal (vidéo à la demande) en mettant en avant les sites ad-hoc, comme vient de le faire la France avec le site www.offrelegale.fr

 

Cette réflexion fera partie de la Coupole « Plan Culturel Numérique » lancée dans le cadre de l’opération de concertation prospective « Bouger les lignes ». Un partenariat avec la RTBF devrait aussi être conclu en matière de diffusion régulière de nos films à des heures et sur des chaines visibles.

 

 

 

Alliance Culture-école

 

Le Centre du cinéma estime que l’école a également un rôle primordial à jouer dans l’éducation et l’accès de nos jeunes à notre cinéma, jeunes qui sont des spectateurs réels et en puissance à sensibiliser.

Plusieurs mesures seront prises parmi lesquelles le développement de « laplateforme.be » pour en faire un véritable site de promotion de toutes les catégories de films de la Fédération Wallonie-Bruxelles à destination exclusive des enseignants et des opérateurs socioculturels. Il est aussi envisagé de redéfinir le rôle de la Cinémathèque de la FWB en lien avec Pointculture.

 

 Baby Balloon : comment toucher le public ado avec un (très) chouette film belge ?

 

Pour le reste, citons pêle-mêle l’adoption d’une politique de diffusion renforcée de nos longs métrages et documentaires dans les écoles dans le cadre des projets de novelle alliance école et culture ; la définition d’un cadre à Écran Large sur Tableau Noir pour intensifier la diffusion des films belges ; l’intégration de l’éducation à l’image dans la formation initiale, mais aussi dans les manuels scolaires ; l’incitation au visionnement de films belges lors des jours blancs ; le soutien à la création de ciné-clubs dans les écoles et enfin une augmentation de la visibilité du Prix des Lycéens.

 

 

 

Et?

Vous le voyez : les mesures annoncées sont extrêmement ambitieuses.
Mieux! Elles sont la conclusion de raisonnements logiques et elles semblent réalisables.

Cela amènera-t-il plus de spectateurs belges devant les films produits chez nous?
Oui, sans doute. A moyen et long terme sûrement.
Car, ce n’est pas être chauvins que de clamer que Deux jours une nuit, la Marche, Pas son genre, Melody, L’année prochaine ou Tous les chats sont gris tiennent parfaitement le choc face à des longs métrages français et anglais du même profil.

 

 Tous les chats sont gris : un film à sortir le 29 avril qui mérite vraiment de trouver son public. 

 

Si on a juste un conseil à donner pour cette grande mutation ce serait de modifier la tagline « osez le cinéma belge » par quelque chose de plus agréable, de plus doux, qui ne nécessite pas une démarche volontariste.
Allez voir un film belge devrait être toujours le résultat d’une envie et non d’une audace.
Il y a tellement de plaisir à y prendre.

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