Patriiiiick!!!! [rendons à Patrick ce qui appartient à César – ou l’inverse]

Vendredi soir, au théâtre du Châtelet, Patrick Ridremont attendra avec un certain détachement l’annonce du lauréat du César du meilleur film étranger.

À l’ultime instant, son cœur battra inévitablement un peu plus vite, mais face à trois ogres américains qui ont secoué le box-office et à trois longs métrages européens prisés par la critique (dont The Broken Circle Breakdown), il sait que les chances sont minces de recevoir la statuette.

 

« Environ une sur sept » répondit-il, plus ironique que jamais, au Dan Late Show diffusé dimanche dernier sur la Deux, une émission durant laquelle il a assuré le show et décrit son état d’esprit à quelques jours de la cérémonie (voir ici).

Il y est aussi revenu avec une évidente délectation sur la polémique née de l’article d’un journaliste étonnamment agressif après l’annonce de la sélection de Dead Man Talking aux César.

 

 

« Le cocardier qui sommeille en tout cinéphile belge peut se féliciter de cette nomination surprise pour un produit de notre bon vieux terroir », pouvait-on lire ce samedi-là dans les pages d’un grand quotidien de la capitale. Gentille entrée en matière qui présage mal de la suite : « Reste que cette nomination, qui jette le discrédit sur les Césars est totalement incompréhensible face à un tel parterre de talents. » Gasp !

 

Mais bref, l’article a disparu des radars; il est même absent du site du journal vespéral, preuve sans doute que personne là-bas n’a plus envie de le brandir en étendard. Cela dit, pour l’histoire et la mémoire, on peut replonger sur la page Facebook de Patrick Ridremont au cœur du clash qui a suivi (rappel des faits ici) et généré plus de 1000 like.

 

[Patrick Ridremont avec  Denis Huygens (Brightfish), Sylvain Goldberg (Nexus factory,n son producteur), Jean-Luc Couchard et Olivier Leborgne au Cinevox Happening de Liège – septembre 2012]

 

1000 like sur une page privée? Hé oui, car Patrick Ridremont est un personnage populaire qui dans ses démarches artistiques n’oublie jamais qu’il ne s’adresse pas à une élite. Que ce soit sur scène, au théâtre, à la ligue d’impro… ou au cinéma, il joue pour et avec le public. Avec humour et intelligence. Même si elle ne plaît pas à tous, la tâche est noble. Et elle est juste.

 

[l’équipe avec Virginie Efira à droite au Cinevox Happening de Bruxelles – septembre 2012 – inoubliable]

Dead Man Talking n’est pas autre chose qu’un film ambitieux dans sa forme et sa tonalité qui ne cherche pas à intellectualiser son propos. C’est pourquoi nous avions écrit à l’époque (lire ici) que sa carrière en salles était un test : un grand succès aurait sans doute contribué à orienter une partie de la production belge francophone dans un créneau plus populaire. Mais même si cette fable dramatique, humaniste, burlesque et tendre, n’a pas franchi la barrière fatidique des 15 000 entrées, son Magritte du premier film a largement démontré qu’il jouissait du soutien de la très large majorité de ses spectateurs. Pour preuve ses prix du public qui se sont amassé de festival en festival. À ce niveau-là d’amour réciproque, il n’y a plus de coïncidence, ni de malentendu à invoquer.

 

[Standing ovation à Liège] 

 

Honni par les uns avec des arguments plus ou moins rationnels, porté à bout de bras par d’autres (dont nous) avec un enthousiasme que la répétition des visions n’a fait qu’amplifier, Dead Man Talking a l’immense mérite de susciter le débat et donc la curiosité. De braquer les projecteurs sur la production belge… jusqu’aux César où le film a su convaincre suffisamment de professionnels français pour terminer sa course parmi les sept nominés de la catégorie « Meilleur film étranger ».

 

[Dans Dead Man Talking, François Berléand livre une prestation 4 étoiles. Il est ensuite monté au créneau pour défendre le film un peu partout. Les votants français n’y ont sûrement pas été insensibles.]

Vendredi, Patrick Ridremont croisera sans doute (du regard au moins) Quentin Tarantino, autre représentant émérite de la coolitude « fuck the system ». Le réalisateur de Django Unchained a déjà confirmé sa présence à la soirée. Histoire de récolter un prix?
Non seulement, il n’a jamais remporté le trophée, mais il n’a plus été nommé aux César depuis… 1995 et Pulp Fiction.
Quoi qu’il advienne de cette soirée, Dead Man Talking qui fut nommé (certains l’ont rapidement éludé) aux récents prix Lumières octroyés par la presse étrangère en poste en France restera à tout jamais comme un film qui a réussi à se hisser au-dessus de la mêlée et à marquer les esprits. Un premier film, rendez-vous compte.

 

Profite du moment, Patrick, et puis concentre-toi sur l’écriture de ton prochain long.

Qu’on y rie, qu’on y tremble, qu’on s’y détende ou qu’il joue avec nos nerfs, peu importe.

On veut juste voir la suite des aventures que tu as envie de nous proposer sur grand écran. Et vite !

 

 

 

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