On the Road Again
Quand Benoit meets Bouli sur la route

Mercredi, le Be Film Festival accueillait une nouvelle avant-première mondiale. Un documentaire qui fait salle comble, il faut le voir pour le croire. Mais quand on sait que le portrait est consacré à Bouli Lanners et que son réalisateur est Benoit Mariage, on comprend mieux l’engouement qu’il suscite.

 

 

 

Pour cette soirée de gala, les organisateurs avaient fait précéder les boulets sauce chasseur par un bon waterzooi gantois. En l’occurrence, un formidable showcase de The Bony King of Nowhere, le one man band de Bram Vanparijs qui signa la musique des Géants. Seul à la guitare, habillé d’un simple rayon de lumière blanche, avec sa voix belle et fragile qui évoque toujours autant Thom Yorke (Radiohead), le chanteur flamand le plus poignant du moment a plongé l’assistance dans un silence de cathédrale. Impressionnant.

 

 

 

Quand Benoit Mariage rencontre Bouli Lanners, quand les deux ténors de la comédie douce-amère, absurde et humaniste sont côte à côte, cela donne évidemment une jolie bouffée d’émotion. Les deux hommes se connaissent et s’apprécient depuis longtemps. Bouli a pratiquement débuté avec Benoit. À l’époque il était essentiellement acteur et Benoit réalisait. Mais Bouli avait déjà quelques courts métrages assez audacieux à son palmarès et sous l’impulsion de Versus, son historique producteur, il préparait Ultranova. Aujourd’hui chacun d’eux a réalisé trois longs métrages et s’apprête à tourner le quatrième.

 

 

Mais en 2011, c’est Benoit qui a suivi et filmé Bouli. Avec l’œil du documentariste bourré de talent qu’il n’a jamais vraiment cessé d’être. On the Road again, le Cinéma de Bouli Lanners, est le second documentaire de la collection Cinéastes d’aujourd’hui que la Cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles consacre à nos créateurs les plus remarquables. Le premier, mis en images par Olivier Van Malderghem, professeur à l’IHECS et auteur de Rondo, était dédié à Jaco Van Dormael.

 

 

Ici, Benoît Mariage a approché l’univers de son valeureux ami liégeois en mettant en parallèle sa vie et les histoires qu’il invente pour le cinéma. Sa vie, il l’invente aussi d’ailleurs. Parfois. C’est du moins ce qu’il prétend dans ce film.

 

 

Réalisateur autodidacte, Bouli Lanners exprime un univers intuitif, sensible et profondément humain. Il évoque des personnages décalés, en rupture et en recherche du lien social et familial, en les faisant voyager de la beauté préservée des campagnes jusqu’au décor des villes contemporaines. Et surtout, il aime les gens, passionnément. Cela se voit et ça se sent.

 

 

On the Road again est une plongée dans son passé via des extraits de ses premiers courts désopilants et un retour sur des lieux qui l’ont marqué. Mais c’est aussi un aller simple pour le futur pendant le repérage de son prochain film. On y apercevra des champs en hiver, des arbres dépouillés, des vallons gris, un petit village isolé. Ou pas. Car Bouli hésite: cette ruralité, n’est-ce pas trop évident dans l’esprit du public qui adore étiqueter les gens? Finalement, ce nouveau film, dans lequel il jouera, sera peut-être transposé dans une banlieue pauvre et un peu triste. À voir. Son copain Snul, Stefan Liberski, est plutôt pour…

 

 

On savait que Bouli ne calculait pas. Et c’est encore le cas ici. Il se livre sans arrière-pensée avec un naturel confondant, ce naturel qu’on aime tant chez lui. On le découvre avec sa femme, Élise Ancion, fameuse décoratrice, mais aussi avec son fils spirituel, revendiqué, Zacharie Chasseriaud qu’il entraîne sur les lieux de son enfance. Zack tel qu’en lui-même, pareil à son personnage des Géants, est bien l’alter ego de l’artiste à la barbe fleurie.

 

Si vous avez manqué cette avant-première mondiale dans le cadre du Be Film Festival, vous serez ravisd’apprendre que la RTBF et Arte diffuseront bientôt ce portrait tout en nuances et que ce film d’une cinquantaine de minutes sera ajouté au DVD des Géants lors de sa sortie dans les échoppes en mars prochain.

Un beau portrait et surtout une formidable rencontre entre deux de nos plus grands réalisateurs.

 

 

 

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