On a zoomé avec les frères Guit

Rencontre en mode Zoom avec Harpo et Lenny Guit, dont le premier long métrage, Fils de Plouc, était sélectionné ce week-end à Sundance. 

Ils sont frères, ils sont (presque) belges, ils sont cinéastes, mais… la comparaison avec les autres frères du cinéma belge s’arrête là, du moins en termes de style. Lenny et Harpo Guit viennent de signer Fils de plouc, leur premier long métrage, réalisé dans des « conditions légères » (ou encore avec un budget très réduit, question de vocabulaire), qui vient d’être dévoilée en avant-première ce week-end au prestigieux Festival de Sundance. Une avant-première un peu particulière, à l’image de leur premier film…

« On s’est retrouvé à 6 heures du matin, sur notre canapé, avec deux des acteurs et notre famille, pour l’avant-première de notre premier long métrage, » rigole Harpo. « On s’amuse bien, renchérit Lenny, on vit Sundance à distance, entre notre salon et notre cuisine. »  Et en compagnie de Fresco, aka Jack-Janvier, la star du film – et le chien des deux frères -, « qui enchaîne les interviews depuis trois jours. »

Mais rembobinons quelques minutes avant d’arriver à ce samedi pluvieux et matinal de janvier 2021… Parisiens d’origine, personne n’est parfait, les frères Guit débarquent à Bruxelles il y a quelques années, Lenny pour étudier le montage à l’IAD, et Harpo pour étudier le jeu au Conservatoire. Depuis quelques années déjà, ils tournent des courts métrages avec leurs ami·es, des films faits de bric et de broc, publiés sur leur page YouTube, Clubb Guitos, et dont l’énergie foutraque séduit certains de leurs premiers spectateurs, et leur vaut quelques sélections en festival.

Il faut dire que leur cinéphilie remonte à leur enfance, durant laquelle leur père, le réalisateur Graham Guit (Le Ciel est à nous, Les Kidnappeurs, Hello Goodbye) leur fait découvrir tout ce qu’il aime au cinéma. « Il nous a toujours montré des films, beaucoup, se souvient Lenny. De tous les genres et de toutes les époques. Une cinéphilie joyeuse, sans snobisme, qui a éveillé notre curiosité. » Harpo continue: « C’est grâce à lui qu’on a découvert les classiques du cinéma américain ou français, et puis on a fait nos propres découvertes, on adore le cinéma italien des années 60/70 par exemple. » 

Quand on leur parle de Jackass ou de John Waters auxquels les sélectionneurs de Sundance les ont comparés, les frères s’amusent. « C’est marrant, s’exclame Harpo, on a justement découvert Jackass pendant l’écriture du film. » « Mais on adore aussi des choses comme Beavis & Butthead, continue Lenny, ou encore After Hours de Scorsese, ce personnage qui traverse plein d’aventures le temps d’une nuit… On essaye de piocher des idées un peu partout, et de nous appuyer sur ces références. »

Ce qui relie ces références, finalement, c’est surement leur irrévérence. « Oui, confirme Harpo, ce sont des gens qui ont voulu aller loin, dépasser les limites. On essaye aussi d’aller dans des zones inconfortables. »

On en vient alors à évoquer la première scène du film. Sans trop en dévoiler, disons qu’elle ne recule pas devant un peu de coprophagie. Et pour cause: « En fait, on s’est posé cette question, explique Harpo: quelle est la meilleure façon de commencer un film pour que les gens aient (potentiellement) immédiatement envie de l’arrêter? Ça nous semblait être une bonne idée… Ça vient en fait d’une vidéos d’amis qui trainait sur YouTube, où ils se faisaient une blague, ils avaient piégé l’un de leur pote en lui faisant manger des excréments. »

Car Fils de plouc ose tout. Avec son esthétique home-made, qui fait la part belle moins à Bruxelles-ma-belle qu’à Bruxelles-réelle, les frères nous entrainent dans une quête délirante, à la recherche de Jack-Janvier, le chien de leur mère, toujours à la limite du bad parenting, qu’ils ont malencontreusement égaré en tenter de voler à manger dans un supermarché. Coprophagie, donc, zoophilie, pourquoi pas un peu de nécrophilie. Et même, des châtiments corporels (ok, une gifle) à un enfant bien blond et bien coiffé. Lenny explique: « On a écrit le film de façon linéaire, et notre leitmotiv, c’était: comment faire en sorte que la nouvelle scène soit encore pire que la précédente? On visait la surenchère, en somme. » Mission accomplie. On rit, fort, parfois par défiance.

Evidemment, cette liberté de ton dans laquelle les deux frères semblent s’épanouir est paradoxalement rendue possible par le budget riquiqui du film. Il s’agit en effet de l’un des projets retenus dans le cadre de l’appel à projets en production légère lancé par le Centre du Cinéma il y a trois ans. Quand on leur parle du budget, les frères s’enthousiasmeraient presque. « En fait pour nous, même ce budget-là, c’était du bonus, nous dit Lenny! On pouvait enfin payer des gens (rires). Bon, c’est vrai qu’on a dû faire des choix, parfois nous étions un peu justes, mais en vrai, ces contraintes on les aime bien. Elles nous obligent à rester attentifs sur le tournage, et à être créatifs pour trouver des idées qui fonctionnent aussi bien financièrement que narrativement. » « En effet Le fait de ne pas avoir beaucoup d’argent nous a permis de faire ce qu’on voulait, ou presque, ajoute Harpo. Notre producteur, David Borgeaud, nous faisait confiance, et on a pu garder nos idées. Dans ces conditions, on aime bien l’idée de faire des films pas chers! »

Fils-De-Plouc

Et le prochain film, vous le voyez comment? « On aime bien l’idée de faire encore un film pas trop cher, confie Harpo, qu’on pourra tourner assez vite. » « On sait que c’est très dur de faire des films, continue Lenny, on est déjà hyper heureux d’avoir pu en faire un, et on n’a pas envie d’attendre une éternité pour en faire un deuxième… » Le rendez-vous est pris!

 

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