Maman a tort, « si maman, si tu voyais ta vie »

Un, maman a tort. Deux, papa vend du pinard. Trois, ils se disputent. Et quatre, dans tout ça, Anouk (Jeanne Jestin) n’a toujours pas de stage d’observation en vue ! Du haut de ses quatorze ans, elle se rêvait déjà sur un plateau de télévision, mais bardaf, l’émission est annulée ! Et reste, contrainte et forcée, à Anouk de rejoindre le bureau de maman Cyrielle (Émilie Dequenne) : une compagnie d’assurance. Super et enthousiasmant quand on sait que sa meilleure pote a été parachutée dans un magazine de mode duquel elle ramène maquillage et autres artifices de beauté. Bon, ce n’est pas gagné, mais il va falloir se faire aux assurances et aller au-delà des apparences.

 

Et d’ailleurs, ce stage commence plutôt bien et le service dans lequel Anouk se retrouve promet quelques tranches de rire et des potins à gogo entre Simone (Annie Grégorio) et Perrine (une Stéphane Bissot qui fait mouche par sa folie naturelle). Mais l’éclaircie n’est que de courte durée et déjà Anouk change d’étage pour rejoindre le service beaucoup plus austère de Bénédicte (Nelly Antignac) et Mathilde (Camille Chamoux en pleine explosion). Anouk est cantonnée à ranger et déranger le placard des deux pimbêches. Croire qu’elle va s’en contenter, c’est bien mal la connaître ! Alors, fouineuse au grand cœur, Anouk décide d’aider une veuve (Sabrina Ouazani) désespérée dont la couverture d’assurance décès de son mari a été refusée. Si Cyrielle fait mine de ne rien savoir, Anouk est certaine qu’il y a quelque chose de louche dans ce dossier et, quitte à sauter à pied joint dans l’illégalité (après tout, ne pardonne-t-on pas tout aux enfants ?), la jeune enquêtrice va tirer ça au clair.

 

 

Maman à tort, ce sont un peu les idéaux enfantins qui se retrouvent trop vite dans le monde implacable de la loi du marché. Un terrain de jeu inédit sur lequel Marc Fitoussi poursuit la dynamique de ses précédents films : faire jouer les détectives à Monsieur et Madame-tout-le-monde. En l’occurrence, ici, Mademoiselle-mêle-tout. Et si l’affiche du film nous laissait penser vaguement que le film se voulait comique, hormis quelques moments taillés pour nos zygomatiques, on était très loin du compte. Maman a tort instille un doute déjà bien présent quand on écoute les actualités : il est bien difficile de faire confiance à ces institutions et sociétés qui prétendent nous aider tout en voulant faire un maximum de bénéfices. C’est l’apanage des banques, mais les caisses d’assurances ne sont jamais loin.

 

 

La force de son film, Marc Fitoussi la tire indéniablement du jeu de regard entre cette fille encore assez naïve et innocente et sa mère à laquelle elle s’oppose. Sa maman qui a tort mais se voile la face, broyée, bringuebalée par un supérieur vicieux qui est toutefois lui aussi prisonnier d’un système, d’un monstre créé par d’autres. Face à la véhémence de la petite Jeanne Jestin qui, sous son air à la Hermione Granger, porte quasiment tout le poids de ce drame sur ses épaules ; Émilie Dequenne est impeccable. Ce rôle de femme, qui tente de faire tenir la baraque tout en ne se posant plus de question et en exécutant mécaniquement les consignes borderlines, lui va comme un gant. En faisant fi de tout sentiment, de toute humanité. Un rôle loin d’être sexy sur papier, une humaine en pilotage automatique, et qui tente, en-dehors du bureau, de retrouver la légèreté de sa vie. C’est cet équilibre instable que va venir perturber la petite Anouck; avec ses grands sabots et ses idéaux.

 

 

Ne résistant pas à un peu de fantaisie pour alléger un propos qui fait froid dans le dos, Marc Fitoussi n’accable ni n’accuse aucun personnage dans cette enquête qu’Anouck mène pourtant à charge et avec les éléments pour le faire. Maman a tort est un film sensible et délicat, capable de nuances tout en n’hésitant pas à ruer dans les brancards, en sauvant les apparences mais en s’attaquant au vrai nœud du problème. Une invitation, par-dessus tout, à retrouver notre âme et nos idéaux d’enfant et à les garder en mémoire le plus longtemps possible.

 

AS

 

Titre : Maman à tort

 Réalisateur : Marc Fitoussi

Avec : Jeanne Jestin, Émilie Dequenne, Nelly Antignac, Camille Chamoux, Annie Grégorio, Sabrina Ouazani, Grégoire Ludig, Stéphane Bissot

Genre : Comédie dramatique

Durée : 1h50

 Pays : France/Belgique

Date de sortie belge : le 23/11/2016

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