L’ombre du Z

Zidani est aujourd’hui une figure emblématique de l’humour belge.

Ses personnages truculents occupent les scènes du pays depuis assez longtemps pour avoir imprégné l’imaginaire collectif et la dame s’exporte dorénavant à Paris avec un vrai succès.

Son escapade française qui a commencé avec ses passages très remarqués dans l’émission de Laurent Ruquier, On ne demande qu’à en rire, s’est récemment concrétisée par une résidence au Théâtre de l’Archipel où elle joue chaque jeudi, vendredi et samedi jusqu’au 28 mars et une prolongation est envisagée jusque fin mai.

Mais cette aventure outre-Quiévrain se double désormais d’une aventure inédite, du genre de celles qui intéressent tout particulièrement Cinevox : Zidani vient en effet de terminer le tournage du long métrage Le grand partage d’Alexandra Leclère dans lequel elle a décroché un fort joli second  rôle aux côtés de Karin Viard et Didier Bourdon.

 

Il s’agit du quatrième long métrage de la réalisatrice après Les sœurs fâchées, Le Prix à payer et Maman.

 

 

 » Quasi tout ce que j’obtiens actuellement en France vient de l’émission « On ne demande qu’à en rire », confirme Zidani, très enthousiaste quand on aborde le sujet.  » On ne s’en rend peut-être pas tout à fait compte ici en Belgique, mais ce fut une vitrine incroyable: un public très large a pu  découvrir des humoristes dont il ignorait l’existence jusque-là. Ça vaut aussi pour les professionnels français qui vous repèrent et se mettent à vous suivre si vous les intéressez.

J’ai passé là de formidables moments dans cette incroyable tribune imaginée par Laurent Ruquier. Cette bien étrange émission réunissait tout ce qu’un humoriste déteste : le jugement, la pression, les points, travailler dans l’urgence et l’obligation de faire rire. Ca été pour moi une école assez incroyable et fut la première surprise de voir que ça me plaisais plutôt bien.

 

 

Alexandra Leclère, la réalisatrice du Grand Partage, avait vu plusieurs de mes passages sur France 2, notamment les trois sketches qui ont sans doute le plus marqué les spectateurs : femme enfermée dans un supermarché, l’inauguration de la statue de Jean-Claude Van Damme plus le sketch de la maman algérienne qui téléphone à son fils gay qui lui annonce son mariage.

Elle a trouvé mes coordonnées via mon site et est donc entrée en contact avec Valérie Cornelis, mon attachée de presse en Belgique. Je n’ai même pas dû faire de casting : elle avait décidé que le rôle était pour moi. Je n’en revenais pas. »

 

 [Photo @A.Trellu]

 

Pour Zidani, il s’agit d’une première expérience de taille devant une caméra. Une véritable aubaine pour cette passionnée d’images qui n’hésite pas à utiliser les vidéos dans ses spectacles sur scène.

 » Jusqu’ici ce qu’on m’avait proposé n’était pas vraiment épatant. Dans Le grand partage, je n’ai naturellement pas le premier rôle, mais mon personnage a de la consistance. Il me donnait surtout l’occasion de me trouver face à des talents du calibre de Karin Viard ou Didier Bourdon et de croiser de temps en temps sur le tournage des comédiens que j’apprécie comme Firmine Richard, Patrick Chesnay, Josiane Balasko, Anémone ou Valérie Bonneton. C’est un film un peu choral qui aborde un problème très réaliste. »

 

Le pitch est en effet assez savoureux : parce que l’hiver s’annonce pire que jamais, le gouvernement réquisitionne des hébergements d’urgence, obligeant les citoyens français bien logés à accueillir chez eux des travailleurs pauvres, sans abris, ne pouvant accéder à un logement malgré une feuille de paye.
Le décret tombe comme un couperet.
Un vent de panique s’installe un peu partout en France et plus particulièrement au 86 de la rue du Cherche-Midi, immeuble bourgeois d’un des quartiers les plus chics de la capitale.

C’est là que débarque Madeleine, le personnage campé par Zidani.

 » Ce rôle de Madeleine , pas évident dans l’écriture proposée , me ressemble assez. Il est décalé, pas totalement comique et joue aussi sur l’émotion. Et puis, surtout le film a du sens et ça, ça me plaît. »

Pour Zidani, le cinéma, c’est une découverte et le moins qu’on puisse dire est que l’expérience lui a plu et l’a changé de son quotidien.

 

 

 [Photo @T.Locus]

 

« Il faut savoir que pour l’humour, je suis en autoproduction », explique-t-elle. « Alors, quand j’arrive au cinéma, ce sont les vacances. On vient me chercher, on me ramène. Je dois juste étudier mon rôle, ce qui est également une nouveauté pour moi qui suis souvent seule en scène et qui n’ai pas l’habitude des répliques.

Comme le tournage se déroulait essentiellement dans un unique immeuble et que j’avais pas mal de temps entre les prises, j’ai ainsi pu déambuler et discuter avec de nombreuses personnes qui travaillent à tous les postes. J’ai adoré découvrir ces métiers qu’on ne voit jamais et discuter avec tous ces gens comme les décorateurs, la costumière…

J’ai vraiment profité à fond de l’émerveillement de la débutante qui plonge la tête la première dans un nouvel univers. J’ai porté sur tout cela un regard un peu naïf et très enthousiaste que n’ont sans doute plus les comédiens qui sont dans le métier depuis longtemps. Car il ne faut pas se tromper: ce métier est assez usant, les attentes sont longues et répétitives. Il faut s’y faire.

Le travail de la scripte, Dominique Piat par son travail méticuleux m’a fascinée »
Elle sourit. Zidani sourit souvent. Exubérante sur scène, elle apparaît plutôt timide dans la vie. Un peu méfiante au début de notre entretien peut-être, puis de plus en plus décontractée, sympathique, ouverte. Cette ancienne professeure de religion protestante qui a visiblement adoré le contact avec les élèves aime parler, mais plus encore écouter. On la sent socialement engagée, et passablement énervée par les incessants dysfonctionnements d’un système qui a perdu le nord. Agacée aussi par le manque d’enthousiasme affiché par certains.

 

 Photo @A.Haulot

 » En Belgique, à part l’effet Pirette qui est unique, une émission d’humour cumule à 200 ou 400.000 spectateurs. L’émission de Ruquier oscillait entre 1.6 et 2.8 millions. Sur Bruxelles, j’ai toujours eu un public qui m’a suivi. Il a toujours été assez nombreux. Mais l’émission m’a permis de gagner beaucoup de nouveaux spectateurs.

Il ne faut pas s’y tromper : la Belgique est un territoire où le nombre de talents au mètre carré est incroyable. Pourtant, on a tous un mal de chien à se faire reconnaître. Notre territoire est tout petit, on devrait donc être d’autant plus chauvins. Mais non: certains médias pensent encore que ce qui est belge n’attire pas. Alors qu’il s’agit peut-être d’un problème de promo et d’enthousiasme.

Le Belge francophone semble souffrir d’un complexe vis-à-vis de la France et donnera donc la priorité à un artiste français « forcément plus drôle », alors qu’au nord du pays, c’est l’inverse: l’identité flamande est défendue bec et ongle et les humoristes là-bas, remplissent des salles énormes parce qu’ils sont flamands et incarnent une identité qui est unique. Ça fait rêver. »

 

 

 Ha oui, on a oublié de vous dire, Zidani peint aussi…

 

Le seul en scène, Zidani connaît. Mais sa première expérience au cinéma lui a tellement plu qu’elle compte bien renouveler l’aventure. Ça tombe bien : elle a quelques propositions sous le coude.

 

 » J’ai commencé le théâtre très tôt. J’avais neuf ans. Mais comme j’avais envie d’être humoriste, il m’a fallu du temps pour trouver mes marques, écrire mes propres textes. Maintenant que j’ai trouvé ma place dans le milieu, j’ai plutôt envie de développer mon métier de comédienne. Je n’ai jamais pris de cours, mon parcours a été totalement intuitif. Si le cinéma me tente autant, c’est aussi parce qu’il me permettrait de me concentrer sur cet aspect du métier en dehors de toute autre considération. Jouer au théâtre avec des partenaires me plairait également, mais c’est plus difficile à concilier avec mon envie de seule en scène. J’ai eu une belle proposition pour jouer à Paris, au théâtre Rive gauche, dans une pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt et mis en scène par Steve Suissa, mais c’était inconciliable avec mes autres obligations ».

 

En plus de son premier rôle au ciné, Zidani incarne aussi Raymonde Brouillon dans Pink Saphir, un projet de série pour la télé. Elle a déjà tourné le pilote aux côtés de… Sheila. Et ça a l’air bien barré.

 

 » À la rentrée, je devrais tourner un deuxième film qui a été légèrement décalé pour coller à l’agenda du comédien avec qui je partagerai la tête d’affiche. Je ne peux pas encore trop en parler, mais il s’agit à nouveau d’une réalisatrice qui m’a vue à la télévision et a imaginé un personnage pour moi ce qui est formidable. Le plus extraordinaire c’est que ça se répète: une amie comédienne qui est en train d’écrire un long métrage m’a elle aussi contactée, car elle voulait que je sois dans son film.
À chaque fois le discours est pareil : on me dit que je suis inspirante. Ce qui naturellement me fait incroyablement plaisir. Comme je suis impliquée dès le départ, je reçois différentes versions de mon rôle au fil de l’écriture et je peux donner mon avis. C’est génial.

 

J’ai de la chance, car je suis représentée en France par Laurent Grégoire de l’agence Adéquat. Difficile de faire beaucoup mieux.

 

Ça semble en effet être le cas.
Longue vie à Zidani, actrice de cinéma !

 

 

Pour plus d’infos, vous pouvez surfer sur le site officiel de Zidani, fort complet : ICI

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