« Les Tortues »: la retraite de l’amour

Avec Les Tortues, son quatrième long métrage qui sera présenté ce vendredi au Love Internaitonal Film Festival de Mons, David Lambert revisite la comédie du remariage pour en proposer une version queer et bruxelloise, qui nous interroge: l’amour est-il soluble dans la retraite?

Découvert avec Hors les murs, puis Je suis à toi et Troisièmes Noces, le cinéaste belge explore la question du couple et de l’amour queer, à travers différents styles et différents genres, avec toujours un regard doux-amer sur la difficulté d’aimer et d’être aimé. Des films d’amour avec un twist, en somme. Les Tortues, son quatrième long métrage, sis à Bruxelles, dans le quartier des Marolles, et avec un casting surprenant (on en parle plus bas!) n’échappe pas à la règle.

Le film commence au premier jour de retraite d’Henri. Ancien policier, il quitte donc un métier passion pour retrouver la douceur du foyer. La douceur et l’ennui, l’incommensurable ennui. Alors oui, Thom, son époux depuis plus de 35 ans est aux petits soins. Oui, Thom mitonne des petits plats, s’inquiète de sa santé et de sa forme, le couve et l’entoure. Mais les jours se suivent et se ressemblent cruellement pour Henri, qui très vite sombre dans une sorte d’apathie qu’il tente de combattre… en s’inscrivant sur des apps de rencontre. Toujours amoureux de son mari, Thom est prêt à jouer le tout pour le tout pour raviver la flamme, quitte s’il le faut à demander le divorce.

Le film de divorce est presque un genre à part entière, surtout si on élargit le spectre aux comédies du remariage qui ont fait la gloire du cinéma hollywoodien des années 30 et 40. Les Tortues relève d’ailleurs plus de ce type de comédie que du drame à la Marriage Story, avec un goût prononcé pour la mise en scène des petites mesquineries que chacun met en place quand il s’agit de défendre son pré carré. Ce qu’interroge David Lambert ici, c’est aussi la possible fin de l’amour quand survient le cap difficile de la retraite. S’aimer de loin, quand chacun est dans la vie active, c’est une chose. Mais s’aimer de près, quand on doit soudain se supporter vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c’en est une autre. Des sujets assez communs, en somme, mais qui prennent une tournure presque subversive quand on jette un oeil à leurs protagonistes.

Car pour incarner son couple au bord de la crise de nerfs, pour jouer sa Guerre des Rose, David Lambert a choisi de s’appuyer sur deux hommes, deux comédiens qui chacun à sa manière incarne un pan du cinéma social européen, et qui comptent à leur filmographie plus de figures de travailleurs et bons pères de famille que d’amoureux transis sur le retour. Et soudain, le sujet n’est plus si anodin. Dans le rôle d’Henri, on retrouve Olivier Gourmet, découvert chez les Dardenne, et qu’on a plutôt coutume de voir depuis dans des films assez âpres, tendance naturalistes. Dans le rôle de Thom, c’est Dave Johns, l’inoubliable héros de Moi, Daniel Blake de Ken Loach. Certes, cette audace ne convaincra pas tous les spectateurs.

Mais il est clair qu’avec ce choix de casting, mais aussi le milieu queer et bruxellois dans lequel gravitent les personnages, c’est notre regard sur les masculinités que David Lambert interroge, ainsi que sur l’homosexualité, non pas au temps flamboyant de la jeunesse, mais sur le temps long d’une histoire d’amour qui a le temps de s’essouffler.

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