Les Magritte les plus excitants de l’histoire?

Plus que tout autre exercice du genre, la conférence de presse des Magritte du Cinéma est toujours un moment important, ludique, excitant pour les fans de cinéma belge.

On y découvre enfin les résultats du premier tour des votes qui se termine traditionnellement le 31 décembre sur le coup de minuit. Et donc la liste des nominés qui participeront au deuxième tour de scrutin et seront peut-être récompensés lors de la cérémonie en public qui aura lieu cette année le 7 février.

 

Nous avons déjà pointé la qualité d’ensemble assez exceptionnelle des films et des réalisateurs sur la ligne de départ et le fait que Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne apparaissait comme le favori plutôt logique de la compétition.

 

 

Confirmation : avec neuf nominations, il se place en effet en tête des nominations… ce qui en fait ne veut strictement rien dire du tout.
Les deux films qui menaient la danse l’an dernier après le premier tour, à savoir Tango Libre et Au nom du fils ont été balayés lors de la remise des trophées. L’année précédente Dead Man Talking, leader après le premier tour n’avait récolté que le Magritte des meilleurs décors et quelques remarques caustiques de Patrick Ridremont.

Et si on remonte à 2012, Le Gamin au vélo largement plébiscité par les votants début janvier, n’avait converti ses citations qu’à une seule reprise, avec un Magritte du meilleur espoir pour Thomas Doret. Mais il est vrai que cette année-là, se dressaient devant lui les Géants de Bouli Lanners.
Autant dire que les frères les plus célèbres du cinéma mondial ne sont pas encore prêts à sabrer le champagne. Au mieux, ils attendront le 7 février sur le coup de 22h pour le faire.

 

Deux Jours, une nuit n’a visiblement laissé personne indifférent. Il marque d’ailleurs des points dans presque toutes les catégories qui pouvaient l’accueillir: meilleur film, meilleurs réalisateurs, acteur, seconds rôles féminins…
Le fait que Marion Cotillard soit française ne lui permet naturellement pas de participer aux Magritte. On devrait la revoir aux Césars par contre, elle qui vient encore d’être couronnée actrice de l’année par la National Society of Film Critics, union des critiques de cinéma américains.

 

 

Délicieuse surprise : le film qui arrive en deuxième position dans la liste des nominés est Pas son genre. La comédie romantique de Lucas Belvaux, atypique, légère et intelligente, originale aussi, prouve que la fantaisie a toute sa place aux Magritte.

Dans la catégorie des meilleures actrices, Émilie Dequenne déjà récompensée pour A perdre la raison et présidente de la cérémonie l’an dernier sera opposée à Pauline Étienne (Tokyo Fiancée), récompensée en 2014, mais également à Déborah François dans Maestro, Ben Riga dans Je te survivrai et Manah Depauw dans Welcome home.

 

Un quintet composé de trois valeurs sûres et de deux comédiennes que le public de cinéma francophone connaît moins. Toutes les deux viennent des planches et les caméras les ont vraiment découvertes cette année. Vu le profil des votes enregistrés jusqu’ici, Émilie Dequenne semble favorite, mais Déborah François n’a jamais gagné de Magritte ce qui pourrait susciter un élan d’adhésion chez ceux qui hésitent vraiment entre ces trois formidables performances.

Pauline Étienne a été sacrée l’an dernier pour La religieuse et a auparavant remporté un Magritte du meilleur espoir pour Elève Libre de Joachim Lafosse. Mais sa cote de sympathie est énorme et elle passe un peu pour la fiancée des Magritte. Autant dire qu’on est très curieux de voir qui les professionnels vont préférer.

 

 

Sur la troisième marche du podium virtuel de ce premier tour, Nabil Ben Yadir fait son joyeux retour, quatre ans après avoir secoué le cinéma belge avec les Barons et avoir été évincé au palmarès des premiers Magritte du Cinéma par le stupéfiant Mr Nobody.

Comme les deux longs métrages précédents, La Marche est nominé dans les deux catégories reines: meilleur film ET meilleur réalisateur. Mais aussi par le biais de deux seconds rôles marquants, venus de chez nous: Lubna Azabal et Olivier Gourmet, deux habitués des Magritte.

 

C’est d’ailleurs une des constantes de cette édition de voir revenir sur la crête de la vague des visages déjà couronnés par le passé. Chez les acteurs dans un second rôle Olivier Gourmet va se retrouver face à Jérémie Renier, François Damiens et David Murgia. Chez les actrices, Lubna honorée en 2012 fera face à Anne Coesens, premier Magritte de la catégorie et à Christelle Cornil (Illégal) et Catherine Salée (La vie d’Adèle) toutes les deux récompensées par le passé dans cette section spécifique.

Dans tous les cas, un doublé sera au bout de la route.

 

 

Dans cette liste qui, avouons-le, nous comble d’aise, car on n’y retrouve jusqu’ici que des oeuvres encensées par Cinevox, le quatrième long métrage à avoir amassé le plus de nominations est une vraie belle surprise. Il s’agit d’un film majoritairement flamand. Sur les traces de Rundskop qui s’était illustré en 2012, Eyeworks revient en force avec le soutien des  films du Fleuve pour un de nos coups de cœur : Marina est listé dans le quatuor des meilleurs films flamands (logique), mais aussi chez les meilleurs espoirs masculins et féminins, pour les meilleurs costumes et les meilleurs décors…

Matteo Simoni aura fort à faire face à Marc Zinga dans Les rayures du zèbre, à Benjamin Ramon dans Tokyo anyway et à Corentin Lobet dans Je fais le mort.

Pour s’imposer Evelien Bosmans devra faire la nique à Ambre Grouwels dans Baby Balloon, Hande Kodja dans Rosenn et à Emilie Maréchal, deuxième représentante du « petit » Tokyo Anyway qui a réussi à hisser dans deux des carrés finaux. Une belle reconnaissance pour ce premier film expérimental, fort attachant.

 

 

À côté de deux jours, une nuit, La Marche et Pas son genre, les deux autres films retenus pour le meilleur long métrage de cette édition 2015 sont Henri et Les Rayures du Zèbre.

Avec les frères Dardenne, Nabil Ben Yadir et Lucas Belvaux, Yolande Moreau est d’ailleurs nommée en tant une potentielle meilleure réalisatrice pour son premier film en solo. Pas mal. Et franchement mérité. Comme seuls quatre cinéastes participeront à ce deuxième tour, Benoit Mariage ne sera, lui, pas de la fête.

 

 


Son film est pourtant cité trois fois: parmi les meilleurs films donc, les meilleurs espoirs et aussi parmi les meilleurs acteurs puisque Benoît Poelvoorde consacré l’an dernier pour son rôle assez sombre dans Une place sur la terre affrontera Fabrizio Rongione (grosse côte aux Magritte, forcément) pour Deux jours, une nuit, François Damiens dans Je fais le mort et Bouli Lanners pour Lulu femme nue dans ce qui pourrait être la plus passionnante empoignade amicale de la soirée. Car, contrairement au grand Ben, aucun de ces trois candidats n’a jamais remporté le Magritte de meilleur comédien.

 

Parmi les premiers films, souvent très en vue dans la cérémonie, seuls Tokyo Anyway (photo) et Je te survivrai (chacun deux nominations pour leurs acteurs), plus Puppylove (pour sa musique) sont reconnus par la profession. Les autres font tous choux blancs.  Cinq nominations en tout c’est peu. Mais naturellement vous pouvez voter pour eux puisque le vote est public (lire ICI).

 

 

Toute compétition de ce genre fait toujours quelques heureux et énormément de déçus, voire de mécontents. C’est la règle et personne ne va s’en plaindre aujourd’hui. Les Magritte sont là pour agiter le cocotier, faire parler du cinéma belge, un peu plus, un peu mieux, faire voir des films qui sont un peu passés inaperçus. Revenir sur des titres sortis jusqu’à quatorze mois plus tôt.

Et le moins qu’on puisse écrire est qu’ils réussissent parfaitement leur mission. En cinq ans, ils sont devenus un label de qualité, régulièrement cités dans la presse. C’est une victoire.

Jusqu’à la cérémonie, nous vous reparlerons en long et en large de ces nominations;  des courts, des docus, des coprods aussi…

 

 

Le deuxième tour du scrutin débutera ce 12 janvier et se terminera le 31 à minuit. Il faudra alors encore attendre une semaine pour connaître les lauréats qui seront récompensés samedi 7 février, au Square à Bruxelles lors d’une folle soirée animée par Charlie Dupont (d’où l’idée de folle soirée).

Les spectateurs pourront la suivre sur BeTV, mais aussi, grâce à Cinevox, sur grand écran, à l’UGC de Brouckère lors d’une soirée où les cinéphiles découvriront ensuite, en Première belge, Tous les chats sont gris. Un film très très Magrittien dans l’âme puisqu’il est conduit par Anne Coesens et Bouli Lanners, nommés cette année et déjà récompensés (lire ici)

 

Bref, nous sommes impatients d’y être !
Et vous?

 

 

La liste complète des nominations est à lire ICI

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