Le plein de souvenirs et d’émotions

La société belge Nexus Factory réussit ces dernières années une percée spectaculaire au cœur de la production belge.

Identifié par les cinéphiles belges pour avoir produit Dead man talking, Magritte du premier film en 2013, nominé aux César en 2014, Nexus a, récemment, enchaîné les coproductions avec la France comme Cloclo et Boule et Bill qui fut en partie tourné chez nous et connut un beau succès au box-office.

 

Sans baisser la garde, Sylvain Goldberg et son collègue Serge de Poucques multiplient les bons coups éditoriaux… et commerciaux.

 

 

 

En quelques mois, ils se sont imposés comme des interlocuteurs privilégiés pour de gros producteurs français et si Mea Culpa a été un échec public (injustifié), Guillaume et les Garçons à table fut un vrai triomphe, honoré par les spectateurs et par la profession en accumulant les Césars.

Tout récemment Nexus a créé la surprise avec La famille Bélier, en train de devenir un phénomène de société en France.

 

La semaine dernière, Sylvain Goldberg était au festival international de l’Alpe d’Huez pour présenter deux comédies: Les Gorilles et Papa ou maman qui sort chez nous le 4 février et a raflé sous la neige le prix du public.
On peut également vous annoncer que Nexus Factory a pris en main la production belge du nouveau film écrit, réalisé et interprété par Eric Judor qui retrouvera sur le plateau son comparse Ramzy Bédia, mais aussi Philippe Katerine, Serge Riaboukine ou Marina Fois. L’Aréoport, un gros délire fidèle à la philosophie irrésistiblement crétine du duo et qui peut passer pour un prequel de La Tour Montparnasse infernale sera très bientôt tourné… en Belgique.
Nous vous en reparlerons longuement, cela va sans dire.

 

Mais l’actualité de Nexus est encore ailleurs (si, si) puisque ce mercredi sort sur nos écrans Les Souvenirs, troisième long métrage du miraculeux Jean-Paul Rouve (l’adjectif annonce la couleur: oui on est fan du monsieur).

 

 

Son précédent essai en tant que réalisateur n’a pas connu un énorme succès public. C’est pourtant une petite perle, très originale, drôle et bouleversante. Quand je serai petit contait l’histoire improbable de Matthias, jeune quadra qui croise un jour un gamin qui lui ressemble de manière frappante. Fasciné par ce hasard, il le suit et constate que la situation familiale du garçon est étrangement semblable… à la sienne au même âge. Soit peu de temps avant que son père meure.

L’histoire va-t-elle se répéter? Le destin offre-t-il à Matthias l’occasion de tourner une page sombre de son propre passé?

C’est tout l’enjeu de ce film épatant qui gagne de la force au fil des visions et que nous vous avions encensé ICI, déjà très enthousiastes juste après l’avoir découvert.

 

C’est en savourant ce délice que David Foenkinos a eu l’idée de confier l’adaptation de son roman Les Souvenirs à Jean-Paul Rouve plutôt que de le tourner lui-même. Avec son frère, l’écrivain avait pourtant réalisé en 2011 La Délicatesse, adaptation de son 8e livre. Mais il était persuadé que Rouve, avec sa sensibilité et son humour, pouvait encore enrichir le propos, lui apporter un autre éclairage.

 

 

Pour y parvenir, Jean-Paul Rouve a décidé de se concentrer sur la mise en scène. Il ne s’y est offert qu’un petit rôle, certes marquant. Il a surtout ciselé une galerie de personnages très bien croqués pour cette histoire toute simple, mais terriblement touchante, interprétée par des comédiens qu’on sent fort impliqués: Michel Blanc, Chantal Lauby, Audrey Lamy ou le jeune Mathieu Spinosi qui incarne Romain, jeune homme de 23 ans qui aimerait devenir écrivain.

Pour l’instant, il est veilleur de nuit dans un hôtel. Son père a 62 ans. Il part à la retraite et fait semblant de s’en foutre. Son coloc ne pense qu’à une chose : séduire une fille, n’importe laquelle et par tous les moyens. Reste sa grand-mère. Veuve à 85 ans, elle se retrouve en maison de retraite et ne peut s’empêcher de se demander ce qu’elle fait avec tous ces vieux.

Un jour le père de Romain débarque en catastrophe : sa grand-mère a disparu. Elle s’est évadée en quelque sorte. Un peu inquiet, Romain part à sa recherche, quelque part dans ses souvenirs.

 

 

Porté par une vague critique chaleureuse, Les Souvenirs a également réussi à séduire  le public : le film a pris d’emblée la tête du box-office français des nouveautés mercredi dernier au milieu d’une hallucinante série de 16 sorties (on navigue entre le délirant et le suicidaire).

Avec 39.829 personnes en un jour, pour seulement 322 salles (La famille Bélier en 5e semaine a passé le cap des 900 salles), Les Souvenirs signe là un départ plus qu’enthousiasmant. Une performance confirmée après les cinq premiers jours d’exploitation avec 256 922 tickets vendus. Loin devant les autres nouveaux venus dans les cinémas.
À ce stade, c’est déjà bien mieux que Quand je serai petit qui a attiré 102 097 spectateurs… sur l’ensemble de sa carrière commerciale.

Nexus aurait-il déniché un trèfle à quatre feuilles?

 

 

Il faut dire qu’en ces temps troubles où la méchanceté et la bêtise semblent devenir des valeurs refuges pour les crétins (forcément) décomplexés, un concentré de délicatesse, de gentillesse et d’humour est une proposition alléchante pour tout être humain à peu près normalement constitué.

 

 » Un dosage équilibré servi par une idée à la fois formidable et évidente : le choix d’Annie Cordy pour interpréter la vieille dame très digne. Outre que le talent de l’artiste n’est plus à prouver, sa popularité joue en faveur du personnage et crée une empathie immédiate. Petit bonheur assuré.  » écrit Christophe Carrière dans l’Express.

 

 

 » L’acteur Rouve confirme son talent de réalisateur. Adaptant le roman de David Foenkinos, il utilise la riche palette des relations familiales pour nous peindre avec délicatesse une comédie douce-amère où le rire alterne, sur le bon tempo, avec l’émotion. Ces « Souvenirs » méritent de rester en mémoire », surenchérit Alain Spira dans Paris Match.

 

 » Émouvant, drôle et terriblement juste, Les Souvenirs est un film qui nous emporte du début à la fin et prouve à qui en doutait encore que Jean-Paul Rouve n’est pas un petit rigolo. C’est même tout le contraire. Chapeau bas, Monsieur », conclut Christophe Foltzer sur le site Écran Large.

 

 

Véritable point central de cette histoire, la grand-mère, sympathique et jouette, rigolote, mais sans ostentation, est interprétée par une Annie Cordy absolument délicieuse.

Comme Benoit Poelvoorde dans Quand je serai Petit, qu’on n’a sans doute jamais vu aussi émouvant, notre explosive compatriote est ici pudique et naturelle, offrant une prestation sans aucun surjeu, juste et touchante; bouleversante même.

 

A 86 ans, l’artiste qui défie le temps avec un humour et une énergie déconcertante n’en finit plus de nous épater, elle qui, lors de sa venue au FIFF namurois où cette comédie dramatique douce-amère a été présentée en primeur, déclarait avec un incroyable aplomb : « Moi je ne suis pas très accrochée au passé. Je suis d’aujourd’hui et de demain. J’ai de très beaux souvenirs, mais hier, je ne peux plus rien y faire ».

 

Tout est dit. Reste juste à voir le film. Vous ne le regretterez pas.

 

 

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