Le bilan 2014 du cinéma belge ? Positif !

Le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel (CCA) de la Fédération Wallonie-Bruxelles a présenté cette semaine son bilan pour l’année écoulée. Un exercice de style à base de chiffres, d’observations et d’intentions avec au rayon des satisfactions le nombre important de films soutenus, tant à l’écriture, au développement et à la production qu’à la promotion, une activité de coproduction qui se diversifie et une (très) belle circulation des films belges francophones en festivals.

 

Nous nous focaliserons aujourd’hui sur le bilan proprement dit et les intentions générales avant de revenir très bientôt sur le volet crucial de la diffusion et de la promotion que le Centre du cinéma veut absolument booster en 2015. Histoire que les films belges francophones rencontrent enfin le public local. Une absolue priorité.

 

 

23 longs métrages en production

 

Le Centre du Cinéma disposait en 2014, pour la production audiovisuelle belge francophone, d’une enveloppe budgétaire de 28,26 millions d’euros, dont 63,43 % (17,92 millions) apportés par la Fédération Wallonie-Bruxelles et 36,57 % (10,33 millions) constitués d’apports extérieurs (éditeurs et distributeurs de service audiovisuels). Il demeure donc le premier partenaire du cinéma belge francophone.

 

Dotée d’une enveloppe de 9,83 millions d’euros, la Commission de sélection des films a examiné un nombre record de 537 projets et en a soutenu 140, tous créneaux confondus (longs métrages, courts métrages, documentaires, films LAB, téléfilms et séries audiovisuelles).
Seuls 26 % des projets soumis reçoivent une aide, ce qui devrait aider ceux qui ont échoué dans leur quête à relativiser leur déception.

 

 

Ces aides ont porté notamment sur 16 longs métrages de fiction en écriture et 23 longs métrages de fiction en production, parmi lesquels figurent entre autres les prochains films, de Jaco Van Dormael (Le tout Nouveau Testament), Sam Garbarski (Les Teilacher), Stephan Streker (Noces) et Marion Hänsel (En Amont du Fleuve).

La Fédération a également apporté son soutien financier à 28 courts métrages, 48 documentaires, 6 films expérimentaux (Film Lab) et 4 fictions télévisuelles.

 

Cinq projets de fictions et documentaires destinés au web ont par ailleurs fait l’objet d’une aide de 110.000 euros, tandis que les 13 ateliers d’accueil, de production et d’école soutenus par la Fédération (1,28  million d’euros) ont fait aboutir pas moins de 117 films tous formats et tous genres confondus.

 

 

Le CCA, 1er partenaire des films majoritaires belges

 

Le Centre du Cinéma demeure le premier partenaire financier des 17 films majoritaires belges francophones – sur les 41 longs métrages reconnus comme belges en 2014 – son apport représentant 24,64 % des parts belges contre 23,32 % au tax shelter.

 

On notera également que le Centre du Cinéma a agréé l’an dernier 183 œuvres en tant qu’œuvres européennes susceptibles de bénéficier du système de tax shelter, lequel a permis, en 2014, de lever 107,5 millions d’euros auprès des investisseurs en Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

 

Rayonnement des films et rencontre du public

 

Soucieux du rayonnement de ses films à l’international et de leur rencontre avec le public belge, le Centre du Cinéma a aussi investi un montant record de 968.514 euros (+3 %) dans la promotion de 25 longs métrages de fiction, 15 longs métrages documentaires et 46 courts et moyens métrages.

Une démarche importante tant on sait qu’une fois que le film est tourné… beaucoup de choses restent encore à faire pour qu’il ait une petite chance de rencontrer son public.

 

 

 

En 2014, les films belges francophones ont ainsi remporté plus de 120 prix dans des festivals internationaux, dont le Méliès d’Or du meilleur long métrage fantastique européen octroyé à Alleluia de Fabrice du Welz au Festival de Sitges et le Prix de la Meilleure actrice décerné à Marion Cotillard dans le cadre des European Film Awards pour son rôle dans Deux jours, une nuit des frères Dardenne.

Un palmarès conséquent que vous pouvez retrouver ICI.

 

Au total, 31 films d’initiative belge francophone sont sortis en 2014 dans les salles belges et 18 dans les salles françaises, totalisant 1.321.259 spectateurs.

Si l’on y ajoute les coproductions minoritaires, le total monte à 16.194. 473 spectateurs.

 

 

Sur ces deux territoires, le film phare de 2014 est sans surprise Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne (570.000 entrées), suivi par Pas son genre de Lucas Belvaux (375.000 entrées) et Les rayures du zèbre de Benoît Mariage (130.000 entrées).

 

 

Des aides ont par ailleurs été octroyées à 16 festivals, 4 distributeurs, 11 exploitants de salles de cinéma et une structure de diffusion numérique pour un montant total de 1,91 million d’euros.

 

 

Poursuite de l’initiative en faveur des séries belges

 

2014 fut également l’année des premières concrétisations dans le cadre du Fonds pour les séries belges initié par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la RTBF, l’apport de la Fédération s’élevant à 1,34 million € ; 4 projets sont entrés en phase de production (un a déjà été diffusé) tandis que 3 nouveaux projets de comédies et de policiers sont en cours de développement suite à l’appel à projet lancé en août dernier.

L’objectif est de produire, à terme, 4 séries annuelles de 10 épisodes chacune à destination du public de la RTBF.

 

 

Après le gros échec public (et artistique) d’Esprits de Famille, on est évidemment curieux de voir les deux prochaines séries qui, contrairement à la comédie déjà diffusée, proviennent, elles, du premier appel du Fonds (Esprits de famille existait déjà avant cette initiative et n’a donc pas passé tous les stades de sélection).

 

La Trève (Helicotronc) et Ennemi Public (Playtime) devraient nous arriver en 2016 et les deux productions devront jongler avec les mêmes contingences financières, à savoir 200.000 euros par épisode. C’est environ cinq fois moins que les excellentes séries danoises qui ont déclenché la réflexion belge et provoqué la naissance de ce fonds.
Y aura-t-il un miracle belge? Il faut en effet nuancer la comparaison : en Flandre ce budget est assez classique pour une série.

 

 

Consolider l’aide à la production

 

Le grand chantier que le centre du cinéma va entreprendre en 2015 concerne la diffusion et la promotion des films belges. Nous y reviendrons donc prochainement dans le détail. Mais il est bon de savoir que le soutien à la production sera lui aussi renforcé

 

Depuis longtemps, la Commission de Sélection des Films (CSF) du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel constitue le guichet le plus important en Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais l’année 2014 a été marquée par la décision des distributeurs Nethys et Brutélé de renoncer à la contribution sous forme de versement au Centre du Cinéma comme ils l’ont toujours fait jusqu’à présent et d’opter pour la contribution par coproduction/préachat.

Il s’agit pour eux de choisir ainsi les films qu’ils soutiennent économiquement au lieu d’en donner mandat à d’autres.

 

Jeanne Brunfaut sur les marches des Magritte. Elle est la directrice du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel (CCA) de la Fédération Wallonie-Bruxelles

 

 

Cette décision a naturellement eu pour effet d’impacter le budget du CCA et notamment celui des aides qu’il octroie essentiellement à destination des œuvres dites majoritaires belges francophones via la Commission de Sélection du Film (core business du CCA).

 

Si des solutions transitoires ont été mises en place tout récemment en accord avec l’ensemble des professionnels du secteur concerné pour assurer un soutien en 2015 et 2016, celles-ci ne devraient pas empêcher une évolution de la réglementation afin d’appliquer des conditions d’investissement uniformes aux éditeurs et distributeurs de service.

L’objectif est de stabiliser à la hausse les montants pour permettre la défense d’une diversité affirmée qui fait toute la richesse et la singularité de notre cinéma.

 

Une concertation aura lieu avec Proximus et Nethys et d’autres pistes additionnelles seront analysées. Le système flamand peut être une source d’inspiration. Par ailleurs, un projet de coopération sera relancé pour obtenir les montants disponibles issus de la répartition des droits à rémunération pour copies privées afin de promouvoir la création d’œuvres cinématographiques.

 

Enfin, au niveau européen, le Centre du cinéma compte défendre la remise en cause partielle du principe de pays d’origine dans la directive SMA au profit du principe de pays de commercialisation.

 

Joëlle Milquet aux Magritte avec le documentariste Thierry Michel

 

Une politique plus spécifique d’aide à la production et valorisation du film d’animation sera également envisagée. Il faut dire que le secteur inexistant il y a dix ans est aujourd’hui en plein essor.

Joëlle Milquet, Vice-Présidente du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Ministre de la Culture, envisageait d’ailleurs la possibilité de créer un Magritte spécifique pour cette discipline

Une réflexion va également être entamée autour de la problématique des films documentaires pour leur accorder un soutien renforcé via un réaménagement des aides au réinvestissement qui leur soit favorable.

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