La première montoise de Nous Quatre ? Un pur bonheur !

Dimanche dernier, l’équipe de Nous Quatre plongeait corps et âme, sans y avoir été vraiment préparée, dans un bain de foule chaleureux qui restera dans toutes les mémoires. Un bonheur absolu made in Liège. Une spécialité du coin comme la tarte au riz et les boulets sauce chasseur.
Gonflée par cet accueil exubérant, la team au grand complet abordait hier la première étape de sa tournée organisée dans le cadre des BNP Paribas Fortis film days qui la mène successivement à Mons, Namur, Bruxelles et Waremme à la rencontre d’un public nouveau, curieux certes, mais totalement inconnu. Un public à séduire avec un film que personne n’attendait, un film dont les médias parlent peu, mais qui enflamme les réseaux sociaux.

 

 

 

 

 

Pour quelques esprits éclairés qui ont suivi distraitement la saga « Nous Quatre » de loin, sans se déplacer en salle, sans confronter leurs formidables certitudes à la réalité du terrain, le film ne pouvait pas exister en dehors de Liège où il jouait des mécaniques en pays conquis. La mémorable avant-première organisée au Kinepolis Rocourt (lire ici) ne pouvait être qu’un épiphénomène circonscrit dans le temps et l’espace, une hallucination collective due à une absorbation massive de Peket frelaté. Pour certains, sa sortie en salles était même une hérésie et sa participation à nos Cinevox Happenings une espèce d’aberration.
En gros, on allait voir ce qu’on allait voir, c’est-à-dire rien, plouf, la noyade et le silence : une fois sorti de sa zone de confort, Nous Quatre ne pouvait que se crasher dans l’indifférence. Ainsi, les joyeux lurons qui l’avaient porté avec passion pendant trois ans pourraient retourner vaquer à des occupations moins artistiques et laisser les professionnels faire du cinéma entre eux.
Mais les oracles ne sont pas infaillibles. Heureusement.

 

 

 

Hier soir, à Imagix Mons dans une salle de 350 places sold out (plus de tickets en vente dès 19h45), le public hennuyer a fait la fête au premier long métrage de Stéphane Hénocque. Un public debout, ponctuant la projection en applaudissant l’équipe à tout rompre pendant plusieurs minutes. Un nouveau moment de bonheur absolu et de formidable émotion pour le réalisateur, les acteurs, l’équipe technique et les producteurs qui avaient tous fait le déplacement dans la cité du Doudou, souriants, mais tétanisés par cette folle humilité qui les rend si attrayants.

 

 

Spectateur attentif d’un film qu’on commence à connaître par cœur (mais qu’on prend toujours plus de plaisir à revoir), on avait vite compris que la partie était gagnée : dès l’entame de la projection, la qualité de l’écoute, les rires de plus en plus francs et débridés, les reniflements aussi, ne laissaient aucune place au doute. Oui, le public montois, alléché par la rumeur gonflant autour du phénomène, mais qui découvrait seulement le film, se laissait piéger comme les spectateurs liégeois une semaine plus tôt.

 

Le mimétisme était parfait, jusqu’aux sympathiques scènes totalement inhabituelles à l’issue de la séance avec des dizaines de spectateurs se ruant sur les acteurs pour acheter des affiches, glaner des autographes et demander des photos en compagnie de leurs nouveaux héros. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : les comédiens, et tout particulièrement le quatuor principal (mais pas seulement) sèment un vent de fraîcheur enivrant où ils passent. Profitant de la réception organisée par Cinevox, les adolescentes et jeunes adultes (assez nombreuses hier) discutaient avec une évidente excitation de leur petit préféré de la bande. Pierre, Florian, François ? Les garçons, bien sûr, n’avaient d’yeux que pour Justine. Cela dit sans aucune volonté de catégoriser les uns et les autres, les goûts de chacun pouvant se révéler moins classiques.

 


Cet engouement, vous l’aurez déjà compris, est un phénomène inédit : de jeunes comédiens qui soulèvent une telle passion, on n’avait jamais vu ça dans le petit monde du cinéma belch’. Un film de chez nous qui séduit à ce point les ados, c’est même carrément une anomalie digne d’un épisode de la quatrième dimension, un phénomène qu’on n’espérait plus vraiment rencontrer durant cette décennie. Et sans doute durant la suivante. Que du bonheur :

 

Pour étoffer notre avis critique qui a été publié ICI vendredi dernier, nous avons, hier, parcouru la petite fête qui ponctua la projection pour savoir ce qui séduisait surtout les spectateurs dans ce film. Arguments les plus cités ? L’histoire simple, mais touchante, les acteurs, les images d’une Belgique qu’on ne voit jamais filmée ainsi et surtout la musique (unanimité sur ce point) revenaient en boucle.

 

 

Plusieurs fois, on nous parla de Marina, dernier film belge en date à avoir aussi librement jonglé avec l’émotion au premier degré. Marina, pour mémoire avait séduit près de … 500.000 spectateurs dans nos salles contre l’avis d’une critique assez unanime. Mais le film était flamand et les chiffres au nord et au sud du pays n’ont rien à voir, on le sait. Les raisons de cette dissymétrie sont nombreuses. Une des plus importantes est que le public wallon peine souvent à reconnaître un film belge d’un film français… alors qu’un film flamand ne ressemble à rien d’autre. Sauf qu’ici Nous Quatre, malgré ses œillades stylistiques adressées au cinéma américain (Stand by me par exemple), est clairement un film 100% wallon qui résonne en nous d’une façon totalement inhabituelle. On y voit Liège, Namur, les Ardennes, mais d’une manière qui peut nous remplir de joie et… de fierté. Ça aussi c’est nouveau. Et c’est vraiment excitant.

 


Deux pros de l’image croisés en coulisses nous ont signalé que la qualité technique n’était pas toujours top et on est bien d’accord, mais c’était pour avouer ensuite, qu’une fois happé par le récit, on ne faisait plus vraiment attention aux inévitables petits défauts dus à un tournage à l’arrache. Même discours dans la bouche d’une actrice venue découvrir le film en territoire montois : « au début, j’étais attentive au jeu, un peu critique, mais sans m’en rendre compte, je me suis laissée embarquer dans cette histoire et j’ai perdu toute distance ».

 

 

Certains aimaient mieux cette scène en particulier, d’autre ce passage et si on n’a noté aucun consensus sur les temps forts du film (un point encourageant), force est de constater qu’encore une fois Nous Quatre a fait l’unanimité : pas un spectateur n’a quitté la salle pendant la projection, chaque réponse des comédiens ou du réalisateur en fin de séance était ponctuée par des applaudissements francs et spontanés…. Un régal ! Un plaisir unique et rafraîchissant. Comme celui de voir les sourires sur les visages des spectateurs qui rayonnaient de bonheur.

 

Mais bon sang, c’est bien sûr : Nous Quatre avec sa naïveté, son premier degré assumé et son insolente envie de toucher les gens en, plein cœur est un film qui rend HEUREUX. C’est tout con, ça fera ricaner les cyniques, mais les spectateurs, eux, sont bouleversés. Et, franchement, c’est l’unique chose qui compte.

 

 

Nous Quatre qui sera proposé ce soir à Namur (Eldorado 19h30) et demain à Bruxelles bien emballé dans des Cinevox Happenings toujours aussi populaires dirait-on, prend de plus en plus nettement les allures d’un phénomène unique, une tempête de fraîcheur soufflant avec générosité et une sincérité désarmante sur un cinéma belge qui n’en demandait pas tant, ouvrant de nouvelles perspectives excitantes pour de jeunes réalisateurs qui voudraient faire autre chose, sortir de la norme et des sentiers (re)battus.

 

Sera-ce suffisant pour emmagasiner les entrées et transformer Nous Quatre en un petit phénomène du box-office belge ? Rien n’est moins sûr, car livré à lui-même au milieu de la meute des sorties formatées, blockbusters anglo-saxons, drames au casting quatre étoiles et comédies boostées par une promotion infernale à la télé française, le film de Stéphane Hénocque a à peu près autant de chance de décrocher la timbale qu’un club belge de remporter la prochaine Champions League en football

Mais sait-on jamais ?

 

Et si le bouche-à-oreille généré par les spectateurs ravis parvenait à éveiller la curiosité de leurs amis, des amis de leurs amis et des voisins de leurs cousins ?
Et si un public soudain fédéré autour d’un projet atypique et précieux dans lequel il se reconnaît (enfin) déjouait les pronostics les plus désabusés ?

Un miracle est toujours possible. Et ce miracle, vous êtes les seuls à pouvoir le provoquer.

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