Kika d’Alexe Poukine, ouvrira ce samedi la Compétition Nationale du BRIFF. Un premier long métrage de fiction pour la réalisatrice, largement remarquée avec ses documentaires Sans frapper et Sauve qui peut, qui esquisse le portrait tragicomique d’une jeune femme qui ne peut s’arrêter sous peine de tomber
Projeté en première mondiale à la Semaine de la Critique en mai dernier, Kika prolonge en fiction les réflexions entamées par Alexe Poukine dans son travail documentaire, mettant au coeur de son dispositif le rôle de l’écoute, de la parole, et du rapport au corps dans la gestion des traumas, explorant nos vulnérabilités, que l’on lutte contre elles ou qu’on les accueillent. Kika aime et pleure en même temps, et sur son chemin chaotique mais plein de vitalité alors qu’elle affronte la mort d’un être cher et une précarité mortifère, elle va trouver des réponses aux questions qu’elle n’osait pas se poser.
Le film commence comme une comédie romantique, un coup de foudre précipité par le hasard, de ceux qui changent une vie. Kika et David s’aiment, malgré les difficultés logistiques, les trahisons, les gens qu’on laisse derrière soi. Ensemble, ils reconstruisent, et s’inventent une belle histoire. Sauf que celle-ci est fauchée en plein vol. La trajectoire de Kika est déviée brutalement. Elle se retrouve en deuil, enceinte, et endettée. Acculée, Kika opte pour une solution qui s’avère peu orthodoxe. Elle qui était assistante sociale, mue par la volonté de contribuer à alléger la souffrance matérielle des gens, elle s’aperçoit qu’il est possible d’être payée… pour faire souffrir les gens. Se laissant porter par ce courant inattendu, Kika va continuer à avancer coûte que coûte, et se coltiner la douleur des autres, pour mieux finir par accepter la sienne, marchant sur un fil entre la douleur qu’on subit, et celle qu’on inflige, en conscience ou malgré soi.

Aux côtés de Kika, on opère cet aller-retour, ce flux et ce reflux des sentiments, de l’émetteur au récepteur, de la parole à l’écoute, jusqu’à ce que tout se mélange. Que ce soit dans son métier officiel ou dans sa nouvelle occupation, Kika est celle qui reçoit, jusqu’au trop plein. Que fait-on de la douleur des autres, que fait-on quand elle vient réveiller la nôtre? Autant de questionnements existentiels que la cinéaste aborde avec autant de trivialité que de profondeur, les plongeant dans un quotidien où le réel ne cède pas à la fiction, où l’histoire est ancrée, située dans la vie vraie. Le film dans sa mise-en-scène résiste avec tendresse et une certaine douceur au format du portrait, avançant par à-coups, se permettant des ellipses parfois vertigineuses. Si Kika est au centre, c’est au centre d’une constellation humaine, où tous les regards sont riches, et sensiblement mis en valeur. Tous détiennent aussi une part de vérité, sur la vie, et sur Kika. Dans le rôle de Kika, Manon Clavel livre une performance vibrante, rendant possible par son agilité le mélange radical des genres, où la comédie le dispute constamment au drame, comme pour nous rappeler que dans la vie, on pleure et on rit parfois en même temps. A ses côtés, chaque second rôle a l’étoffe d’un premier, de Makita Samba, l’amoureux foudroyée, à Anaël Snoek, initiatrice consolatrice, en passant par Thomas Coumans, l’ex aimant, Kadija Leclère, la mère qui a essayé, ou Véronique Dumont et Ethelle Gonzalez Lardued, collègues de son ancienne et sa nouvelle vie.
Kika sort déjà en Belgique la semaine prochaine.
Cinevox Le cinéma vu par les belges


