JZ comme Jonathan Zaccaï

Présenté l’an dernier au Festival du film francophone de Namur (prix BeTV), JC comme Jésus-Christ est le premier long métrage en tant que réalisateur de Jonathan Zaccaï, plus connu comme acteur bien sûr puisqu’on l’a notamment vu dans De battre mon cœur s’est arrêté, Blanc comme Neige, Élève libre (!), Quartier Lointain et même dans le Robin des Bois de Ridley Scott dans lequel il incarnait Le Roi Philippe.

Pour ce premier long métrage de l’autre côté du miroir, il s’est lancé dans une opération commando: un faux docu façon C’est Arrivé près de chez vous ou Strass de Vincent Lannoo. Réalisateur lui-même à l’écran (belle mise en abyme), Jonathan s’attache aux pas d’un jeune prodige du cinéma. À 15 ans, l’insupportable ado a décroché une Palme d’Or à Cannes (« Lars, lui, n’avait pas quinze ans, merde ») et quelques Césars. Pour enfoncer le clou, il monte une comédie musicale… sur Marc Dutroux, qu’il a baptisé Dutroux in the Rain.

« Je n’ai pas trouvé pire », avoue Jonathan hilare.

 

 

 

De fait, l’idée est apparemment excellente puisque des producteurs confient au jeunot 20 millions d’euros pour le tourner. Plutôt 15, après réflexion, ce qui va provoquer une crise de nerfs épique. Et tous les acteurs sont prêts à se battre pour obtenir un rôle dans le film. JC verrait bien Vincent Cassel dans la peau du prédateur, mais Gilles Lellouche (oui, le vrai) vient lui-même plaider sa cause avec une verve outrageusement délirante. Une autre star tentera, elle aussi, de persuader le réalisateur « qu’il est Dutroux ». Mais à ce stade, il tient à garder l’anonymat. Il n’y parviendra pas, mais on vous laisse la surprise.

 

 

Car oui, on croise ici une pléiade de vedettes incarnant leur propre rôle : une Claire Chazal, surprenante qui ouvre le film, Lellouche donc, Elsa Zilberstein, Aure Attika… Entre autres. Joli carnet d’adresses, l’ami Jona. S’ajoute à cela d’autres visages connus comme Tania Gabarski totalement déjantée qui revendique le rôle de Michèle Martin et se lâche totalement, ou moins connu : « le mari de Tania dans le film n’est pas acteur, c’est un pote turc et la mère de JC, c’est ma femme, explique Jonathan. D’ailleurs l’appartement de JC, c’est mon appartement ».

Précisions que l’épouse du réalisateur est loin d’être une inconnue puisqu’elle se nomme Élodie Hesme, le charme incarné. Ça ne gâte rien.

 

 

Pour incarner le jeune Mozart du cinéma, Jonathan a choisi Vincent Lacoste. Ou plutôt, c’est Vincent Lacoste lui-même qui a inspiré le film. Jonathan qui préparait un tout autre film, une comédie plus classique presque un Vaudeville,  l’a rencontré pour lui proposer le rôle d’un artiste précoce que tout le monde prend pour un Dieu. Lorsque Jonathan laisse tomber ce projet, il décide d’écrire dans l’urgence un scénario tout entier basé sur ce personnage insupportable et attachant, Lacoste accepta l’offre. Et vogue la galère !

–          Il est incroyable, explique Jonathan. Il est tout le temps bon. À chaque prise. Parfois, il est un peu meilleur, parfois juste un peu moins excellent, mais à la limite, toutes les prises sont exploitables.

 

 

De fait, le garçon est bluffant; et très sobre dans l’ensemble, ce qui densifie le récit, oscillant sans cesse entre grosse farce jouée fort sérieusement et petits faits de la vie banale qui ajoutent au trouble ambiant. Il est la clef de voûte de ce projet insensé qui épate par son audace (ne quittez surtout pas votre siège au début du générique final, une des séquences les plus exquises du film est encore à venir), et sa liberté de ton.

JC comme Jésus Christ est donc un délice irrévérencieux pour les cinéphiles qui dénicheront une tonne de références cachées un peu partout dans l’image ou les dialogues. Un délire freestyle qui se laisse savourer comme une friandise acidulée et pétillante. Et qui nous dévoile la face comique d’un comédien qu’on croyait condamné aux rôles de personnages taciturnes très éloignés de sa vraie personnalité. L’acteur  tourne actuellement Je te Survivrai, premier long métrage de Sylvestre Sbille. Une comédie. Comme quoi, il a très bien fait de remettre les pendules à l’heure.

 

 

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