Jérémie Renier, l’éléphant blanc du cinéma belge

Un éléphant blanc, selon Wikipedia, est « une réalisation d’envergure et prestigieuse, souvent d’initiative publique, mais qui s’avère plus coûteuse que bénéfique, et dont l’exploitation ou l’entretien devient un fardeau financier ». C’est le cas de l’hôpital public du film qui restera à jamais une ruine à ciel ouvert.

Mais l’éléphant blanc est aussi un animal rarissime et donc précieux, recherché, presque mythique. Comme Jérémie Renier.

 

Découvert en 1996 par les Frères Dardenne (tiens donc) dans La Promesse, le petit blondinet sexy, mais intense (pas d’antinomie ici) va mener ensuite une carrière à l’abri de tous les reproches, où il se paie le luxe d’enchaîner les genres et les expériences les plus contrastées sans jamais céder à la facilité. Avec une prédilection certaine pour les films engagés (certains diront sociaux, ce qui est tout sauf un gros mot), les drames humains bouleversants.

Les frères Dardenne qu’il retrouvera dans L’Enfant (Palme d’or à Cannes), Le Silence de Lorna (prix du scénario) et Le Gamin au Vélo (Prix spécial du jury) sont à la base de sa première aventure argentine. C’est eux, nous apprend Jean-François Pluygers dans le Focus Vif, qui auraient suggéré au réalisateur d’Elefante Blanco à la recherche d’un acteur européen de prendre contact avec leur fils spirituel. Une suggestion qui pouvait sembler saugrenue puisque Jérémie ne parlait pas espagnol, mais qui s’est révélée une idée de génie offrant au comédien un de ses rôles les plus bouleversants… et au film un interprète décidément hors normes.

 

 

Connaissiez-vous la société et l’Histoire de l’Argentine, avant le tournage d’Elefante Blanco?

J’étais conscient des difficultés que le pays a traversées dans les dix dernières années, mais je ne connaissais pas réellement la société argentine. Le tournage m’a permis de découvrir un pays, la ville de Buenos Aires et les Argentins. Grâce à ce film, j’ai pu découvrir la réalité d’une société, sa base. Il fait partie d’un genre qui revoit les codes, qui a la capacité d’influer sur la réalité sociale et politique d’un pays, qui dénonce, qui raconte ce qui se passe réellement. Je pense qu’il est important de continuer à défendre ce genre de cinéma, plutôt que de simples divertissements.

 

Pouvez-vous décrire votre expérience personnelle du tournage ?

C’était incroyable ! Pablo Trapero m’a parlé du film, m’a transmis son enthousiasme, et m’a dit très rapidement qu’il souhaitait m’intégrer au projet. Je parlais à peine espagnol, pourtant une semaine après qu’il m’ait donné le script, nous nous sommes appelés et je suis parti en Argentine pour participer au film. Dès le premier jour à Buenos Aires, je lui ai dit que je voulais le suivre pendant ses visites des quartiers.   L’énergie là-bas était incroyable ! Les gens sont très généreux et étaient heureux que l’équipe s’installe chez eux pour tourner. Pour eux, c’était une bouffée d’air frais, l’ambiance était donc très bonne.

 

Que retenez-vous de votre expérience avec Pablo Trapero ?

Il est très animal dans sa façon de diriger, mais ce qui est incroyable, c’est comme s’il était en guerre. Il n’abandonne jamais !  Il est très exigeant avec les acteurs, l’équipe technique et artistique ainsi qu’avec lui-même. Évoluer avec lui est donc très fatigant, mais aussi très gratifiant. Il a travaillé en étroite relation avec Ricardo Darín, Martina Gusmán et moi afin de préparer au mieux les rôles. Plusieurs fois, il s’est posé la question «Que voulons-nous raconter avec cette histoire  ?», et a répondu à toutes les questions que nous pouvions nous poser.

 

Comment avez-vous préparé le rôle de Nicolas ?

J’ai beaucoup discuté avec un de mes amis en Belgique qui travaille avec les enfants de la rue, ce qui m’a beaucoup servi pour préparer le rôle que je joue dans Elefante Blanco. Nous avons beaucoup parlé de son expérience et de ce qu’il a vécu lorsqu’il est parti vivre en Argentine. Pendant le tournage nous avons rencontré de vrais prêtres argentins qui travaillent dans les quartiers populaires. Comme nous jouons des prêtres, Ricardo et moi, nous leur avons posé beaucoup de questions sur les thèmes qu’aborde le script. Pourtant, ce qui est drôle, c’est que personne de Ricardo, Pablo, Martina et moi n’est croyant ! Mais là-bas nous nous sommes rendu compte que nous parlions à des personnes qui réalisent un travail allant au-delà de la foi et de la religion. Ces gens font preuve d’une grande spiritualité.

 

Dans le film il y a un contraste entre la foi de votre personnage, Nicolas, et la réalité à laquelle il est confronté en tant qu’homme engagé et qu’être humain avec ses sentiments…

Mon personnage est un peu torturé. Il est engagé et ne prend pas cet engagement à la légère. À un moment donné, voyant tout ce qu’il se passe sur Terre, notamment la misère des gens, il ne sait plus s’il doit continuer à croire en Dieu. Cette remise en question de la foi peut être fréquente, et oblige à se poser des questions. Nicolas est quelqu’un qui se dédie au travail social, mais il reste un prêtre et doit accepter beaucoup de choses. Parallèlement, il est jeune, doit prendre des risques et faire avec sa propre voix et ses désirs… Il est perdu.

 

La question bonus (lors de la promo de Cloclo)

 

 
 

Lire ici notre présentation du film.

Voir ICI la bande-annonce

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