INTERVIEW: Olivier Gourmet nous parle des « Tortues » de David Lambert

Rencontre avec Olivier Gourmet, acteur généreux mais rare dans les médias, qui nous parle du nouveau film de David Lambert, Les Tortues, dramédie romantique queer dont il tient le premier rôle aux côtés du comédien anglais remarqué chez Ken Loach Dave Johns. Il se livre pour nous sur le film, mais aussi sur les origines de sa vocation, et ses aspirations.

Comment présenteriez-vous le film en quelques mots?

C’est une comédie romantique entre deux hommes. C’est singulier, c’est l’univers de David Lambert. Une comédie romantique sociale entre deux hommes, donc, quelque chose d’assez rare au cinéma.

Le film débute cependant alors que l’amour entre eux a vécu…

Oui, par ailleurs mon personnage Henri est dans une mini-dépression car il vient d’être mis à la retraite. Les choses n’ont plus de sens pour lui, tout lui parait insipide, incolore, inodore, vide. Il remet en question son histoire d’amour, il a des envies d’ailleurs, d’autre chose. Mais on passe tous par là à un moment donné de notre vie je crois….

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Henri et Tom ont traversé tout un pan de l’histoire contemporaine de l’homosexualité.

Oui, ils ont connu l’apparition dramatique de l’épidémie de Sida, ils ont perdu des amis proches. Vu leur âge, ils ont combattu pour le droit des homosexuels à vivre librement leur homosexualité, mené des combats sociétaux. Ils ont connu l’époque où l’homosexualité était criminalisée.

On a beaucoup parlé d’Henri avec David, on a fait des lectures avec Dave. Henri est policier. Ce n’est pas raconté dans le film, mais forcément, en tant que flic, ça n’a pas dû être facile de faire admettre son homosexualité. De la dire même. Ce sont des milieux qui qui restent très virils. On subodore qu’il a dû avoir le courage, à un moment donné, d’assumer son identité et de la vivre au grand jour pour donne rune chance à son couple.

Ce film, même s’il fait deux entrées, à partir du moment où il existe, c’est déjà un acte politique.

Henri débute le film en semi-dépression, il est déjà taiseux au début, et de moins en moins loquace, comment avez-vous préparé ça, pensé ce personnage où tout se joue dans le corps?

C’était déjà présent au scénario, son mutisme. En tant qu’acteur, on cherche toujours les raisons qui font que le personnage développe un comportement, ça, c’est ma cuisine intérieure, je me raconte des histoires. Pourquoi dans telle scène Henri fait ça, qu’est-ce qu’il cherche, qu’est-ce qu’il veut, où il va? Mais ce qui compte surtout, c’est qu’est-ce que veut raconter, ensemble, au spectateur, avec le réalisateur. Etre au diapason, être sûr qu’on raconte la même histoire. Ce sont des choses que l’on travaille beaucoup sur le plateau, déjà pendant les lectures.

Comment s’est passée la collaboration avec Dave Johns?

C’était très amusant de travailler avec Dave, même si malheureusement,  mon anglais comme le français de Dave, laissent à désirer. Ca nous a surement privé de certains échanges sur des sujets qui nous intéressaient. Dave ne parlait pas du tout français, il a tout appris phonétiquement. Mais on avait beaucoup de plaisir à se retrouver tous les matins sur le plateau, on s’est très bien entendus. D’autant qu’on avait certaines scènes cocasses à tourner, notre complicité était nécessaire. On a eu beaucoup de fous rires.

Vous ne comptez pas beaucoup de rôles d’amoureux dans votre filmographie.

Non effectivement, c’est clairement l’une des choses qui m’a attiré dans le film. Et puis ce n’est pas tant que ça un rôle de composition, je suis de nature assez taiseuse, je peux facilement jouer les ours un peu bruts. Je suis pas vraiment comme ça… mais je peux l’être. J’aimais bien l’idée de cette romance gay, ça m’intéressait. Et puis raconter le moment où la passion a disparu.

Et la comédie, ça remonte aux origines de votre vocation?

Je n’ai peut-être pas l’ADN de la comédie en tant que tel, sans quoi j’en ferai surement plus. Et il n’est pas impossible que j’ai une part d’ADN du drame, car c’est souvent vers là qu’on me renvoie. Au Conservatoire, je voulais faire rire, mais on m’a vite aiguillé vers le drame. On m’a dit: « Olivier, peut-être qu’à l’école tu faisais rire tes camarades, mais ici ce n’est plus le cas, tu ne fais rire personne. » Bon, je suis tombé de haut, il me semblait que j’étais drôle, et que je mettais l’énergie nécessaire pour être drôle (rires). Donc, le drame arrive dès ma formation au métier d’acteur, même si durant mes premières années de comédien, au théâtre, j’ai fait pas mal de comédies très drôles, de Roger Vitrac, Karl Valentin. De la comédie très marquée. J’ai eu beaucoup de plaisir au théâtre en comédie, mais au cinéma on m’en propose moins. Je pense qu’on est plus vite étiquetté au cinéma qu’au théâtre.

Et puis c’est vrai que mon premier rôle au cinéma était particulièrement dur. Je me souviens qu’à Cannes pour La Promesse, les gens ne pensaient pas que j’étais acteur, ils me prenaient pour le personnage. Les gens m’évitaient: « Oh non lui, quel fumier, quelle ordure ». Ca m’a un peu collé à  la peau à l’époque, et ça continue d’ailleurs.

Vous tournez beaucoup en France, mais vous n’êtes pas avare en cinéma belge, vous êtes le 15 mai à l’affiche des Tortues et de Retro Therapy d’Elodie Lelu, vous venez de tourner Cap Farewell avec Vanja d’Alcantara, que représente cette fidélité pour vous?

Il y a une petite fierté dans le fait que le cinéma belge puisse enfin exister, plus qu’à l’époque où j’ai démarré. A partir du moment où je peux humblement y contribuer, j’y vais! La façon de faire est différente, c’est moins hiérarchisé, plus convivial, plus simple. On se prend moins la tête, tout en étant très sérieux, ce que les Français sont les premiers à dire d’ailleurs.

De quels rôles rêvez-vous aujourd’hui?

Il y a des réalisateurs qui m’excitent, comme les frères Coen, Iñárritu. Pas spécialement des rôles, plutôt des gens avec qui je ferais bien un bout de chemin. Ken Loach, Mike Leigh, plus dans le monde anglophones. On rêve toujours, heureusement, même si ça n’arrive jamais.

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