Frédéric Vercheval, un homme de bonne composition

De nombreux compositeurs de musique à destination des écrans (grands, petits, écrans de jeux vidéo) se sont récemment réunis dans une guilde nationale qui a été présentée au dernier FIFF (Site internet ICI). Parmi eux des grands noms comme Dirk Brossé (Daens) qui en est le président d’honneur, Frédéric Vercheval (Pas son genre), le président ou Michelino Bisceglia (Marina) le vice-président. Paul Englebert est le créateur et le secrétaire général de la structure.

 

Figure de proue de la composition francophone, Frédéric Vercheval possède déjà à son palmarès de nombreuses bande-originales de films parmi lesquelles on peut épingler J’aurais voulu être un danseur, Diamant 13, Melody, Formidable, Cage, les Fourmis Rouges, ou encore Sanctuaire, un film pour la télé d’Olivier Masset-Depasse avec Jérémie Renier. Depuis quelques années, il a noué une collaboration privilégiée avec Lucas Belvaux. Chez nous, le film sur lequel il planche actuellement est déjà leur troisième collaboration :

 

 

« Pour Pas son genre, c’est Patrick Quinet qui m’a proposé à Lucas », raconte Frédéric. « J’ai composé quelques thèmes, Lucas a accroché et depuis nous travaillons régulièrement ensemble. J’ai refait un téléfilm pour FR3 avec lui qui s’appelle La fin de la nuit avec Nicole Garcia et là je travaille sur Chez nous, son nouveau long métrage qui sortira l’année prochaine. Avec, une nouvelle fois, Emilie Dequenne dans le rôle principal. Lucas travaille sur le montage et je commence à composer.
Une collaboration qui ressemble à une aubaine dans un milieu où les compositeurs ne sont pas vraiment choyés. D’où la création de cette guilde capable de porter des revendications et d’aider à définir de nouvelles règles.

 

« Je trouve que c’est une très bonne initiative dans la mesure où on exerce un métier solitaire. On ne se connaît pas vraiment, du coup cette guilde va permettre des échanges, d’avoir un meilleur suivi par rapport aux différentes démarches. C’est chouette aussi d’avoir ce lien entre compositeurs francophones et flamands. C’est une grande première. Je pense que les producteurs sont conscients que le tout petit pour cent généralement assigné à la composition musicale dans un film est une convention insuffisante. Évidemment tout cela dépend du profil du film. Il ne s’agit pas pour nous de devenir un syndicat qui tente d’enrayer le bon déroulement d’une production, mais d’obtenir une somme plus juste qui couvre réellement les frais de composition et ceux qu’on engage pour l’enregistrement des partitions, par exemple. »

 

 

Car malgré, l’arrivée du Tax Shelter et des fonds régionaux, le sort des compositeurs de musique de films ne s’est pas vraiment amélioré ces dernières années. Sauf cas particuliers…

 

« Ma propre carrière évolue plutôt bien et j’ai donc des rapports différents avec les producteurs que le compositeur à peu près débutant qui propose son travail pour la première fois. Je n’ai évidemment pas à me plaindre. Par contre, le contexte global se détériore : les producteurs peuvent par exemple se replier en cas de souci budgétaire sur de la musique de stock précomposée qui devient quand même beaucoup plus intéressante que par le passé. Il y a des sites spécialisés qui proposent des mood différents grâce à des compositeurs spécialisés dans ce domaine. Pour une fiction ça ne marche jamais vraiment puisqu’il faut que la musique colle parfaitement à la scène, mais pour des documentaires qui ont moins de budget c’est une option tentante ,régulièrement utilisée par des producteurs. »

 

 

Travailler très tôt avec un réalisateur sur son nouveau film est évidemment une aubaine pour un artiste. Surtout quand, au final, vu le CV du cinéaste, on est assuré de travailler pour une œuvre qui aura du sens et du panache.

« Lucas et moi nous sommes parlés avant le tournage de Chez nous. Il m’a expliqué qu’il n’avait pas envie de beaucoup de mélodes mais plutôt de thèmes assez sombres qui reflètent le sujet et portent les personnages. On est parti sur cette idée de base. Il m’a fait écouter quelques compositions qui lui semblaient correspondre à ses attentes, dont des œuvres de Stockhausen. C’était peut-être extrême mais ça donnait bien le ton. Je lui ai ensuite proposé quelques thèmes. On a essayé différentes versions. Certains fonctionnaient, d’autres pas. On a consolidé les bases qui lui plaisaient et il a donc commencé à tourner avec plusieurs thèmes en tête. Ensuite, c’est un travail basé sur des aller-retours. Un des aspects positifs de la collaboration avec Lucas c’est le confort de travail : il me laisse du temps pour peaufiner mes compositions. Le tournage s’est achevé fin juin et le montage a débuté dans la foulée, en juillet. Évidemment, pour affiner les structures des morceaux il faut au moins qu’un premier montage soit achevé ce qui prend toujours un peu de temps. On a vraiment commencé à travailler à partir de mi-août. Après presque deux mois on commence à avoir toute la musique qu’il faudra ensuite fournir à la production en version définitive et utilisable. A un moment, je dois donc aller en studio, engager des musiciens supplémentaires,… Mais j’aime bien cet aspect-là du travail qui me permet d’avoir un contrôle total sur le boulot. Quand on livre la musique, on doit aussi proposer des pistes séparées pour que le mixeur puisse au mieux travailler sur les ambiances et les tensions, mêler la musique avec le sound design. Le mixeur et le réalisateur doivent avoir un maximum de libertés. Il s’agit donc de bien évaluer dès le départ ce que le producteur attend et ce qu’on peut lui proposer à quelles conditions. Dans d’autres pays, le compositeur travaille avec un superviser, c’est peu le cas chez nous (NDLR. la structure General Score propose désormais ce genre de service aux producteurs). »

Avec trois films consécutifs à leur palmarès communs, Frédéric Vercheval et Lucas Belvaux sont peut-être en train de devenir un duo qui entrera un jour, ensemble, dans les livres de la petite histoire du cinéma. On est en tous cas curieux d’entendre ce que le compositeur va nous proposer pour Chez nous, un nouveau long très éloigné des ambiances plus légères de Pas son genre.
Réponse en mars prochain si tout va bien.

 

 

 

 

 

 

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