François Damiens, bientôt intouchable?

Nous vous l’annoncions dès lundi dernier sur bases des chiffres du premier week-end: La Famille Bélier, emmenée par un François Damiens en état de grâce, était en passe de devenir un phénomène au box-office français.

690.204 spectateurs en cinq jours et une moyenne par salle de 1403 spectateurs, c’était énorme.

De fait, le film boucla la semaine avec 972.689 spectateurs, pour une moyenne par salle de 1977 âmes conquises, ce qui est exceptionnel.

Du coup, le film se classait 2e du box-office hebdomadaire derrière le troisième volet du Hobbit sorti la même semaine avec près de deux fois plus de copies (914 pour 492). Joli exercice de contre-programmation très efficace.

 

 

Quoi qu’il arrive, le succès du film d’Eric Lartigau était assuré, mais on sentait poindre autre chose: La Famille Bélier pouvait devenir un nouveau phénomène du cinéma français, un de ces contes que les distributeurs et les exploitants évoquent pendant des années et des années.

Bien conscient de ce potentiel, Mars distribution porta le nombre de salles en deuxième semaine de 492 à 604. Objectif: maintenir l’audience de la première semaine et si possible l’augmenter légèrement.
Mission accomplie !
En cinq jours (du 24 au 28 décembre), La famille Bélier a attiré 861.017 nouveaux spectateurs soit une progression de 25% par rapport au premier « week-end » et une première place au box-office devant Le Hobbit et Exodus.

 

Pour comprendre le phénomène et anticiper ce qui pourrait se passer dans les jours à venir, il faut procéder par analogies. Car, bien sûr, le succès de La Famille Bélier en évoque d’autres…

 

Celui d’Intouchables, par exemple.

 

 

En 2011, après une première semaine extraordinaire, où le film avait touché 2.205.432 spectateurs sur 508 salles Gaumont décida d’ajouter 95 salles en deuxième semaine.

Résultat : une augmentation de 45% pour un total de 5.295.405 spectateurs.
Alors qu’un essoufflement semblait inévitable, le distributeur accrut encore et encore le nombre de projections passant à 655 salles, puis à 722, 789, 872 et même 898 en… 8e semaine.

L’idée était de couvrir toutes les régions de ce grand pays qu’est la France pendant que le film profitait d’un buzz médiatique.

Malgré cette augmentation, la fréquentation chuta: -20% en 3e semaine, puis encore -6, -3, -33, -14. Mais cette décélération est minime par rapport aux standards classiques si bien que pendant neuf semaines, le film accueillit chaque semaine plus d’un million de spectateurs pour donner au final le score qu’on connaît, 19.273.943 spectateurs.

Intouchable, quoi…

 


Parti sur des bases proches de La Famille Bélier, (942.343 spectateurs en première semaine), Samba le long métrage suivant d’Eric Toledano et Olivier Nakache garda son pack de salles initial (693) pendant 5 semaines avec une baisse progressive de fréquentation de -15%, -33%, -22% et -49% en 5e semaine, un point de rupture annonçant de la fin prochaine de l’exploitation du film en salle.

Samba réussit finalement à captiver 3.108.650 spectateurs. C’est 6.2 fois moins qu’Intouchables, mais ça reste évidemment un score plus qu’honorable. Le film terminera dans le top 10 de 2014 en France, 4e succès français derrière Supercondriaque, Lucy et le phénomène Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu avec ses 12.237. 274.

 

 

Ce score à nouveau mémorable s’est construit selon un schéma semblable à celui d’Intouchables: 1.680.249 spectateurs en première semaine, une augmentation de salles pendant quatre semaines consécutives pour une fréquentation hebdomadaire stable à plus de 1.5 million et une chute drastique de 56% à la 5e semaine (plus tôt qu’Intouchables, donc) qui n’empêcha pas le film d’être le triomphe inattendu de l’année.

 

En décortiquant ces chiffres, certains ont l’air d’affirmer aujourd’hui que le succès de Qu’est-ce qu’on fait au Bon Dieu était… inévitable tant le film surfait sans génie, mais avec habileté sur les clichés de l’époque.

On devrait sans doute engager ces critiques dans des structures de distribution, car si quelqu’un avait effectivement pu pronostiquer avant sa sortie que ce « petit film sans prétention » ferait finalement la nique à tous les blockbusters hollywoodiens sortis à la chaîne en France, il mériterait assurément un joli salaire que personne ne rechignerait à lui offrir.

 

Non, ce qu’on peut dire c’est que, comme pour la Famille Bélier ou Intouchables (projeté au FIFF dans un quasi-anonymat avant que naisse la légende), Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu s’est retrouvé par hasard et par chance en phase avec l’état d’esprit du moment.

À l’inverse de La Marche par exemple, un incroyable échec sociologique, pilonné par un climat social inadéquat (et quelques erreurs de positionnement aussi).

 

 

Où finira donc la Famille Bélier? Certainement pas au-dessus des 10 millions de spectateurs. Aucun film ne multiplie par plus de 10 son score initial.

Intouchables avec 8.83 et Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu en multipliant sa première semaine par 7,2 ont réalisé des performances de premier choix alors que Bienvenue chez les Ch’tis par exemple, succès historique s’il en est (20.489.309) n’a réalisé qu’une progression de 4.1 après une première semaine de légende (une grosse semaine en fait puisque le film était sorti de façon décalée selon les régions.)

Rares sont les films dont le ratio dépasse 3. Cette année, outre Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, Babysitting (4.28 pour un total de 2.358.733) et Samba (3.45) ont réussi cette performance.

Lucy (2.67) et Supercondriaque (2.44) sont dans la norme tandis que les succès hollywoodiens qui reposent sur de bons films (Hunger Games, The Hobbit, La Planète des Singes), se contentent en général de doubler sur l’ensemble de leur exploitation le chiffre d’une première semaine obtenu grâce à une sortie massive et une promo écrasante.

Si on devait se livrer au jeu des pronostics (on adore), on placerait La famille Bélier autour des cinq millions. Sans doute un peu au-delà. De quoi faire de notre François Damiens national, une des valeurs sûres du box-office français. De quoi aussi faire passer à Nexus Factory, le coproducteur belge de ce triomphe d’excellentes fêtes de fin d’année.

Champagne !

 

 

Tous les calculs, ratios et projections ont été effectués par Cinevox sur base des chiffres bruts fournis par CBO et Le Film français. Merci de le préciser si d’aventure vous les réutilisiez pour un autre article.

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