Des vies à chérir

« Les jumeaux Eden et Léandro sont nés grands prématurés. Hors du ventre de Laurence, ils se retrouvent précipités dans un monde hospitalier hostile et inquiétant, fait de bruits de machines et de médecins en blouse blanche. Au fil des semaines au service de néonatologie, la mère et les enfants luttent pour leur survie. Hémorragies, problèmes respiratoires : entourée de l’équipe médicale, Laurence vit au rythme des jumeaux, entre espoirs d’amélioration, fatigue, déception et peur de la mort. Le lien qui les unit est organique, vital. Ensemble, ils livrent un combat acharné pour la vie. »

 

Une unité de lieu ; celui, mystérieux, d’un service néonatal intensif. Des obstacles et des nœuds dramatiques. Des émotions. Une issue incertaine. Des enjeux forts et des protagonistes fragiles. Des ingrédients pour un solide film de cinéma. Ce que se révèle être La vie à venir, premier long-métrage documentaire de Claudio Capanna.

 

 

 

Un documentaire de création sensible et délicat

 

Né lui-même prématuré de quelques semaines en février 1980, Claudio Capanna ne garde évidemment aucun souvenir distinct de cette expérience. Mais 20 ans et des études de cinéma plus tard pointe chez lui l’envie de réaliser un film sur les enfants prématurés.

 

En 2012, le jeune homme découvre le nouveau visage des services de néonatalogie, plus ouverts au monde extérieur et appuyés sur des techniques médicales prévoyant la participation constante des parents aux soins des enfants. Son projet de documentaire devient plus affirmé et se concrétise définitivement avec la rencontre de Anne Pardou, ex-directrice d’un service de néonatalogie, qui lui ouvre les portes de l’hôpital Érasme à Bruxelles.

 

 

Son service néonatal intensif devient le cadre d’un long travail de repérage. Ce type de sujet pourrait appeler le dispositif de tournage le plus léger possible. Mais pour rencontrer les ambitions artistiques du film, des compétences techniques devaient être rassemblées. Le réalisateur sera donc accompagné par un chef opérateur et un ingénieur du son. Cette période permet notamment aux équipes, celle du service et celle du film, d’apprendre à se connaître et à définir, dans l’écoute et l’échange, comment travailler l’une à côté de l’autre.

 

Lorsque le projet est prêt, l’équipe du documentaire demande aux membres du service d’être attentifs aux cas pouvant être suivis dans le cadre du film. La proposition de rencontrer la maman de jumeaux grands prématurés arrive alors. Laurence se montre ouverte au projet, portée aussi par une envie de témoigner.

 

Dès le départ, les intentions du réalisateur sont claires, précises. Il cherche à filmer « le réflexe de survie originel inhérent à tout être humain quelque que soit le contexte ou la situation où il se trouve ; filmer la puissance fascinante et mystérieuse qui s’en dégage. » Le film a cependant représenté plusieurs challenges, dont celui d’avancer avec une incertitude concernant la destinée des protagonistes. Des questions liées à l’écriture sont donc restées ouvertes très longtemps.

 

Pendant quatre mois, la maman et les bébés, au centre du documentaire, ont été filmés avec douceur et proximité, dans tous les sens du terme. En découvrant La vie à venir, on est surpris par l’empathie qui nait des seuls bruits de respiration des nouveaux nés (elle exprime tellement). On découvre avec Laurence des gestes de maternité différents (le lait donné goûte à goûte à la seringue, les regards aux moniteurs, les bains malgré l’appareillage). On se sent emporté par l’héroïsme de la prise de poids (65 grammes…) et de force de Léandro. On se retrouve accroché au suspens d’une tétée par la petite Eden. On est admiratif du calme avec lequel leur maman apprend des gestes de réanimation sur un poupon. L’émotion et la chaleur humaine sont partout au cœur de cet environnement médicalisé et aseptisé. Les partis-pris esthétiques et la volonté de cinéma sont tangibles.

 

Si il a en effet avant tout été créé pour le grand écran, le long-métrage connaitra aussi des diffusions télé, en VOD et, chose plus étonnante et excitante, un pendant interactif.

 

 

La vie à venir en 360°

 

Cette expérience immersive en réalité virtuelle veut offrir au spectateur la possibilité de découvrir une maternité à travers les yeux d’un prématuré. L’idée de ce développement est arrivée rapidement, via la lucarne, la case de création documentaire d’ARTE, chaîne particulièrement entreprenante pour ce qui touche aux nouveaux médias.

 

Au delà des opportunités de création, de financement et de diffusion offertes par ce « 360° », cette proposition a rencontré directement une des volontés du film « classique » : placer au maximum le spectateur dans la perception d’un nouveau né. La notion de subjectivité au cœur de la réalité virtuelle a donc amené une articulation supplémentaire sur le fond et sur le sens.

 

 

Sur la forme, les enjeux ont été nombreux. Claudio Capanna était occupé par la post-production du documentaire et les contraintes et spécificités du format 360° étaient réelles. L’équipe a fait appel à un second réalisateur, Fouzi Louahem. La cohérence artistique a notamment été garantie par la co-écriture, par les deux cinéastes, de ce docu-fiction.

 

Une caméra OZO, première caméra professionnelle en 360°, a été placée dans une couveuse. C’est de ce point de vue unique que l’on découvre l’environnement et les comédiens du film. L’utilisation du son spatialisé, réalisé à partir d’outils de sound-design pour la réalité virtuelle, renforce le sentiment d’immersion.

 

Les défis se sont donc situés ici dans la nouveauté. Il y a encore peu de cas d’étude ou de références concernant les fictions documentaires en 360°. Techniquement, contrairement à ce qui existe au cinéma, on ne peut pas fonctionner avec des hors champs. Les notions de montage ou de cadre ne sont absolument pas les mêmes. Cela influe autant sur la mise en scène que sur la technique et le jeu. Il a fallu réinventer dispositifs et écriture.

 

En tant que spectateur aussi, on se retrouve face à une grammaire qui s’invente. Le ressenti est inédit et l’expérience demande d’abandonner habitudes et repères. Dans un format comme celui-ci, l’œil doit se laisser guider par le son et la spatialité. Les 12 minutes que dure La vie à venir en 360° méritent la curiosité.

 

La première du film a lieu ce soir, lundi 14 novembre, à 19h15 au Cinéma Vendôme. La projection aura lieu en présence du réalisateur et de plusieurs invités. Elle sera suivie d’un débat.

 

La vie à venir commence par ailleurs joliment un parcours en festival avec des sélections à DOK Leipzig et à l’IDFA à Amsterdam.

 

La fiction documentée en 360° sera mise en ligne (ARTE Future, RTBF Interactive) le jeudi 17 novembre à l’occasion de la Journée Mondiale de la Prématurité.

 

Retrouvez toutes les dates de projections sur www.lavieavenir.com

 

JM

 

 

 

 

Check Also

« Sauve qui peut »: aux côtés des soignants

Avec Sauve qui peut, Alexe Poukine se penche sur les processus d’apprentissage auxquels participent les …