Déborah, la vie en Rose.

On vous en parle depuis quelques mois, on lui a même consacré un Grand Écran : Populaire arrive aujourd’hui sur les écrans et devrait en toute logique être un des grands succès de cette fin d’année dans les cinémas wallons et bruxellois. L’équivalent de l’autre triomphe annoncé, au nord du pays, Brasserie Romantiek qui ne sortira que le 19 décembre.

 

Techniquement, Populaire est bien sûr une oeuvre d’origine française. Mais c’est également une coproduction belge. Et une coproduction assez glorieuse en plus. Non seulement, l’actrice principale qui porte le film à bout de bras, la formidable Déborah François, est une Liégeoise pure souche, mais le long métrage, coproduit ici par le tandem Panache Production/La Compagnie Cinématographique a été en partie tourné chez nous, au Forum de Liège.

Pas question de révéler les détails de l’opération qui pourraient nuire à la magie ambiante, mais le moins qu’on puisse écrire est qu’on n’avait jamais vu la salle liégeoise aussi à son avantage.

 

 

Comme nous vous l’expliquions la semaine dernière, Populaire est donc une franche réussite, un film très soigné qui ne prend pas le grand public pour un troupeau de veaux.
Pour son premier long métrage, Régis Roinsard qui a également cosigné le scénario a, il est vrai, obtenu des moyens que beaucoup de réalisateurs plus huppés lui envieraient. Notamment, la présence à l’affiche de Romain Duris l’acteur le plus bankable du cinéma français et un budget d’environ 15 millions d’euros qui lui permet de nous en mettre plein les yeux et de nous faire croire à l’histoire… et à l’époque.

 

 

Quand les personnages roulent dans Paris, on n’aperçoit pas une vague Dauphine rafistolée, mais des dizaines de carrosseries bichonnées. Les scènes de foule drainent des centaines de figurants tous habillés, coiffés et maquillés comme dans un fantasme onirique rétro. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un conte de fées rose bonbon, situé dans une décennie révolue, réinventée dans des teintes saturées, légèrement parodique. Juste ce qu’il faut pour qu’on sourie… mais qu’on marche.
Le héros qui fume comme une locomotive à vapeur (l’effet Mad Men) est une caricature de mode vintage qui s’autorise à appeler toutes les femmes « chou ». C’est un atroce macho, égoïste et hautain, qu’on qualifierait aujourd’hui de beauf, mais qui dans ce contexte fait craquer les midinettes. Car la plupart des demoiselles sont naturellement des têtes de linottes prêtes à tout pour devenir l’esclave (et maîtresse?) de ce petit patron de province.  Et puis, « être secrétaire, c’est le top ».

 

 

Pour donner la réplique à Romain Duris, la production a engagé Bérénice Béjot dont la cote est montée en flèche avec sa performance dans The Artist. Mais madame Hazanavicius ne joue ici qu’un second rôle. La vedette féminine, la Rose Pamphyle qui va bouleverser les cœurs sensibles, c’est Déborah François. L’air de rien, il s’agit d’un autre choix courageux. Et réjouissant !

Car, malgré son potentiel, Déborah n’avait pas eu jusqu’ici la chance de mener un film profilé pour devenir un succès aussi évident. Bien sûr, sa prestation dans Les Tribulations d’une Caissière avait attiré l’attention des décideurs, mais la comédie romantique sortie sur les écrans fin 2011 n’avait pas été le carton espéré. Un an plus tard, la belle Belge d’à peine 25 ans, remettra les pendules à l’heure. Car, nous en prenons les paris, Populaire sera un des triomphes de cette fin d’année.

 

 

Sept ans à peine après sa première apparition sur grand écran dans L’Enfant des frères Dardenne, qui lui valut une Palme d’Or cannoise, Déborah marche donc sur les traces d’une autre trouvaille de la fratrie, Émilie Dequenne. Une nouvelle preuve de l’incroyable flair des Films du Fleuve. Jusqu’ici, ses plus formidables rôles étaient essentiellement dramatiques (L’Enfant, Le Premier Jour du reste de ta vie, Mes Chères Études..), mais Populaire nous démontre vite que Déborah est (sur)douée pour la légèreté et que son charme s’accommode parfaitement de l’humour et de la distance. Elle apporte à l’histoire un équilibre subtil et complexe qui emporte l’adhésion. Elle en est la révélation et l’atout principal.

 

 

Stratégiquement programmé à la fin du mois de novembre, Populaire ne devrait avoir aucun mal à tenir l’affiche jusqu’au mois de janvier, devenant ainsi une des stars des fêtes de fin d’année. Logique pour un film qu’on peut déguster en famille, mais aussi entre amis, en couple ou seul. Un film Populaire, où les envolées musicales mutines et les  flocons de neige épars renforcent encore l’aspect festif.

Populaire? Tout a toujours été dans le titre. Même si celui-ci est légèrement décalé, voire gentiment ironique. À l’image du film…

 

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