« Chiennes de vie », comédie mordante

Xavier Seron signe son retour au format long avec Chiennes de vie, comédie grinçante et chorale sur les relations sincères et mouvementées qui unissent l’homme, la femme, et son meilleur ami, présenté ce soir en avant-première au Ramdam Festival de Tournai. 

Qui est le chien, qui est le maître?

Après L’Ours Noir, Le Plombier ou Sprötch, Xavier Seron revient au long métrage avec un film à sketches où l’amour de l’homme (et la femme) pour l’animal est au coeur de sa tragique incapacité à habiter le monde des humains.
 

L’histoire commence avec Tom. Tom, c’est le type dont on ne se souvient jamais, dont la tête ne nous revient pas, un pauvre gars malmené par l’existence et ses frères humains. Un jour pourtant, sa ravissante voisine sonne à sa porte. Cécile a une mission bien particulière pour lui: recueillir le chihuahua de son voisin décédé. Sauf que ce chien pourrait bien être rien moins que la réincarnation de Satan.

Greta elle a une légère tendance à traiter les autres comme des chiens. Enfin, moins bien que sa chienne adorée, Sophie. Alors quand celle-ci trépasse – et qu’en passant, elle doit remplacer son assistante personnelle grièvement blessée dans l’accident, Greta ne sait plus où donner de la tête pour palier cette absence. Celle de la chienne, bien sûr.

Le dernier trio à expérimenter le trouble humano-canin est formé de Franck, Lola et Perdita, et nous interroge: une histoire d’amour peut-elle survivre à la phobie de l’un des amoureux à l’animal de compagnie de son bienaimé? A ce stade-ci, surement connaissez-vous la réponse, forcément noire, forcément mélancolique amenée avec humour et tendresse, mais implacabilité par Xavier Seron, qui explore une fois encore l’insondable complexité des relations humaines.

Dans son premier long métrage remarqué, Je me tue à le dire, le cinéaste belge élevait l’hypocondrie au rang d’art en suivant les mésaventures loufoques et grinçantes d’un homme qui se demande s’il n’aurait pas hérité du cancer du sein de sa mère. Ce ton acerbe, ces réactions démesurées et ces sentiments exacerbés, visuellement servis par un noir et blanc tout en contraste qui souligne l’absurdité des situations est la marque de fabrique du cinéaste, qu’il a également déployée dans ses courts métrages (notamment Le Plombier et L’Ours Noir, co-réalisés avec Méryl Fortunat-Rossi, ou encore Sprötch, tous trois lauréats du Magritte du Meilleur court métrage!), marque de fabrique qui est à nouveau déclinée dans ce nouvel opus.

Chiennes-de-vie

Car finalement, est-on vraiment fait pour vivre avec nos congénères? Ne serait-il pas plus simple de nous en tenir à l’apparente limpidité de nos rapports avec nos animaux? A travers ces trois récits entrecroisés, navigant entre les registres, de la comédie, mordante, évidemment, à la love story décalée, en passant par le conte absurde, le cinéaste belge creuse avec habileté les thématiques qui l’obsèdent, et offre un joli écrin à la fine fleur des comédiens belges, confirmant ainsi son talent de directeur d’acteur.

Jean-Jacques Rausin (héros déjà de Je me tue à le dire) retrouve son complice dans un rôle taillé sur mesure tandis qu’Arieh Worthalter (fascinant dans Le Procès Goldman) et Aurora Marion (découverte dans La Folie Almayer de Chantal Akerman) surprennent dans un registre comique qu’on leur connaît moins. Mara Taquin (qui fait partie des Révélations des César 2024 pour son rôle dans La Petite) confirme les nombreux espoirs placés en elle, alors que Louise Manteau (vue sur les planches dans l’excellente adaptation de En finir avec Eddy Bellegueule) et Ninon Borsei (vue notamment chez Sirot & Balboni) sont de véritables révélations. Sans oublier les excellents Jean Le Peltier, Vincent Lecuyer, et Judith Williquet, ainsi qu’une pléiade de savoureuses apparitions, qui se joignent joyeusement à la chorale.

Le film sortira en Belgique le 20 mars prochain!

 

 

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