Carte blanche à Philippe Reynaert, à propos de « Deux jours, une nuit »

Philippe Reynaert n’est pas que le directeur de Wallimage. C’est surtout un cinéphile averti et passionné. Une merveilleuse plume qui fut, rappelons-le aux plus jeunes, le rédacteur en chef de Visions, un magazine pionnier qui, au début des années 80, proposait une réelle réflexion sur le 7e Art. 

 

En revenant de Cannes, son sang n’a fait qu’un tour en découvrant certains articles cantonnés au bashing le plus primaire. Un, en particulier, a attiré son attention.
 

Malgré un agenda plus que chargé, il a donc pris le temps de publier sur sa page Facebook personnelle une carte blanche que nous lui avons proposé de relayer sur Cinevox dans notre espace d’expression où chacun, porteur d’une réflexion constructive et étayée, peut venir s’exprimer.

 

Cette intervention n’a rien d’institutionnelle : elle est l’expression de la colère et de  de l’incompréhension d’un amoureux du cinéma, excédé par les prises de position négatives à l’emporte-pièce, destinées à aviver la défiance envers le cinéma belge d’un public qui mérite une information d’une autre qualité pour se forger une opinion juste et équilibrée.

 

 

 

VOICI SA CARTE BLANCHE :

 

De retour du Festival de Cannes, je fais ma revue de presse, je parle aux amis, bref je prends la température de la Belgique cinématographique et ce que je constate me désole.

Il semble être devenu de bon ton de snober les Dardenne et leur lumineux « Deux jours, une Nuit ».

 

Il aura donc suffi que le Jury de Jane Campion les oublie au Palmarès pour que les écluses de la jalousie s’ouvrent brusquement.

 

Je lis dans les colonnes d’un journal qui se revendique de l’Avenir (misère quel Avenir !) une supplique pour que les frères ne soient pas primés !

Le bon vieux syndrome wallon qui consiste à ne pas tolérer la réussite dans les rangs d’un peuple que certains aimeraient voir à jamais sans courage, refait donc surface.

 

Car que reproche-t-on aux Dardenne ? D’avoir été sélectionnés une fois de plus par le plus prestigieux des Festivals de Cinéma du monde ? C’est comme si on disait ou on écrivait (ce qui est pire) qu’on en a marre des sélections des frères Borlée parce qu’ils imposent leur manière de courir aux autres athlètes !

Les Dardenne, contrairement à ce que prétend le « journaliste » de l’Avenir, n’ont jamais empêché le cinéma belge de se développer ou de se diversifier. Que du contraire ! Ils ont toujours entraîné le peloton des jeunes cinéastes. Il est temps de se souvenir que c’est grâce à leur 1ère Palme d’Or qu’une impulsion majeure a été donnée à la production belge francophone par la création, entre autres, du fonds régional Wallimage que je dirige.

Depuis « Rosetta », ils ont enchaîné au rythme d’un film tous les 3 ans, une série magistrale que nous envient toutes les cinématographies de la planète. Et comme leurs films se vendent dans plus de 60 pays, leur maison de production rembourse les aides reçues…

A chaque film nouveau, ils évoluent et ce n’est pas par hasard qu’ils ont été primés tantôt pour leur scénario, tantôt pour leur direction d’acteur, tantôt pour leur maîtrise du langage.

 

Avec « Deux Jours, une Nuit », ils se sont lancés un nouveau défi : faire cohabiter à l’écran non plus deux ou trois rôles importants mais bien une douzaine de personnages qui, chacun, ont le temps d’exister dans un récit implacable et tellement bien structuré.

 

Alors quel est leur crime ? Ils se seraient ouverts à un public plus large !

La belle affaire : depuis 1999, on leur reproche d’être trop novateurs, trop expérimentaux ! Pourquoi n’auraient-ils pas le droit, dans « Le Gamin au Vélo » comme dans « Deux Jours, une Nuit », de calmer leur caméra, d’ensoleiller leur décor sérésien ou d’inviter dans leur univers des comédiennes aussi appréciées que Cécile de France ou Marion Cotillard ? Défense de sortir de la petite case où certains ont décidé de les enfermer ?

 

Depuis 15 ans, par le sérieux de leur travail, par leur éthique mais aussi par leur engagement dans tous les combats de la profession cinématographique que l’on parle de conservation des films anciens ou de moralisation du Tax-Shelter, les frères Dardenne sont un moteur pour notre métier. Et leur rayonnement n’a pas empêché la naissance de talents nouveaux. Tout cela est parfaitement faux !

 

Ce que nous devons aux frères Dardenne ? Avant tout du respect ! Mais je suis sûr que la majorité de ceux qui iront voir « Deux Jours, une Nuit », ressentiront bien plus que cela à leur égard. Face à l’extraordinaire leçon de solidarité qu’ils nous donnent une fois de plus, face au sourire de Marion Cotillard dans la dernière scène du film, j’espère qu’ils seront nombreux ceux qui, comme moi, ressentiront un mélange de fierté et de reconnaissance.

 

Philippe Reynaert, amoureux du cinéma

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