Cannes J – 42 : nos pronos !

Le 17 avril, on connaîtra enfin la liste des films retenus en sélection officielle au 67e Festival de Cannes. En compétition. Ou hors compétition. Dans la section Un certain regard aussi.

 

Durant les jours suivants, la Quinzaine des Réalisateurs et la Semaine de la Critique annonceront à leur tour le nom des œuvres qui gagneront leur ticket pour un trip sur le Croisette.

 

À 14 jours de la première échéance, Cinevox a fait le tour des dossiers chauds du moment et tenté de pointer les films belges qui ont une chance (grande ou petite) de faire l’actualité en ce joli mois de mai.  

 

Cette année, le festival débute le 14 mai et le palmarès sera annoncé un jour plus tôt que d’habitude, le samedi 24. Une raison bien simple à cela: le 25, la plupart des pays d’Europe voteront pour les élections européennes. Inutile de vous rappeler qu’en Belgique, on se rendra aussi dans les isoloirs pour élire les représentants du peuple au niveau fédéral et régional.

 

Autre originalité de cette édition 2014: l’implication belge dans la fête cannoise connaîtra cette année un alléchant épilogue dans une série de villes belges avec l’organisation de la Nuit des Palmes Magnum. Le principe est simple: la cérémonie de clôture sera retransmise en direct dans un certain nombre de cinémas, suivie par la projection de quatre films vus à Cannes, encore inédits chez nous. Impossible à ce stade de prévoir s’il y aura un film belge à l’affiche ce soir-là. Nous vous tiendrons informés.

 

Difficile d’ailleurs de pointer avec précision les œuvres qui pourraient se retrouver embarquées dans la belle aventure annuelle du tapis rouge.

 

 

Comme tous les trois ans depuis 1999, les principaux espoirs belges devraient bien sûr être portés en compétition officielle par Jean-Pierre et Luc Dardenne. Réglés comme des horloges sérésiennes, les frères ont présenté ces 15 dernières années 5 films, tous primés.
En 99, Rosetta agrémenta sa Palme d’or d’un prix d’interprétation pour Émilie Dequenne. En 2002, Le Fils valu à Olivier Gourmet un prix d’interprétation. 2005, coup de tonnerre: les frères décrochent une nouvelle Palme d’or avec L’Enfant, porté par Jérémie Renier et Déborah François. En 2008, Le Silence de Lorna reçoit le prix du scénario tandis qu’en 2011, Le Gamin au Vélo arrache le Grand Prix (2e prix du festival).

Vu ce palmarès exceptionnel dans les annales cannoises, on voit mal ce qui pourrait empêcher les sélectionneurs de retenir Deux Jours, une Nuit, d’autant que le film est cette fois emmené par Marion Cotillard.
Même si Cinéart qui va distribuer le film en Belgique durant la deuxième semaine du festival insiste sur le fait que rien n’est jamais joué avant l’annonce, on ne nous empêchera pas d’en faire un sérieux candidat… au palmarès. Les frères prennent certes leur temps entre deux tournages, mais ils maîtrisent leur sujet.

Outre Deux jours, une nuit, il n’est pas impossible que les films du fleuve aligne dans différentes catégories d’autres films qu’ils ont coproduits: le nouveau long métrage de Ken Loach par exemple, un autre habitué du festival, ou Terre Battue, un premier film du Français Stéphane Demoustier avec Olivier Gourmet.

 

Sortis de la galaxie liégeoise, nos pronostics entrent dans le domaine des conjonctures. Les films qui nous semblent avoir le profil cannois ne seront pas forcément proposées par leurs producteurs, ils ne seront pas prêts à temps ou ils ne recueilleront tout simplement pas les faveurs des sélectionneurs.

 

[Alleluia – Photo de tournage de Rudy Lamboray]

 

L’autre œuvre qui nous parait néanmoins la plus susceptible de se retrouver elle aussi en sélection officielle, peut-être, dans la section Un Certain Regard, est Alleluia de Fabrice du Welz, produit par Panique. Même si par certains aspects elle s’apparente à un film de genre, la love story noire de Fabrice a sans doute les qualités pour interpeller des sélectionneurs avides d’émotions fortes et originales. En 2004, Calvaire avait d’ailleurs été retenu à la Semaine de la Critique avant de gagner le Grand Prix du meilleur film fantastique européen, lors du Festival du film fantastique d’Amsterdam en 2005 et de réaliser un formidable triplé lors du festival Fantastic’Arts : prix de la critique internationale, prix du jury et prix Première. Il n’y a pas d’incompatibilités.

 

[Melody – sur le tournage (scène inédite) – Photo : Philippe Pierquin]

 

Pour être prêt à temps pour la fête cannoise, Bernard Bellefroid a travaillé d’arrache-pied, parfois jour et nuit. Mélody, son deuxième long métrage, produit par Artemis, sera envoyé le 2 avril aux différents sélectionneurs. Cette histoire qui entremêle les destins d’une belle anglaise désireuse d’avoir un enfant et d’une jeune coiffeuse qui accepte de porter le bébé est à la fois originale et déchirante. Entendra-t-on la douce musique amère du réalisateur de La Régate le long de la Méditerranée? Peut-être à la quinzaine des réalisateurs, pourquoi pas? On croise les doigts.

 

 

Je suis à toi de David Lambert (Frakas) a, lui aussi, le profil d’un film de Festival. En 2012, Hors les Murs avaient remué les spectateurs de la semaine de la critique valant à David un rail d’or et une standing ovation qu’il n’est pas prêt d’oublier. Plus cru, plus dérangeant sans doute, Je suis à toi, pourrait se frayer un chemin jusqu’à une section comme La Quinzaine ou Un Certain Regard. Sous réserve évidemment que les envies du scénariste aient été transposées à l’écran avec une force égale à celle perçue dans Hors les murs.

 

[Pierre Nisse et Eric Larcin – photo tirée du film Etre]

 

On sait aussi avec certitude que Etre du Français Fara Sene, produit chez nous par Nicolas Georges pour les films du Carré et tourné presque entièrement à Liège avec plus de 40 comédiens belges parmi lesquels Benjamin Ramon, Stéphanie Van de Vijve ou Pierre Nisse, a été soumis aux sélectionneurs tandis qu’une rumeur favorable nous a appris que Le Goût des myrtilles de Thomas de Thier (Novak), entièrement remonté, aurait désormais des supporters prestigieux susceptibles d’attiser la curiosité des sélectionneurs. De là à imaginer que ce long métrage avec Michel Piccoli et Natasha Parry qui raconte le périple poétique d’un vieux couple qui pourrait bien ne pas rentrer au bercail a une chance de se glisser parmi les films cannois, il n’y a qu’un pas que nous adorerions pouvoir franchir.

 

Nous avons moins d’informations sur d’autres films qui pourraient éventuellement faire partie de cet aréopage, mais on ne demande qu’à être surpris par une œuvre inattendue qui viendrait bouleverser tous les pronostics et s’immiscer dans une des quatre sections principales.

 

[Tous les chats sont gris – photo de tournage – Philippe Pierquin]

 

Techniquement, Tokyo Fiancée de Stefan Liberski, Tous les chats sont gris (la Nuit) de Savina Dellicour et L’année prochaine de Vania Leturq sont sans doute prêts à être visionnés et donc également des candidats potentiels. Les trois ont le profil cannois et quelques atouts dans leur manche (Pauline Etienne, Bouli, Anne Coesens deux fois…). Mais dans un contexte global où des centaines de candidats sont vus à la chaîne et plus encore pendant les premières semaines de printemps, les facteurs de réussite restent naturellement assez aléatoires.

Outre les oeuvres majoritairement belges citées ci-dessus, il y aura bien sûr des films coproduits par la Belgique, mais aussi des films avec des acteurs belges. Dans ce secteur, outre Olivier Gourmet dans Terre Battue, on pourrait retrouver Benoit Poelvoorde dans La Rançon de la gloire de Xavier Beauvois et Matthias Schoenaerts dans… trois films : Suite française de Saul Dibb, Far from the Madding Crowd de Thomas Vinterberg et… The Drop de Michael Roskam.

 

Michael Roskam avec Tom Hardy et James Gandolfini – Photo tirée du site Flicks and Bits (plus de clichés ici)

Initialement baptisé Animal Rescue, The Drop est le premier film américain du réalisateur de Rundskop avec feu James Gandolfini (The Sopranos), Tom Hardy (Warrior, Bronson) et Noomi Rapace (The Girl With the Dragon Tattoo), sur un scénario de Denis Lehane.

 

Benoit Debie (à gauche) laisse la caméra à Ryan Gossling le temps d’une scène –

Photo tirée du site Just Jared

 

On gardera aussi un oeil attentif sur le fantastique chef opérateur Benoit Debie (Calvaire) qui, après avoir filmé Spring Breakers, a enchaîné avec Everything Will Be Fine de Wim Wenders, avec Rachel McAdams, James Franco et Charlotte Gainsbourg et sur How to Catch a Monster de Ryan Gosling. Deux réalisateurs au fort potentiel cannois.

 

 

À suivre donc, avec curiosité.

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