Cannes 2014 : au bout du suspense

Toutes les bonnes choses ont une fin. Il en va ainsi également du Festival de Cannes qui a connu une 67e édition d’un excellent niveau, sans scandale notable, avec une sélection solide qui a tenu la route et globalement emballé la critique internationale.

 

Sur Cinevox (c’est notre raison d’être), nous avons beaucoup parlé de la colonie belge, brillante, fière et hétéroclite.

 

Fabrice Du Welz qui présentait Alleluia  à la Quinzaine des Réalisateurs, section non compétitive, était furieusement heureux (et nerveux aussi) d’être là pour nouer des contacts dans le plus grand festival du monde et confronter pour la première fois son nouveau long métrage à un public cinéphile. Un public forcément divisé par son jusqu’au-boutisme sanguinolent et décalé. Bilan très positif pour lui néanmoins puisqu’il a recueilli quelques critiques dithyrambiques et de chaleureuses félicitations après les deux projections.

 

[Photo : ©  Maryline Laurin]

 

Les deux autres films belges en sélections officielles sont, par contre, suspendus au verdict de leur jury respectif jusqu’à la soirée de clôture.

Une échéance que n’ont pas dû attendre Solo Rex (photo ci-dessous), court métrage de François Bierry qui a remporté un prix Unifrance dès jeudi (lire ici) et les frères Dardenne, déjà, récompensés jeudi d’un prix spécial du jury œcuménique pour l’ensemble de leur œuvre (lire ici).

 

Deux prix de pris, on n’est pas surpris. Mais quand même déjà sacrément contents.
Quoi qu’il arrive, les frères auront de toute façon vécu une semaine exceptionnelle, puisque les projections de Deux Jours, Une Nuit ont été ponctuées de longues ovations (dix minutes pour la projo publique de 19h30) et que les critiques publiées depuis mardi à travers le monde sont assez unanimes.
Beaucoup parlent de chef d’œuvre, les autres de (très) bon film. Seuls quelques snipers isolés ont émis des réserves sur différents aspects du film. Et devinez où on a trouvé les plus agressives?
Mais ouiiiii, chez nous : bingo !

 

Photo : © J.P.Malherbe (N.L.P.)

 

Malgré cela, l’engouement constaté toute la semaine sur Cinevox ne laisse pas planer le moindre doute : une grande majorité de Belges, sensibles au cinéma inventif et à l’émotion, est derrière les frères Dardenne, espérant que Marion Cotillard, Fabrizio Rongione et la colonie de merveilleux comédiens belges à l’honneur dans Deux Jours, une Nuit aient la chance de séduire Jane Campion et son jury de cinéphiles passionnés.

 

À 19 heures, alors que s’ouvrira la cérémonie de clôture, toutes les options resteront envisageables. Ou presque. Les frères peuvent recevoir une troisième Palme d’or historique. Ils seraient les premiers à y parvenir, sait-on jamais…
Ce serait historique. Au risque de nous rendre hystériques.

Ils peuvent aussi à se voir décerner le grand prix, un prix du jury, le prix la mise en scène, celui du scénario et (plus évidemment) permettre à une Marion Cotillard en état de grâce de décrocher un prix d’interprétation.

En 1999, année du grand chambardement de notre cinéma, Rosetta avait valu à la Belgique une Palme et un prix d’interprétation, mais cela n’est plus possible aujourd’hui. Un film, un prix : c’est la nouvelle règle. C’est pour cela que l’an dernier, la Palme d’Or a été remise à La Vie d’Adèle ET à ses comédiennes.

 


Une autre possibilité, à laquelle personne ne veut croire est que les frères, pour la première fois de leur histoire d’amour avec Cannes, repartent bredouilles. Une option assez improbable tant Deux jours une nuit est brillant, et reconnu comme tel par les observateurs les plus neutres.
Mais le jury, particulièrement relevé, cette année est souverain et personne ne connaît son opinion avant le moment fatidique.

 

Cet épilogue, que vous pourrez suivre en clair sur BeTV ou sur la chaîne officielle du Festival (Youtube ou Daily Motion), nous le vivrons, non pas à Cannes, mais à l’UGC de Brouckère dans une des salles consacrée à La Nuit du Palmarès qui retransmettra en direct sur grand écran toute la cérémonie.
Pas de smokings là-bas, mais de nombreux acteurs belges, des réalisateurs, des producteurs et beaucoup de spectateurs venus soutenir les artistes belges et (re)découvrir Les Corps étrangers et Deux Jours une nuit. En espérant qu’avant la projection des deux films, Lambert Wilson, maître de cérémonie assez exceptionnel mercredi dernier, aura eu le plaisir d’accueillir sur scène au moins un représentant d’un des films belges.

 

[Photo : ©  Maryline Laurin]

 

Pour les cinéphiles, le suspense est digne d’un match des Diables Rouges en quart de finale du Mondial.

La jeune Laura Wandel sera la première à découvrir le verdict du jury des courts métrages.
Ils sont neuf en sélection. Épinglés parmi plus de 3500 films proposés aux programmateurs. Les Corps étrangers qui interroge le regard, celui des protagonistes et des spectateurs, avec une exigence et une intelligence étonnantes pour une réalisatrice aussi jeune va-t-il pouvoir prendre enfin la succession d’Harpya de Raoul Servais, primé en… 1979.

La distinction serait d’autant plus bouleversante aux yeux de Laura Wandel que le président du jury n’est autre que Abbas Kiarostami, un de ses maîtres à penser.

 

 

Voilà pour les enjeux. Le décompte est lancé. Prix ou pas prix, ces deux films sont déjà entrés dans la riche histoire de notre cinéma. La visibilité que Cannes leur a apportée leur permettra d’être vendus à travers le monde, de participer à d’autres festivals prestigieux et de rencontrer un public conséquent un peu partout.
Mais bon… Une petite récompense en plus, tout le monde adore ça.
Ici, on croise les doigts et on guette avec impatience un coup de fil, un message qui nous apprendrait avec certitude que les frères, rentrés en Belgique en fin de semaine, ont été rappelés par le festival pour être honorés…

On vous tient au courant.

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