Bouli Président… des Magritte 2024!

Photo: MDC2023_LaureGeerts

A tout seigneur, tout honneur, c’est donc Bouli Lanners qui présidera la 13e édition des Magritte du Cinéma, qui se tiendra le 9 mars prochain à Bruxelles.

Il faut dire que Bouli Lanners semble s’imposer comme le champion toutes catégories des Magritte du Cinéma, les chiffres parlant d’eux-mêmes: 3 Magritte du Meilleur film, 3 Magritte de la Meilleure réalisation, 2 Magritte du Meilleur acteur, 1 du Meilleur acteur dans un second rôles, 13 prix en tout pour ses trois derniers films, Les Géants, Les Premiers les derniers et Nobody Has to Know.

Alors bien sûr, Bouli Lanners, ce ne sont pas que les Magritte, ce sont aussi une carrière exceptionnelle, et un engagement en tant qu’homme et citoyen.

Apparu furtivement sur les écrans dès 1990 dans Toto le héros de Jaco Van Dormael (on a vu pire baptême du feu), Bouli Lanners va graviter quelques années autour du grand et du petit écran, dans une sorte de valse-hésitation entre sa vocation première, la peinture, et sa découverte de cœur, la comédie. Alors qu’il bosse comme régisseur pour les Snuls, ces derniers repèrent sa carrure et son charisme, et le propulsent en héros hilarant de leurs aventures déjantées. 1999 marquera un tournant pour lui, avec Les Convoyeurs attendent de Benoit Mariage, dont il partage l’affiche avec Benoit Poelvoorde, et son premier court métrage Travellinckx, qui fait le tour des festivals. L’essai est transformé en 2002 avec son deuxième court, Muno, sélectionné à Cannes à la Quinzaine des Cinéastes. Quinzaine qu’il retrouvera en 2008 avec Eldorado, et en 2011 avec Les Géants. Viendront ensuite Les Premiers les derniers, présenté à Berlin en 2016, et Nobody Has to Know à Toronto en 2022. Multipliant les héros fragiles en quête de sens, et même d’amour dans son dernier film, il met au service du grand écran son grand sens pictural. Peintre des paysages, il sublime la Wallonie, mais aussi la Beauce et l’Ecosse dans ses réalisations.

En parallèle se déploie sa carrière d’acteur, oscillant entre les réalisatrices qui révèlent sa subtilité et sa belle pudeur (on pense notamment à Claire Burger et C’est ça l’amour, Solveig Anspach et Lulu Femme Nue, Katell Quillévéré et Réparer les vivants), la complicité avec les camarades joyeusement anarchistes comme Kervern et Delépine, Albert Dupontel ou Samuel Benchetrit, des incursions du côté de la comédie grand public dans Astérix ou Rien à déclarer, et une vraie fidélité aux auteurs belges, toujours, de Stefan Liberski (Bunker Paradise) aux frères Malandrin (Où est la main de l’homme sans tête, Je suis mort mais j’ai des amis), en passant par Savina Dellicour (Tous les chats sont gris). Rare à la télévision, il incarne néanmoins l’emblématique Docteur Lebrun dans la saison 2 d’Hippocrate, la série à succès de Thomas Lilti, dont il vient de mettre en boîte la 3e saison. On le retrouvera également sous les traits de José Bové dans le thriller d’Antoine Raimbault L’affaire Dali. Un politicien engagé auprès des paysans, pour un citoyen aux racines terriennes.

Cette présidence souligne également l’engagement du citoyen et la simplicité de l’artiste, tant appréciée par le public, qui sont profondément le reflet des convictions de l’homme. Bouli Lanners ne cache rien de ses combats. Il a, à plusieurs reprises, partagé son inquiétude quant à l’état des centrales nucléaires belges. Il prône la préservation de la nature, allant jusqu’à acheter des terres voisines de chez lui à Liège pour les protéger de l’appétit des promoteurs immobiliers. Il s’exprime sur l’exclusion des chômeurs, se mobilise pour les droits d’auteur, prône une certaine forme de décroissance, et depuis quelque temps s’interroge aussi sur sa propre pratique professionnelle, et la façon dont l’industrie du cinéma aborde les questions environnementales. L’amour du terroir s’accompagne d’un souci des traditions, et de la transmission. Cet été, Bouli Lanners annonçait vouloir arrêter la réalisation, et ralentir le rythme de sa carrière d’acteur pour se consacrer à la peinture, ses premières amours, mais aussi au tout nouveau théâtre « de la couverture chauffante ». Théâtre de marionnettes liégeoises qu’il a ouvert avec sa femme Elise Ancion, fille de Françoise Gottschalk et de Jacques Ancion du feu théâtre de marionnettes « Al Botroûle ». Faire vivre les traditions donc, mais aussi transmettre aux futures générations, puisque Bouli Lanners enseigne à l’INSAS, où il a pu accompagner des talents aussi prometteurs que Delphine Girard, Leopold Legrand ou Valentina Maurel.

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