Au BIFFF, du steak belge saignant

Dans la vie, il faut y croire. Et ne jamais lâcher le morceau. Qui aurait dit en 1982 que le festival du film fantastique de Bruxelles naissant, foutraque, délirant et inimitable, deviendrait à terme la plus vieille manifestation cinématographique belge, une des plus respectées en Europe, un modèle pour tous. Et pourtant 30 ans plus tard, le BIFFF est toujours là, alive and kicking. Avec cette année pas mal de sang belge dans les veines.

 

Entre La Foire du livre et Couleur Café, le BIFFF (re)prend donc ses quartiers à Tour et Taxis ce mercredi 5 avril et s’offrira même une décentralisation montoise où on verra notamment une sélection de courts métrages produits en Fédération Wallonie-Bruxelles, mais oui. Ce sera le mercredi 11 avril à 20h au Plaza Art et le 13 dès 13h à Bruxelles dans le cadre d’une journée belge qui se prolongera avec un workshop et la présentation du très prometteur The Incident (photo).

 

 

Mais le plus étonnant, sans doute, est que deux films coproduits en Belgique seront cette année au menu de la compétition officielle ce qui n’était pas arrivé depuis 1755, environ.

 

 

Coproduit chez nous par Tarantula et en partie tourné en Belgique, notamment du côté de Droixhe, Carré Blanc (photos ci-dessus, et ci-dessous) sera programmé le 10 avril à 18h en présence de l’actrice Julie Gayet. Le film sortira en Belgique la semaine suivante, soit le 18 avril. Les fans de Cinevox qui ont bonne mémoire se souviendront que nous l’avions sélectionné dans le cadre des BNP Paribas Fortis Film Days, pionniers que nous sommes. Carré Blanc est un thriller de SF paranoïaque, glacial et très inquiétant. Nous sommes dans une démocratie occidentale lambda, un univers que rien ne semble différencier du nôtre. À l’exception d’un élément connu de tous et vécu comme un simple détail: la société se nourrit (au sens premier du mot) de ses faibles et de ses incapables qui deviennent alors selon un terme générique des « Carrés Blancs ». Dans ce monde anonyme, mais d’aspect si serein, Philippe et Marie forment un couple de trentenaires installés. Tous deux ont en commun d’être des orphelins depuis l’adolescence. Ils vont devoir se serrer les coudes pour échapper à ce cauchemar. Ou pas…

 

 

Réalisé par Jean-Baptiste Leonetti, le film s’appuie sur l’interprétation de Sami Bouajila et Julie Gayet, mais aussi Valérie Bodson, Daniel Plier ou Xavier Bouvy. Les effets spéciaux ont été mitonnés chez Digital Graphics  à Alleur près de Liège. Une compagnie hi-tech et néanmoins familiale qui a également oeuvré sur The Incident, autre électro-choc avec du sang belge (c’est le cas de le dire) programmé le 13 avril à 18h en compétition internationale. Un projet assez bizarre, d’autant qu’il est coproduit ici par Artemis, en général caution d’un cinéma d’auteur assez exigeant.

 

 

Le pitch est déjà un poème, jugez plutôt : George, Max et Ricky sont des musiciens en herbe qui tentent vainement de percer. En attendant, comme ce ne sont pas leurs riffs de guitare qui vont payer le loyer, ils travaillent dans les cuisines d’un asile psychiatrique placé sous haute surveillance et posé au milieu de nulle part. La brochette de psychopathes sous sédatifs qui y est incarcérée n’est pas du genre à penser que l’être humain est foncièrement bon ou intéressant. Le climat est tendu, mais le salaire est correct et les risques apparemment minimes. Jusqu’à ce qu’une tempête s’en mêle et mette hors d’usage tout le réseau électrique de l’asile. Inutile de préciser que la nouvelle ravit les boute-en-train frappadingues qui vont alors jouer à cache-cache avec les membres du personnel. La seule règle : run for your life. S’ils t’attrapent, tu es mort.

 

 

Coproduction belge donc, The Incident est le premier long métrage du français Alexandre Courtès, un nabab du clip vidéo qui a œuvré pour U2, The White Stripes ou Jamiroquai… et qui vient de signer un des sketches des Infidèles.  Comme son résumé l’indique, c’est un thriller schizo, mais alors qu’on pourrait trouver le pitch plutôt drôle, il s’agit en fait d’un film d’horreur assez malsain qui lorgne vers le torture-flick (Hostel et ces sortes de choses). La légende veut que deux spectatrices se soient évanouies lors de sa projection au Tifff. ! Esthétiquement angoissant (photo froide et métallique), The Incident a été monté par l’excellent Baxter (The Hills have eyes, Piranha 3D) et entièrement tourné (mais oui) à Bruxelles, au même endroit que toutes les séances de parloir de Tango Libre de Frédéric Fonteyne.

 

 

Outre ces deux nouveautés, le cinéma belge sera encore à l’honneur par le biais d’une rétrospective de trois films: le délirant Rabbid Granies d’Emmanuel Kervyn (1984), Taxandria de Raoul Servais (1994) et le fabuleux Calvaire de Fabrice du Welz (2004 – photo ci-dessus).  Ce sera les 7, 8 et 9 avril. À midi.  Histoire de vous ouvrir l’appétit.

 

Le programme complet du festival se trouve ici. De quoi passer des vacances de Pâques déjantées. Mais surtout : gardez votre sang-froid !

 

 

 

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