Bienvenue à Marly Gomont

En 1975, Seyolo Zantoko, médecin fraichement diplômé à Paris et originaire de Kinshasa, saisit l’opportunité d’un poste de médecin de campagne dans un petit village français où le cabinet médical n’a plus été occupé depuis des années. Pour lui, la France est le pays de la modernité et des droits de l’homme. Un rêve. Obtenir la nationalité française serait un indicible honneur.

Arrivés à Marly-Gomont, Seyolo et sa famille sont pourtant contraints de déchanter : les habitants n’ont jamais vu de noirs de leur vie et ils n’ont aucune envie de confier leur santé « à un marabout ». Mais il en faut plus pour décourager Seyolo. Bien décidé à réussir son pari, il va tout mettre en œuvre pour gagner la confiance des villageois…

 

Si le nom du médecin ne vous dit rien bien qu’il s’agisse d’une histoire vraie, le titre du film devrait, lui, vous mettre la puce à l’oreille. Bienvenue à Marly Gomont ? Marly Gomont ? Mais oui, souvenez-vous…

En 2006, Kamini, un jeune rappeur français balance sur le net un clip très rural où il raconte sa vie dans un petit village du Nord de la France, au milieu des vaches et des champs. La chanson amuse, les images font le buzz. Le rap sort des villes et investit la campagne. Son single devient la troisième meilleure vente de l’année et son clip est primé aux Victoires de la musique en 2007 : une légende est née.

 

 

Le docteur Seyolo Zantako est en fait le papa de Kamini et le petit garçon qui accompagne ses parents et sa grande sœur à Marly est bien le rappeur qui, s’il continue à chanter aujourd’hui, a aussi entamé il y a quelques années une nouvelle carrière d’humoriste sur scène.

 

L’arrivée de la famille à Marly-Gomont nous plonge dans les années 70 où le racisme ordinaire était une question d’ignorance plus que de bêtise congénitale (aujourd’hui, c’est un peu des deux mélangés). À Marly les seuls noirs qu’on a vus jusque-là sont des « sauvages » dans quelques documentaires. Le seul joueur de couleur qui évolue en équipe de France est Marius Trésor et il joue à Marseille. Pas étonnant que l’arrivée du médecin déclenche une peur panique chez la plupart des citoyens qui préfèrent rejeter d’emblée ce qu’ils ne connaissent pas. Dur dur d’être différent.

 

 

Le maire de la commune (Jean-Benoit Ugeux) n’avait d’ailleurs pas particulièrement encouragé le médecin impulsif à rejoindre Marly. Certes, il cherchait un praticien pour éviter à ses concitoyens de parcourir quinze kilomètres pour se soigner, mais il savait d’expérience que l’intégration serait compliquée et que, pour tout dire, elle avait peu de chances d’être harmonieuse. D’autant que nous sommes à la veille d’élections municipales et que l’adversaire politique du maire (un Jonathan Lambert, délicieusement fourbe) n’hésiterait pas à attiser le racisme ambiant pour se frayer un chemin jusqu’au pouvoir.

 

Par son côté rétro (le générique d’ouverture est totalement vintage, les chansons qu’on y entend sont particulièrement bien choisies), sa thématique liée à l’intégration, son ton qui s’éloigne du réalisme social pour flirter avec la fable non dénuée d’humour, Bienvenue à Marly-Gomont évoque irrésistiblement Marina, le grand succès belge de l’année 2014. Et si le film de Stijn Coninx semblait plus affûté en termes d’écriture et de mise en scène, le nouveau long métrage du français Julien Rambaldi se sort fort bien d’affaires. Certes, la trame est cousue de fil… blanc, certains rebondissements sont prévisibles mais il se dégage de l’ensemble une fraîcheur revigorante et plusieurs scènes (notamment celles qui incluent l’envahissante famille « belge » du docteur et de son épouse) sont carrément jouissives.

 

 

Si nous évoquons le film dans les pages de Cinevox alors qu’il évolue sous bannière française, c’est naturellement parce que son ADN belge est très important. Coproduit chez nous par Scope Pictures, Bienvenue à Marly-Gomont a été tourné en Hainaut, du côté de Braine-le-Comte, et on retrouve de très nombreux acteurs belges au générique.

Le rôle principal est ainsi tenu par Marc Zinga, Magritte 2015 du meilleur espoir pour sa prestation dans Les rayures du zèbre de Benoit Mariage. Le jeune acteur belge qui apparaît succinctement dans une scène du dernier James Bond tient tout le film sur ses épaules. Et il assure sans jamais en rajouter. Sobre, sensible, doux, il confère à son personnage une humanité singulière, une sagesse épatante. Avec la magnifique Aïssa Maïga qui n’a pas sa langue en poche, il incarne un couple attachant qui ne peut que susciter immédiatement l’empathie.

 

 

À leurs côtés, on croise aussi Stéphane Bissot, hilarante dans une scène d’accouchement dantesque, Ingrid Heiderscheidt, Jean-Marie Barbier (tous trois sur la photo ci-dessous),  Jean-Michel Balthazar, Michel Schillaci,  Sébastien Waroquier, Christophe Lambert, Laurent Caron ou un formidable Jean-Benoit Ugeux (le « préparateur physique » de l’équipe de foot dans La Trêve) qui joue ici un maire plein de bonhomie, quoi qu’un peu aux alouettes.

 

 

Pour le spectateur belge qui connaît tous ces visages, il faudra s’habituer à les entendre manier un accent chti à couper au couteau, mais une fois la convention acceptée, on en rit de fort bon cœur.

 

Sur nos écrans dès le 8 juin, Bienvenue à Marly-Gomont réussit à la fois à nous émouvoir, à nous délasser et à nous faire réfléchir. Il n’y a donc aucune raison de bouder son plaisir…

 

 

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