La belge histoire du Festival de Cannes: voyage au coeur du cinéma belge

Avec La belge histoire du Festival de Cannes, Henri de Gerlache prend la clé des champs, sillonne plages, villes et campagnes à la rencontre d’histoires heureuses du cinéma belge, des histoires de joie, de surprise, de prix, de potes, et plus que tout de passion. A bord d’un camping-car coloré, il emprunte une route pleine de détours, et crée un dialogue inter-générationnel entre différents témoins privilégiés de cette caisse de résonance incroyable que constitue pour notre cinéma le plus connu des festivals. 

La plage d’Ostende

Tout commence à Ostende, l’autre plage, celle où ce grand festival international, rêve de paix d’une Europe traumatisée par la seconde guerre mondiale, pourrait venir réunifier par l’art et le cinéma des peuples déchirés et éreintés. Ostende, plage du Nord, et plage de coeur du chanteur flamand Arno, qui nous livre avec l’économie de mots qu’on lui connaît sa vision du cinéma belge. En 2006, Arno surprenait devant la caméra de Martine Doyen, au générique de Komma, sélectionné à la Semaine de la Critique. L’occasion de fouler le sable d’une autre plage plus méridionale. Partant de ce lieu où le Festival désormais de Cannes n’eut finalement jamais lieu, Henri de Gerlache part à la rencontre de témoins exaltés et exaltants qui retracent quelques heures glorieuses du cinéma belge.

De belles surprises

Marion Hänsel marche, sereine le long d’un étang, avant de venir s’asseoir sur un banc ombragé. Elle se souvient de cette année-là, 1995, où elle reçut ce coup de fil inattendu, ou à tout le moins plus attendu. Elle se remémore avec humour et émotion de cette projection particulière, calée dans un recoin du Théâtre Lumière, où elle se retrouve à faire en direct le mixage son de son film pas tout à fait fini, Between the Devil and the Deep Blue Sea. Elle se souvient de ses camarades du Collectif 95, qui revendiquait une vraie politique culturelle, qui avaient organisé une opération coup de poing lors de sa montée des Marches.

"Between the Devil and the Deep Blue Sea"
« Between the Devil and the Deep Blue Sea »

Naître à Cannes

Pour certains, Cannes est une véritable renaissance, pour d’autres, c’est une naissance aux yeux du monde du cinéma. C’est le cas d’Emilie Dequenne et Fabrizio Rongione, rencontrés par le réalisateur, nés au cinéma sous les yeux des frères Dardenne, et intronisés par le triomphe et la grâce de Rosetta. Cannes et les Dardenne, une histoire d’amour entamée en 1995 avec La Promesse, la fuite en avant de Jérémie Rénier, les cheveux au vent sur sa mobylette. C’est l’art de découvrir des acteurs, et pour certains, de leur rester éternellement fidèle. C’est Olivier Gourmet qui primé pour Le Fils en 2002 rentre dans son village natal, Mirwart, célébré comme s’il avait gagné la Coupe du monde de foot.

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Fabrizio Rongione

Les cinémas belges

Le Festival de Cannes, ce sont des films belges, des films wallons, bruxellois, flamands. Henri de Gerlache revient sur ces moments souvent oubliés du cinéma du Nord du pays, célébré en son temps. Sur Les Mouettes meurent au port, film réalisé par un trio de réalisateurs flamands, Rik Kuypers, Ivo Michiels et Roland Verhavert, sélectionné en compétition officielle en 1955. Le film retrace les dernières heures de cavale d’un mari assassin qui erre dans les rues d’Anvers. Un assassin interprété par Julien Schoenaerts, le père d’un autre Schoenaerts lui aussi révélé aux yeux du monde à Cannes, Matthias, qui pris par surprise la Croisette dans De rouille et d’os. En 1972, Harry Kümel prend également part à la Compétition Officielle avec Malpertuis, une adaptation du célèbre roman de Jean Ray, porté par le maestro en personne, Orson Welles. Trois décennies plus tard, une épopée cycliste et nudiste fait sourire la Croisette. L’équipe de La Merditude des Choses de Felix Van Groeningen rejoue en live l’une des scènes cultes du film, sous les yeux médusés mais amusés des badauds.

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Felix Van Groeningen

Des histoires de potes

Cannes, 1992. Trois gars un peu bizarres débarquent sur la Croisette, Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde ont réalisé « à la main » un film improbable et inattendu, C’est arrivé près de chez vous. Le Festival s’empare du film, le propulse en haut de l’affiche, jusqu’à ce qu’il échappe complètement à ses créateurs. Henri Gerlache rencontre un autre namurois, Benoît Mariage, Prix de la Critique en 1997 pour son court métrage Le Signaleur, et qui se souvient ce petit film bricolé fait avec des amis (Olivier Gourmet, Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners, ça aide évidemment) et les gens du village, propulsé au sommet par le Festival.

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Benoît Mariage, sur les lieux du tournage de son court métrage, « Le Signaleur »

L’humilité de la première Palme d’or

La film fourmille de témoignages, tour à tour émouvants drôles, surprenants, on y retrouve Jaco Van Dormael qui se souvient de ses festivals, Toto le Héros, Le Huitième Jour, de Pascal Duquenne, et son bon sens qui ne cesse de nous impressionner, des pionniers, comme André Delvaux, habitué du Festival. Mais on retiendra pour finir la première Palme d’or de l’histoire du cinéma belge, l’incroyable Raoul Servais, primé en 1979 pour Harpya, un petit court métrage qu’il n’est d’ailleurs pas sûr de trouver très bon, mais qui bouleverse le jury présidé par Françoise Sagan. Henri de Gerlache le retrouve dans sa petite maison perdue au milieu des champs, où le réalisateur ressort avec une humilité teintée de joie et de nostalgie cette petite palme si précieuse qu’il garde dans son bel étui rouge.

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Raoul Servais et sa Palme d’Or

Ah oui, au fait, l’histoire des cinémas belges à Cannes est racontée par Stéphane de Groodt, ce qui ne gâche rien, et la succession d’images d’archives, des films et des talents, offre un panorama enlevé et inspirant d’une belle histoire du cinéma belge.

La belge histoire du Festival de Cannes sera présenté ce soir lundi 22 mai à 21h en Sélection Officielle au Festival de Cannes dans le cadre de Cannes Classics, puis diffusé ce mercredi 24 mai à 21h50 sur La Une (RTBF). Il sera disponible en VOD chez Proximus durant 5 semaines, et projeté également au Cinéma Galeries pendant un mois.

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