Bart Van Langendonck : l’homme qui ne renonce jamais

Pour tous ceux qui ont eu la chance de le voir (et ils sont nombreux en Belgique), Rundskop (Bullhead/Tête de bœuf) reste une expérience hors norme, un film déboussolant qui a révélé de concert un réalisateur (Michael R.Roskam) et un acteur fabuleux (Matthias Schoenaerts). Mais aussi David Murgia dans un rôle ingrat qui a attiré l’attention sur lui de toute la profession.

 

Succès tonitruant au box-office belge, Rundskop fut nominé pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Derrière ce choc cinématographique, il y avait un autre homme : Bart Van Langendonck, patron de Savage Film, maison de production indépendante basée à Bruxelles, et crée en 2007 seulement.

 

(Photo d’ouverture : Bart Dawaele)

Caractéristique de la société: elle produit des fictions, documentaires, mais également des films de danse avec des sujets aussi riches et variés que l’univers des réalisateurs qu’elle ne cherche jamais à brider. Osés ou sujets à controverse, les projets de Savage Film se placent souvent à la limite des genres.

 

 Bart est aussi le producteur qui a initié d’Ardennen/The Ardennes qui promet d’être un gros succès belge de cette fin d’année. Il est aussi derrière le 3e long métrage de Michael Roskam, Fidèle (lire ici)

 

Un positionnement sans surprise quand on sait que Bart a initialement créé sa structure pour financer des œuvres autour de l’univers de Wim Vandekeybus, danseur, chorégraphe et vidéaste que le producteur avait la ferme intention d’amener au long métrage de fiction.

C’est chose faite avec Galloping Mind et le moins qu’on puisse écrire est que cet acharnement valait la peine.

 

 » Lorsque Wim  est venu vers moi en 2002 avec l’idée de réaliser un long-métrage », confirme le producteur, j’ai décidé de me lancer à plein temps dans la production de films. La maison de production CCCP était à l’époque la structure parfaite. J’y ai eu l’opportunité de forger mon expérience et de créer un réseau de contacts au  sein  de l’industrie internationale du  film, avant de fonder ma propre maison de production Savage film.

 

Les spectacles de Wim  Vandekeybus  ont toujours été de véritables miroirs des  sentiments et des  pulsions, propres à lui comme à celles et ceux qui l’entourent. Euphorie, passion et mélancolie: mieux que tout autre, Wim parvient à transcrire ces émotions sur la scène, dans la langue du théâtre ou de la danse, ou sur le grand écran dans la langue du  septième art. Il réussit à ouvrir les portes de son imagination personnelle au  spectateur, qui peut alors s’y introduire, y endosser un rôle.  Et ainsi participer à la vie, à la cruauté, mais surtout à la beauté de cet imaginaire.

 

 

Wim connaît la force des images, qu’elles soient présentées sur une scène ou à l’écran, et sait maîtriser le pouvoir de la musique pour rendre ses images encore plus fortes. Mais, surtout, Wim raconte des histoires dans lesquelles il souhaite emporter le public. Et qu’importe si le public trouve cela agréable ou pas: l’imagination de Wim – et dans le prolongement de celle-ci, son langage imagé -est simultanément tragique et euphorique. Si le tragique et la culpabilité sont une constante du travail de Wim, comme dans Galloping Mind, Wim les utilise aussi comme une nourriture pour la vie. Il est lui-même un concentré d’énergie qui, tant physiquement que spirituellement, teste et repousse sans relâche ses propres limites. Jusqu’à présent, il avait principalement exploité sa pensée inventive dans ses spectacles de danse et pièces de théâtre.  Le film fait toutefois depuis longtemps déjà partie intégrante de ses représentations.

 

Galloping Mind repose sur une collaboration entre Wim et moi-même longue de plusieurs années : de 1994 à 2002, j’ai défendu les intérêts de Wim en tant que chorégraphe et réalisateur de film, et ce, sur les plans financier, de la production et artistique. Rien d’étonnant dès lors à ce que je l’accompagne également dans son premier projet de long-métrage.

 

LE SCENARIO

 

Wim a commencé à rédiger ce scénario en 2003.  D’abord sous les titres Story brothel et Little  bear, des  scénarios présentant à  l’origine un fort caractère magico-réaliste. Malgré leurs nombreuses qualités, ces scénarios ne répondaient pas exactement à ce que Wim voulait raconter avec son premier long-métrage. Il prit alors une tout autre direction et écrivit une histoire plus humaniste qui s’ancrait dans la réalité d’aujourd’hui : relations qui tournent mal, des enfants orphelins, des parents célibataires, une migration, l’illégalité et un instinct de survie.  Si le réalisme magique reste présent, surtout à la fin du film, il n’est toutefois plus la pierre angulaire du  scénario.

Le film affiche désormais un caractère particulièrement contemporain et reconnaissable, émotionnel et universel.

 

 

La session d’écriture avec le scénariste franco-hongrois David  Dusa  et la conseillère en scénario allemande Suzanne  Pradel, ont permis de renforcer et de peaufiner la structure du  film et le développement des personnages de cette dernière version.

 

LA RECHERCHE DE L’EDEN

 

Dès les premières versions du scénario de Galloping Mind, il y avait énormément d’enthousiasme provenant de différents coins du  monde grâce à l’authenticité de l’histoire.  Nombreuses personnes étaient également interpellés par la richesse du scénario qui implique de travailler avec des enfants, des chevaux et de l’eau.

 

 

Grâce au  soutien au  développement du  VAF  (Fonds audiovisuel flamand) et du  programme de développement MEDIA de l’UE, nous avons participé, depuis 2009 à des marchés de coproduction tels que Cinémart, Cannes, l’IFP de New York, Media Business School Latin America à Rio. À l’origine, la première option sérieuse que nous avions était de tourner le film au Brésil. Différentes rencontres qui auraient dû concrétiser cette collaboration ont toutefois perdu toute leur utilité lorsque le producteur brésilien que nous avions impliqué dans le projet a dû cesser ses activités. Les autres recherches de partenaires et de financement en Amérique latine n’ont pas porté leur fruit.

 

 

Une excellente expérience dans  le  cadre  du  film Portable life de Fleur  Boonman  (produit  par Savage film et Fuworks), nous a amenés à vouloir tourner notre film en Afrique du Sud. En termes de coproduction ce n’était pas une construction très évidente. Nous avons essayé par l’intermédiaire de la France et de l’Allemagne. Lorsque, après plusieurs repérages, le budget commençait à dépasser nos limites à cause de la sécurité, de la distance, des vagues trop violentes et… des crocodiles, nous avons décidé de déplacer toute la production en Hongrie.

 

LA HONGRIE

 

Une fois que le choix de travailler avec le producteur hongrois Laszlo Kantor du UJ Budapest Hungarian Film Studio fut arrêté, il est apparu rapidement évident qu’en termes de lieux et de budget, la Hongrie était la bonne décision.

Certains éléments importants nous ont amenés en Hongrie.  Au  niveau technique nous avions besoin d’une équipe expérimentée, créative et de confiance. Les lieux de tournage sont très universels et très variés, la zone industrielle en opposition à la riche région montagneuse, les nombreux ponts et une grande population étrangère vivant à Budapest reflètent le monde contemporain qui correspond parfaitement au film.

La plage industrielle de la mer Noire à Constanza, Roumanie est une extension parfaite pour la ville imaginaire dont Budapest sert de décor principal. De plus, la Hongrie est un pays avec de nombreux spécialistes de l’équitation qui ont pu aider aux entraînements des poneys/chevaux du gang.

 

 

Lorsque nous avons commencé à travailler en Hongrie, Wim  a continué son travail sur l’écriture.

Suzanne Pradel, conseillère en scénario, a donné son analyse, questionné certaines parties. Ce travail de réécriture a amené à une simplification de l’histoire. Le nombre de personnages a été réduit et les personnages principaux ont été développés.

Wim est devenu un repéreur expérimenté et nous avons le sentiment que Budapest et ses environs peuvent facilement faire office de ville universelle quelque part à l’Est en bordure de mer. Même si l’on sait très bien que ce n’est pas le cas.

 

Dès  lors  que le choix du  lieu de tournage fut arrêté, tout s’est accéléré. Ce que nous avons imaginé dans les autres pays s’est très vite concrétisé en Hongrie.

 

LE TRAVAIL AVEC LES ACTEURS

 

En Novembre  2012, les premiers castings ont été organisés pour les enfants et les adultes.  Les directeurs de production et les producteurs exécutifs ont été choisis. Il y a également eu une série de rendez-vous avec le premier assistant, les cascadeurs, les assistants à la réalisation.

 

Le scénario, en collaboration avec le scénariste franco-hongrois David Dusa, a été analysé et réécrit pour ces nouveaux lieux. Il a été décidé que Sam serait un expatrié qui aurait suivi Sara en Hongrie. Par amour pour sa langue maternelle, Sam ouvrirait une station radio. L’anglais est la langue principale dans le monde des adultes et dans l’hôpital international ;  le hongrois est la langue dominante parmi les enfants et les locaux.

 

Fin décembre 2012, nous avons profité des vacances scolaires pour organiser un nouveau casting avec les enfants.  En mars 2013, le premier atelier avec les enfants a été organisé. À travers des ateliers réguliers, les performances se sont améliorées.

 

 

 

Les enfants jouant les rôles principaux ont été coachés afin de développer leur personnage et de s’approprier le langage du  gang.  Entre-temps, ils ont des cours de natation et d’équitation régulièrement. Il y a également eu des castings additionnels pour des enfants jockeys déjà expérimentés. À Budapest, nous avons visité les trois centres d’accueil d’enfants en difficulté. Nous souhaitions inclure certains dans le processus de casting.  C’est beaucoup de travail, mais nous avons toujours été persuadés que rapprocher la réalité de la fiction s’avérerait payant à la fin.

 

Pour tout savoir sur Galloping Mind, c’est ICI

Portrait de Wim Vandekeybus ICI

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