« Baghdad Messi »: les rêves perdus du peuple irakien

Avec Baghdad Messi, Sahim Omar Kalifa plaide pour préserver les rêves perdus du peuple irakien, à travers la trajectoire singulière d’Hamoudi, jeune garçon fou de foot prêt à tout pour entretenir sa passion

A Bagdad, quand on a 11 ans, on rêve encore, même en pleine guerre. On rêve de foot parfois, on rêve du Barça, du Real, de devenir le nouveau Messi, à défaut du messie. Dans les rues défoncées de la ville, des grappes d’enfants tapent la balle, lèvent les bras et crient leur joie, à peine découragés par les bâtiments éventrés qui les entourent. Alors que la population bagdadienne existe plus qu’elle ne vit, qu’iau fil des plans surgissent les vestiges du monde d’avant la guerre, Hamoudi et ses amis y croient encore, au ballon rond et à la vie qui vient.

Quand au coin de la rue éclate une fusillade, Hamoudi est pris dans les tirs croisés. Il va y perdre une jambe, une stabilité familiale, sa ville, ses repères. Mais pas question d’y perdre sa passion. Sa mère inquiète va le protéger, son père coupable va l’encourager. Coupable, car le père d’Hamoudi est traducteur pour une agence de sécurité américaine, en prise avec les rebelles, il était là le jour de l’attaque, c’est lui d’ailleurs qui a amené le jeune garçon blessé à l’hôpital. Suite à cet évènement, la famille va d’ailleurs devoir quitter Bagdad pour se réfugier dans le village d’origine de la mère d’Hamoudi. Mais les nouvelles vont vite. Non seulement le père d’Hamoudi est chiite en terres sunnites, mais en plus son engagement auprès des forces d’occupation passe mal auprès des villageois.

Le rêve d’Hamoudi entre en résonance avec celui du peuple irakien. Comment garder l’espoir quand tout en soi et autour de soi est dévasté, amputé, attaqué? A travers son parcours, c’est à la fois la souffrance mais aussi la résilience d’un pays qu’a voulu illustrer Sahim Omar Kalifa, dans ce long métrage tourné en Irak, qui brille par son authenticité, emmené notamment par le jeune Ahmed Mohamed Abdullah qui offre toute sa spontanéité mais aussi son vécu et sa passion au petit Hamoudi. A travers le conte d’apparence simple d’un jeune enfant qui s’obstine à vivre sa passion, c’est aussi toute la complexité de la société irakienne aux prises avec cette deuxième guerre du Golfe que met en lumière Baghdad Messi. La façon dont les parents d’Hamoudi, éduqués à la ville, peinent à faire accepter leur union et leurs choix lors de leur retour forcé sur leurs terres d’origine laisse entrevoir les fractures qui parcourent la population, au coeur même des familles. Laisse voir aussi un pays fracturé, qui tente de se reconstruire alors que tout doucement, les blessures de la guerre commencent à cicatriser.

Le film sort ce mercredi à Bruxelles et en Flandre. Il sortira en Wallonie au mois de mai.

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