Au Nom du Fils épate la Galerie

Souvent, la destinée des films belges qu’on aime nous déçoit : noyés dans la masse, ils disparaissent de l’affiche sans avoir eu le temps de séduire le public. La distribution de longs métrages d’ici est d’ailleurs devenue un vrai problème et de plus en plus de producteurs doivent faire preuve d’une ingéniosité et d’un courage hors norme pour que leur poulain rencontre les spectateurs. Quelques spectateurs. A l’arrache.

 

[toutes les photos par © Tanali Photography – Tanguy van Eeckhoudt/ page FB d’Au nom du Fils]

 

Ces opérations commandos sont parfois couronnées d’un certain succès: on a encore tous en mémoire l’épopée d’Au Cul du Loup porté à bout de bras par Need Production et Pierre Duculot son réalisateur qui s’est battu comme un lion pendant des mois pour donner de la visibilité à son voyage corse. Après avoir connu en Belgique une carrière très honorable (plus de 10.000 spectateurs avec une campagne « artisanale »), Au Cul du Loup s’est même offert une belle carrière à l’étranger, notamment en Allemagne et en Autriche. Réconfortant. Mais atypique.

D’autres producteurs se sont positionnés en distributeurs : Le Monde nous appartient a finalement été distribué par Bardafeu, créé pour l’occasion par ses producteurs Michael Goldberg et Boris Van Gils. Tarantula a sorti en Belgique le glaçant Carré Blanc, avant de distribuer chez nous Hors Les Murs (Frakas production) et de récidiver prochainement avec son propre film, Sous le Figuier. De ces expériences naîtront peut-être de nouvelles structures stables qui se diversifieront. Mais à la base, c’est nécessité qui a fait loi. Les réseaux en place n’ont plus les moyens ou l’énergie de faire exister ces œuvres pourtant réussies.

 

 

Le cas d’Au Nom du Fils est encore plus étonnant. Et heureusement, il est très réjouissant.

Convaincus qu’il allait se fracasser dans l’indifférence générale, nous avions publié ici un article qui, à le relire aujourd’hui, ressemblait à un cri de désespoir. Soyons clairs: nous ne pensons pas du tout que c’est ce texte qui a changé le cours de l’histoire, mais tout à coup, signe des temps, convergence inattendue autour d’un film fort et dérangeant, le miracle a opéré.

 

 

Vincent Lannoo qui est un indécrottable optimiste et un humaniste volontariste (il croit en l’homme, mais il peut aussi se battre pour faire passer son message), nous avait expliqué en aparté qu’il n’était pas tout à fait d’accord avec nous, qu’il se sentait soutenu par les médias. Rétrospectivement on ne peut pas lui donner tort: une partie de la presse a publié, autour du film, de beaux papiers. Pas juste des critiques péremptoires, mais des interviews, des articles de fond, des portraits: tout ce que nous regrettions de ne pas lire assez souvent. Cette concentration d’attentions bienveillantes, associée à une démarche promotionnelle insolente, incroyablement remuante, a eu une conséquence joyeusement inattendue: diffusé à l’origine dans une seule salle selon un processus original, mais risqué (lire ici), le film a vécu sa vie, tenu l’affiche et tourné dans d’autres cinémas belges.

 

Grâce à la complicité créative de l’équipe du cinéma Galeries, une salle du complexe bruxellois a aujourd’hui été aménagée spécialement pour des séances du film, chaque jour à 19 h 30 et 21 h 30 (les photos vous donnent un aperçu du dispositif). Il faut préciser que depuis sa sortie le film suscite l’enthousiasme, un enthousiasme capable de faire naître un culte (sic) autour de ce brûlot. Du coup, pour mieux répondre à la demande et vivre profondément l’expérience du film, une salle intime a été relookée dans l’esprit d’un confessionnal. Le public est accueilli par la mascotte du film, le Père Jean. Au nom du Fils, film formidable, devient ainsi une expérience cinématographique et une soirée unique qui renoue avec le plaisir d’un vrai moment de cinéma hors du temps.

 

 

Avec plus de 7500 fans sur Facebook et plus de 300 000 vues du trailer sur YouTube, après des présentations devant un public conquis au FIFF, BIFFF, au Be Film festival, au Ramdam festival, au Cinevox Happening des Galeries (voir ici), Au Nom du Fils continue de susciter l’intérêt du public.

 

Pour fêter cette nouvelle salle, les comédiens et l’équipe du film viendront régulièrement à la rencontre des spectateurs. Philippe Nahon et le casting seront présents lors de prochaines séances.

Sur ce mode intime, bâti pour durer, Au Nom du Fils a déjà accueilli plus de 7000 visiteurs. Pour un film sans vrai distributeur, c’est un exploit appréciable. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Bientôt, il commencera aussi une carrière à l’étranger : Yoni Productions a trouvé en France et au Canada des distributeurs ambitieux très curieux de l’effet qu’ils vont provoquer avec ce film.

Nous le sommes également…

 

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