Annie Cordy, 1928-2020

Photo: J.P. Malherbe/ N.L.P.

Elle aurait bientôt pu fêter ses 70 ans de carrière, plus de 700 chansons, 10 comédies musicales, 30 téléfilms, 10 pièces de théâtre et plus de 40 films. Annie Cordy nous a quittés ce 4 septembre 2020.

La carrière d’Annie Cordy débute à l’orée des années 50. La jeune Bruxelloise quitte alors sa Belgique natale, qui l’a vu débuter sur la scène du mythique Boeuf sur le toit, pour rejoindre Paris et les strass du Lido, où elle est meneuse de revue. Elle signe rapidement un contrat avec les studios Pathé, et on la découvre sur le grand écran sous la direction de Sacha Guitry, ou aux côtés de Bourvil, Louis De Funès, Luis Mariano, Michel Serrault, Jean Poiret, Darry Cowl ou Henri Salvador, excusez du peu. Elle va jusqu’à chanter pour les fiançailles de Grace Kelly et du Prince Rainier. Alors qu’Hollywood la courtise, elle lui préfère le vieux continent. Sa trajectoire se diversifie, du music-hall au cinéma, en passant par le théâtre ou la télévision.

Elle est l’entertaineuse par excellence, elle chante, danse, joue, et surtout, fait preuve d’un sens du spectacle inné et généreux, nourri par une énergie rayonnante et une joie communicative. Mais derrière ce sourire irrésistible qui ramène chacun d’entre nous à sa tendre enfance, et fait surgir comme par magie d’intemporelles mélodies, se cache une gravité qui va se révéler à l’écran dans des rôles forts, denses, parfois sombres.

Avec Marlène Jobert dans « Le Passager de la pluie »

Au tournant des années 70, on la voit chez René Clément, dans Le Passager de la Pluie avec Marlène Jobert et Charles Bronson, film qui décroche le Golden Globe du Meilleur Film Etranger, ou encore aux côtés de Jean Gabin et Simone Signoret dans Le Chat, ou dans Rue Haute, le film du réalisateur belge André Ernotte. Quelques décennies plus tard, on la croise chez Le Dernier des Fous de Laurent Achard, dans Les Herbes Folles d’Alain Resnais; sa prestation inoubliable dans Les Souvenirs de Jean-Paul Rouve lui vaut l’admiration du public et de la critique.

Dans « Le Dernier des fous » de Laurent Achard

Mais Annie Cordy s’impose comme une personnalité complexe. Si ses rôles plus sombres ont révélé une grande actrice, elle n’oublie jamais qu’elle a donné au mot « rigolote » ses lettres de noblesse. Ce n’est certainement pas un hasard si sur le blason de celle qui fut anoblie par le Roi des Belges en 2004 on retrouve deux masques de la commedia dell’arte, l’un qui pleure, et l’un qui rit. Sa filmographie dresse d’ailleurs une petite histoire du cinéma populaire français, comme on l’a vu a ses débuts, ou plus tard, alors que sa route croise celle de Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Thierry Lhermitte (La Vengeance d’une blonde), Frank Dubosc, Gérard Depardieu, Emmanuelle Béart et Isabelle Nanty (Disco), ou encore Michel Blanc, Didier Bourdon et Josiane Balasko dans Madame Edouard (2004) de la réalisatrice belge Nadine Monfils, et même les délicieux époux Beresford (Catherine Frot et André Dussolier) dans Le Crime est notre affaire de Pascal Thomas (2008).

Dans « Tamara, volume 2 »

Annie Cordy, c’est un morceau de Belgique à elle toute seule. Elle l’a d’ailleurs conté, son pays, dans la série documentaire Moi, Belgique (2006). Mue par sa devise, « La passion fait la force », elle a traversé durant près de sept décennies l’histoire du cinéma, de la télévision, du théâtre et de la chanson francophones, laissant dans l’imaginaire collectif des accents de gaieté, et un sourire indélébile. Forte de sa sagesse, de son histoire et de son incroyable popularité, elle a continué d’arpenter jusqu’aà il y a peu les plateaux de tournage. En 2018 encore, elle était à l’affiche d’un court métrage, Les Jouvencelles de Delphine Corrard, du téléfilm Illettré réalisé par Jean-Pierre Améris, aux côtés de Kevin Azaïs et Sabrina Ouazani, ou encore de la suite des aventures de Tamara, dont le premier volet avait réuni plus de 900.000 spectateurs.

C’est toute la Belgique et plus encore ce soir qui pleure un peu…

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