A l’affiche : quatre films belges incontournables

Quatre films belges sont dans les cinémas pour l’instant. Dans des configurations de salles fort différentes puisque si La Tierra Roja est sorti ce mercredi, Melody tient l’affiche depuis cinq semaines, déjà.

Point commun? Ce sont tous des films à voir : quatre longs métrages très réussis, qu’un cinéphile curieux ne peut pas ignorer.

Vous a-t-on déjà menti? 

 

 

 

 

 La Tierra Roja est la sortie belge de la semaine. Écrit, filmé et tourné par un réalisateur d’origine argentine, ce coup de poing a néanmoins été produit dans notre pays par Sébastien Delloye pour Entre chien et loup; pays où Diego Martinez-Vignatti vit depuis 1997.

Son acteur principal est belge également : Geert Van Rampelberg y livre une performance physique et brutale.

Témoignage enragé d’une situation hallucinante, La Tierra Roja  nous plonge dans le nord-est de l’Argentine, à Misiones où Pierre, un ancien joueur professionnel de rugby qui a dû abandonner son sport fétiche après de nombreuses blessures, est mandaté par une multinationale pour gérer les coupes de forêts et les plantations de sapins. Passionné d’ovalie il entraîne aussi la jeune équipe locale.

Affable dans la vie quotidienne, il n’a pas d’état d’âme dès qu’on aborde son travail : il rase, brûle et déverse des produits chimiques dans cette terre fertile pour en améliorer le rendement.

À Misiones, on ne compte plus les bébés malformés, les cancers et les enfants retardés mentaux du fait de l’usage des agrotoxiques.

Le problème devient tel que la population se soulève et que la société doit faire face à la défection de nombreux ouvriers. Pierre est aussi amoureux d’Ana, une jeune institutrice militante qui prend fait et cause pour les autochtones.

Acculé, il va devoir choisir son camp. Et la confrontation sera terrible.

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La semaine dernière est enfin sorti Tous les chats sont gris, événement de ce début d’année 2015 avec une programmation exceptionnelle dans le cadre du Cinevox Happening « Magritte », le 7 février à l’UGC.

Avec 1000 spectateurs dès le premier jour, on peut dire que le public a été alléché par le battage médiatique et l’accueil critique dithyrambique réservé à ce premier long métrage. Un score confirmé et largement amplifié dès le premier week-end (lire ici)

Il n’y a d’ailleurs aucune raison que ça s’arrête : le film est formidable, illuminé par des comédiens délicieux et réalisé avec une maîtrise surprenante pour un premier long. Une maîtrise qui n’altère en rien la sensibilité de la réalisatrice.

 

Porté par un Bouli Lanners en état de grâce, une Anne Coesens contre nature en petite bourgeoise coincée et la jeune Bruxelloise Manon Capelle, révélation du film, Tous les chats sont gris évolue sur un registre de film indé anglo-saxon très alléchant: image léchée, éclairages subtils, interprétation à cœur ouvert, ambiance rock indé vitaminée. Un vrai plaisir.

On y suit Dorothy, quinze ans, une ado qui ne se sent pas vraiment à sa place dans sa famille BCBG entre un père gynéco over-busy et une mère paralysée par la tyrannie des apparences.

Depuis longtemps, elle est persuadée de ne pas être la fille de l’homme qui l’élève. Fantasme? Ici, et là, des indices l’intriguent.

Où sont les photos d’elle, enfant, avec son père, par exemple? Sous l’impulsion d’une amie fort délurée qui n’aime pas tourner autour du pot, elle décide d’essayer d’en savoir plus. Pour l’aider dans sa quête, elle fait appel à un détective privé qu’elle rencontre un peu par hasard à proximité d’un skate park où elle a ses habitudes.

Hasard? Paul, de retour au pays après un exil de quelques années, n’aurait pas dû se trouver là: il n’a pas le droit d’approcher Dorothy pour une raison bien précise.

Notre critique du film est disponible ICI

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La déferlante de fictions belges « haut de gamme » qui nous comble de joie depuis quelques semaines avait déjà débuté le 23 mars avec la sortie de Melody, deuxième long métrage de Bernard Bellefroid qui a glané au FIFF namurois le prix du public et le prix Cinevox, couronnant le meilleur film belge de la compétition.

Melody est une jeune coiffeuse à domicile qui a choisi de vivre dans la rue plutôt que de continuer à supporter une vie de couple qui ne lui convenait pas. Elle veut acheter un petit salon de coiffure. Mais l’argent qu’elle met précieusement de côté ne peut pas lui suffire pour un pareil investissement.  Pour décrocher son prêt, elle doit présenter des garanties et une mise de départ importante. Pour les obtenir, elle est prête à tout.

Même à porter l’enfant d’une riche anglaise qui ne peut plus être mère par elle-même.   Lucie Debay et Rachael Blake, les deux actrices qui conduisent le film sont époustouflantes. Leur face à face reste gravé dans les mémoires longtemps après avoir vu le film.
Melody vient tout juste de sortir en France déclenchant, comme prévu  un tir de barrage de la part des fervents réactionnaires réunis sous la bannière de la Manif pour tous. Une super promo, donc ! Même le JT de TF1 s’en est mêlé, c’est dire.

On croise les doigts pour que le film de Bernard Bellefroid s’offre une joie petite carrière chez nos voisins.

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L’année prochaine est avec un autre premier  long métrage fort réalisé par jeune cinéaste (comme Tous les chats sont gris) et porté par deux actrices lumineuses (comme Melody).

Dans L’année prochaineVania Leturcq s’intéresse à deux amies qui ont grandi en province et qui, à l’aube de leurs 18 ans, envisagent leur avenir. Aude est flamboyante, très extravertie. Clothilde, plus discrète évolue dans son ombre, fascinée et soumise.

C’est pourtant elle qui va jeter les dés de leur destin commun et pousser son amie à l’accompagner à Paris pour s’inscrire dans une école artistique assez élitiste. Larguer les amarres, quitter la famille, l’univers forcément balisé dans lequel on a grandi… Pas facile…

Constance Rousseau est Clothilde. Jenna Thiam, vue dans la série Les revenants où elle occupe un rôle central, est son amie Aude. À leur côté, on retrouve un jeune acteur dont la cote est en train de grimper de façon fulgurante : Kévin Azaïs vient tout juste de remporter le César du meilleur espoir masculin pour le rôle d’Arnaud Labrède dans Les Combattants. Petite anecdote, car  son nom ne l’indique pas du tout : Kevin est le frère de l’immense Vincent Rottiers (Le monde nous appartient, l’hiver dernier…). On peut d’ailleurs voir les deux frérots ensemble dans une scène de La Marche de Nabil Ben Yadir. Sacré pédigrée !

L’année prochaine apparu pour la première fois au festival des films du monde de Montréal où il a décroché le Zénith d’argent de la meilleure première œuvre est actuellement diffusé un peu partout à travers le monde.

Interview de Vania à lire ICI

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