2016: le festin des cinéphiles

2016, c’est presque fini! En cette dernière semaine, on revient sur l’année du cinéma belge en 6 moments marquants…

Episode 4.

 

 

 

 

 

Le cinéma belge francophone connaît régulièrement les honneurs des festivals internationaux, et a incontestablement la côte auprès des cinéphiles du monde entier, Cette belle épopée, dont on a vu poindre le nez sur la Croisette avec Toto le Héros et C’est arrivé près de chez vous au début des années 90, s’est trouvée des maîtres avec les frères Dardenne, héros récidivistes du Festival de Cannes, et se perpétue d’année en année, voyant de nouveaux noms s’inscrire régulièrement sur les tablettes du cinéma belge. Fait rare, cette année, trois (quatre) ténors du cinéma belge livraient leurs nouveaux films. En janvier, Joachim Lafosse sortait Les Chevaliers Blancs, redoutable radiographie de l’ambiguité post-coloniale qui peut obscurcir certaines actions humanitaires, élargissant au passage le spectre de son cinéma qui relevait jusqu’ici de la sphère intime, pour le projeter dans de vastes étendus désertiques. Une fois de plus, sans imposer aucun jugement, Joachim Lafosse s’interroge sur la façon dont la vie transforme de potentiels héros en monstres.

Quelques semaines plus tard, on retrouve Bouli Lanners qui livre ici son film le plus personnel, Les Premiers les Derniers. Même si Bouli Lanners y change de paysages, révélant les plaines post-apocalyptiques de la Beauce, on y retrouve les obsessions picturales de Lanners, une galerie de personnages atypiques et attachants, le motif du road movie aux allures de western. Bouli Lanners se projette à nouveau dans le rôle principal, aux côtés d’Albert Dupontel, comme une évidence dans l’univers du réalisateur belge, de David Murgia qu’on n’en finit pas de découvrir avec admiration, de Suzanne Clément, rare présence féminine du film (avec Aurore Broutin) et vraie respiration dans une odyssée très sombre, de même que le duo délectable formé par Max Von Sydow et Michael Lonsdale.

 

FestinCinephiles

 

Avec le mois de mai vient la présentation du nouveau Dardenne, La Fille Inconnue, propulsée par une Adèle Haenel saisissante, qui se projette avec force et vérité dans le cinéma des frères belges. Une fois de plus, les Dardenne filment au plus près un personnage féminin en quête de justice, non pas pour elle, mais pour cette fille inconnue découverte morte, et dont peu se préoccupent de l’identité. Un personnage mû par une éthique personnelle, qui s’impose une responsabilité que lui seul décèle.

Surprise, un autre film de Joachim Lafosse est également présenté sur la Croisette. Avec L’Economie du Couple, Lafosse revient à un cinéma plus proche de sa filmographie, tant dans son dispositif que dans son exploration de l’intime. On y est témoin de la séparation de Boris et Marie. Ils se sont aimés, ont eu deux pétillantes petites filles, ont construit un foyer accueillant, qui devient le principal objet de leur affrontement, comme si le bien matériel, porteur d’affect et de frustration, venait symboliser le coeur de leur nouvelle incompatibilité amoureuse. Quand l’amour se délite, restent le matériel et l’intendance.

2016 s’affirme donc comme un cru exceptionnel pour le cinéma belge francophone, qui a révélé de nombreux auteurs prometteurs, et offert au public pas moins de quatre films réalisés par des cinéastes largement confirmés. Ajoutez à cela une dizaine d’autres films belges offrant des horizons d’une grande richesse et variété. La bataille des Magritte, qui auront lieu le 4 février prochain, s’annonce d’ailleurs acharnée, et particulièrement indécise. Pour la première fois, on pourrait retrouver dans la catégorie Meilleur Réalisateur (et Meilleur Film d’ailleurs aussi) trois réalisateurs déjà sacrés! Un beau défi de bookmaker en perspective, et surtout, un vrai festin de cinéphiles.

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