3 questions à… Elles font des films

Rencontre express avec le collectif Elles font des films, qui vient de lancer son site internet, où l’on retrouve son manifeste, et ses actions, mais aussi de nombreuses informations sur l’actualité des autrices, réalisatrices et techniciennes belges francophones, ainsi qu’une très riche section « Ressources », reprenant divers documents et outils sur les questions de genre, de parité, d’inclusion, et de diversité dans le secteur audiovisuel.

Pourquoi ce collectif, et qui représente-il?

Le collectif a été créé il y a 4 ans, en juin 2017, en réaction à une photo publiée par le Centre du Cinéma dans le cadre de l’opération Cinquante50 qui célébrait 50 ans d’aides publiques, et sur laquelle figurait extrêmement peu de femmes. On a voulu proposer une autre photo, pour montrer que les femmes étaient bien là dans le cinéma belge. Le collectif est donc né de cette volonté d’offrir une autre représentation.

Les revendications étaient une représentation plus juste, une visibilité plus importante du travail des femmes, et un désir de se rassembler pour être solidaires, et trouver des solutions pour que les choses changent.

©Marie-Francoise-Plissart

Le collectif réunit aujourd’hui 150 professionnelles. Il était à la base formé de réalisatrices, mais s’est ouvert par la suite aux autres professionnelles, chefs opératrices, ingénieures du son, scénaristes, monteuses, actrices, productrices, etc. On a un fonctionnement transversal, on tient des assemblées générales mensuelles, et on organise des groupes de travail par sujet, en fonction des affinités et des compétences de chacune. On a un groupe de travail sur les écoles, un autre sur un incitant financier pour les films ayant des équipes paritaires, un sur la communication, un sur le site internet…

Nous avons proposé aux festivals belges une charte, les invitant à s’engager à plus de parité dans leur programmation, charte déjà signée par le FIFF, le BRIFF et le Festival de Mons. Nous avions d’ailleurs lancé une action emblématique il y a trois ans au BRIFF le soir de l’ouverture, pour protester contre la sous-représentation des réalisatrices dans la sélection du Festival. Cette action a payé, puisque l’année suivante, la sélection était beaucoup plus paritaire, et on a pu engager un vrai dialogue.

On a également réussi à établir de nombreux contacts sur le plan politique, pour faire progresser les choses.

Quelle la situation en Belgique francophone aujourd’hui?

Il y a de plus en plus de femmes dans les écoles, donc leur sous-représentation sur les plateaux n’est pas une question vocation! Il y a une vraie parité dans les écoles en réalisation, en image, en montage, même si en son par exemple les choses évoluent mais on n’y est pas encore. Il y a donc beaucoup de professionnelles formées à l’école, puis qui font leurs armes sur des courts métrages, ou des films à petit budget, mais plus il y a d’enjeux financiers, plus c’est dur. Et plus elles abandonnent, ou ont des difficultés à exercer leur métier. Le passage au long métrage, et surtout, au deuxième long métrage en fiction est particulièrement difficile.

Globalement, à de rares exceptions près, plus il y a d’argent ou de pouvoir, moins il y a de femmes. On constate par exemple, même à l’école, que les femmes se dirigent beaucoup plus vers le secteur documentaire, qui est moins financé.

Evidemment, il y a plein de paramètres, de questions sociétales, des questions de confiance en soi aussi, de sexisme sur les plateaux. Mais ce qu’on constate, c’est qu’on fait moins confiance aux autrices, réalisatrices, chefs opératrices qu’à leurs collègues masculins, et c’est un vrai problème.

Certes, les équipes se féminisent. Mais pour les chefs de poste par exemple, ça coince encore… On dépend encore des réseaux, et de la cooptation, même si on a quand même l’impression que cela commence à bouger, chez les filles comme chez les garçons, avec les générations qui arrivent à l’école et sur le marché du travail. Pour celles et ceux qui sont dans la place depuis longtemps, c’est encore compliqué…

Quels sont vos prochains chantiers, et les grands enjeux pour vous aujourd’hui?

On se rend compte que le simple fait de nous réunir est déjà très précieux. Echanger nos expériences, être solidaires. C’est essentiel, car cela nous permet d’oser plus, de dépasser le sexisme intégré qui parfois retient les autrices de s’exprimer, ou d’avoir assez confiance pour déposer des dossiers, demander de l’argent.

Et mine de rien, c’est politique aussi, cette entraide, cette sororité, car s’il y avait plus de profs féminines dans les écoles, si les structures étaient plus adaptées, s’il y avait plus d’accompagnement, et des modèles plus forts, la confiance en soi serait renforcée.

Et puis petit à petit, on se rend plus indispensable dans les lieux de pouvoir. On a notamment une excellente relation aujourd’hui avec le Centre du Cinéma, depuis l’incident initial de la photo qui nous a menées à créer le collectif. La directrice du CCA, Jeanne Brunfaut, est une interlocutrice précieuse avec laquelle nous travaillons régulièrement, et qui a notamment beaucoup oeuvré avec la mise en place de la nouvelle Commission du Film, qui respecte la parité parmi ses membres, auxquel·les sont proposées des formations sur les questions de parité, de diversité et d’inclusion.

On travaille aussi sur la question de la lutte contre les violences sexistes sur les plateaux, en collaboration avec Paye ton tournage et Hors champ. Il faut appliquer les textes qui existent, renforcer les cadres, dès les contrats, et pourquoi pas, avoir des référents sexisme et diversité sur les plateaux. On a bien eu des référents Covid!

Un autre gros chantier, c’est de créer un répertoire des réalisatrices, c’est un projet complexe et à long terme, qui demande certains moyens.

Aujourd’hui, on doit institutionnaliser tous les outils que l’on propose, il faut que les réglementations changent, et aller vers des quotas pour sortir des représentations majoritairement masculines. On va d’ailleurs bientôt rencontrer le collectif flamand Wanda, pour unir nos forces.

Enfin en 2022, on aimerait organiser des journées ouvertes au public et aux professionnel·les, consacrées à la parité, l’inclusion et la diversité. On organise de temps à autres des projections de films de femmes, qui marchent très bien, on voit donc qu’il y a une vraie demande chez le public.

 

Retrouvez Elles font des films sur leur site, leurs pages Facebook et Instagram, mais aussi en « présentiel » lors des prochains festivals de Mons et de Bruxelles. 

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