« Une vie comme une autre », ou le piège domestique

Dans Une vie comme une autre, Faustine Cros, qui vient de recevoir le Prix Scam 2022, revient sur le destin à la fois singulier et universel de sa mère, assignée au foyer, réduite dans sa façon d’être au monde à son rôle maternel.

Mon père a immortalisé, dans des films de famille, les plus beaux moments de sa vie, tandis que les difficultés de ma mère frappaient l’angle mort de ses images. Aujourd’hui, je revisite ces films pour raconter une autre histoire : celle d’une femme qui voit son rôle de mère lui enlever peu à peu sa liberté.

La mère de Faustine est maquilleuse de cinéma, son père est réalisateur. Ce dernier la filme, elle et ses enfants, comme pour retenir le temps. Sur ces quelques VHS, c’est une vie en accéléré qui défile. Mais au dos des images de la famille parfaite, c’est l’intranquillité qui surgit, celle de la mère, aliénée par le piège domestique qui se referme sur elle, enfermée par le manège interminable d’une vie qui tourne en rond. Elle qui rêvait d’une vie nomade se retrouve engluée dans une vie sédentaire, où la surprise et l’imprévus n’ont plus leur place.

Dans ce documentaire de l’intime, narré à la première personne et nourri de films de famille, la cinéaste s’interroge sur ce que la vie ménagère fait aux mères. Elle navigue entre les souvenirs de cette vie sous cloche où l’on ignorait les signes devenus évidents de dépression, et le micro tendu aujourd’hui d’une fille à sa mère, à cette femme alors « mystifiée » (pour citer le titre du livre référence de Betty Friedman), comme pétrifiée par la sensation de vide.

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