Lukas Dhont: « un film intime, sur l’importance mais aussi la vulnérabilité de l’amitié. »

La semaine dernière, nous avons pu nous entretenir en coup de vent avec le jeune cinéaste belge Lukas Dhont, alors que l’on venait d’apprendre la sélection de son deuxième long métrage Close en Compétition au Festival de Cannes. 

Il y a un peu plus d’un an, nous rencontrions Lukas Dhont dans le cadre de notre podcast, Les Rituels. Il se confiait pour nous sur son rapport à l’écriture, à la fois une joie et une angoisse, sur son rapport à la méthode, à la discipline. Sur la pression qui repose sur les épaules des jeunes cinéastes à l’orée de leur deuxième long métrage. Il nous parlait aussi de Close, ce deuxième film, avec beaucoup d’émotions mêlées, un deuxième film très personnel, qui convoquaient des questions déjà à l’oeuvre dans Girl, notamment la difficile construction d’une identité face aux regards parfois malveillants de certains. Qui abordait aussi une question qui lui tenait à coeur, celle de l’amitié chez les jeunes garçons, une valeur dont ils semblaient dépossédés arrivés à un certain âge, où les sentiments n’étaient plus d’actualité, où les sentiments étaient dévoués aux filles, surtout pas aux garçons.

Un peu plus d’un an plus tard, on retrouve Lukas Dhont au téléphone. Il sort d’une série d’entretiens avec la presse belge, et roule vers une radio anversoise pour un direct. Entre euphorie et émerveillement, il nous parle de cette sélection, et de ce nouveau film.

Comment vous sentez-vous maintenant que l’information est connue de tous?

C’est tellement fort. On a travaillé très dur ces trois dernières semaines pour que le film soit prêt, pour qu’on puisse l’envoyer à temps au comité de sélection. C’est tellement fort comme sentiment. On le sait depuis quelques heures, et c’est à la fois beaucoup de joie, mais aussi beaucoup de stress de pouvoir enfin partager cette belle nouvelle!

Close-Lukas-Dhont

Nous avions eu l’occasion de parler un peu du projet avant le tournage, pourriez-vous nous parler de Close, c’est un projet très personnel?

C’est toujours difficile de parler d’un film avant que les gens ne l’aient vu, je sais que moi, en tant que spectateur, j’adore en savoir le moins possible sur un film, me laisser surprendre. Mais ce que je peux dire, c’est que le sujet central du film, c’est l’amitié. C’est l’histoire de deux garçons de 13 ans, Léo et Rémy, qui ont grandi ensemble, qui sont meilleurs amis depuis toujours. Un jour, un évènement inattendu va tout changer pour eux, bouleverser leur vie, et remettre en question leur amitié. C’est un film là-dessus, un film intime, sur l’importance mais aussi la vulnérabilité de l’amitié.

C’est effectivement un film très personnel, même si je pense que c’est une expérience universelle, nous avons tous et toutes connu des amitiés qui ont évolué au fil des années. On a tous perdu un ami à un moment de notre vie. J’avais envie de plonger dans cette thématique.

On trouve certainement dans Close certains échos avec Girl, des thèmes qui reviennent, notamment la violence que cela représente de devoir se conformer à une certaine norme, de ne pas pouvoir être soi-même, d’être soumis à une certaine vision de la masculinité, ne pas pouvoir assumer sa fragilité.

Le film parle de quelque chose d’assez marquant que l’on ignore pourtant souvent, le fait qu’arrivés à un certain âge, les jeunes garçons sont coupés de leurs sentiments, les sentiments, on les laisse aux filles…

Oui, c’est une question qui me touche beaucoup. Il y a des recherches qui ont été faites sur cette question, je me souviens avoir lu le travail d’une psychologue américaine, Niobe Way, qui avait suivi des garçons entre 13 et 18 ans. Ce qui m’avait bouleversé, c’est qu’elle avait constaté qu’à 13 ans, les garçons parlaient encore de leurs amitiés, ils parlaient de leurs histoires d’amour, sans gêne. La relation à l’autre restait très importante pour eux, ils étaient encore dans une certaine pureté de cette relation, mais à l’adolescence, tout changeait pour eux. Soudain il fallait être dans la performance, il fallait être cool. Et être stoïque, étranger aux sentiments, sûr de soi, c’est vu comme cool. J’avais envie de parler de ça, de la perte de cette relation d’intimité entre deux jeunes garçons.

Close-Lukas-Dhont

Comment s’est fait le casting?

En fait c’est une histoire assez amusante. Il y a deux ans, alors que je commençais à écrire les premiers lignes de Close, j’étais dans un train où était assis à côté de moi un jeune garçon de 11 ans. Je l’observais, je l’écoutais parler, il discutait avec ses amis. Je n’étais qu’au tout début de l’écriture, mais sur le coup, j’ai eu une révélation. Je lui ai demandé s’il serait d’accord de venir passer un casting, et il a accepté.

Quelques semaines plus tard, on a commencé le casting. On a vu plus de 750 garçons, vraiment beaucoup de jeunes. Et malgré toutes ces rencontres, c’est lui que j’ai choisi. C’est surement le destin qui l’a mis sur ma route.

Face aux jeunes, on retrouve des comédien·nes plus expérimentées comme Lea Drucker ou Emilie Dequenne, c’était important pour moi de combiner ces très jeunes talents, et des personnes plus expérimentées, de combiner leurs énergies.

Le Festival de Cannes a un statut très particulier pour vous, vous y avez été révélé avec Girl, une vraie déflagration, vous accédez déjà à la Compétition avec votre deuxième film, qu’est-ce que cela représente pour vous?

J’ai suivi la conférence de presse en direct, évidemment, et quand j’ai entendu les noms des autres cinéastes en lice, tellement de talents dont j’ai vu et aimé les films… David Cronenberg, c’est un héros pour moi. Ce sont des gens dont j’ai regardé les films pour essayer de comprendre comment moi je pouvais faire des films, comment je pouvais moi aussi avoir un impact sur le monde. Etre parmi eux aujourd’hui, c’est un peu un choc en fait. C’est un moment très vulnérable, celui où l’on partage son premier film avec le monde, et c’est vrai que le Festival de Cannes m’a magnifiquement accompagné pour mon premier film, c’était un moment tellement joyeux.

C’est compliqué de faire un deuxième film, il y a des moments de doute, de tension, j’ai essayé d’y mettre des choses très personnelles, et c’est un vrai bonheur et une vraie satisfaction que le Festival me soutienne à nouveau, et que le film soit en Compétition.

 

Check Also

La-Nuit-Se-Traine

Bande-annonce: « La Nuit se traine » de Michiel Blanchart

Découvrez la bande-annonce de La Nuit se traine, premier long métrage du cinéaste belge Michiel …